Critique : Unorthodox, une mini-série fascinante à voir d’urgence
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Critique : Unorthodox, une mini-série fascinante à voir d’urgence

Temps de lecture: 4 min

Netflix est en train de se tailler une place de choix dans la production de mini-séries de grande qualité. La dernière en date? Unorthodox, qui relate la fuite d'Esther "Esty" Shapiro de sa communauté juive hassidique Satmar de Williamsburg, Brooklyn. On vous explique pourquoi cette série de 4 épisodes va tout éclipser tout sur son passage.

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Inspirée de l’histoire vraie de Deborah Feldman

On le sait, les séries et films inspirés d’histoires vraies font souvent recette. Et Unorthodox ne fait pas exception à la règle. La série est en effet basée sur la vie de Deborah Feldman qu’elle raconte dans son livre autobiographique « Unorthodox : The Scandalous Rejection of My Hasidic Roots » sorti en 2012.

Née en 1986 à Williamsburg, Brooklyn, dans une communauté juive ultra-conservatrice, Déborah fait l’objet d’un mariage arrangé à 17 ans et devient maman à 19 ans. Depuis toujours, elle a du mal a suivre les très nombreuses règles imposées par sa religion, et en particulier aux femmes. C’est pourquoi, en 2009, elle décide de fuir la communauté hassidique avec son bébé de 3 ans.

 

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Feldman décrit d’ailleurs sa fuite dans The Guardian : « J’ai quitté mon mariage et ma religion pour de bon la veille de mon 23e anniversaire, avec rien d’autre que mon fils et quelques sacs poubelles remplis de vêtements. J’ai changé mon numéro de téléphone et mon adresse et je n’ai dit à personne où j’étais. Aux yeux de ma famille, je suis très probablement perdue à jamais ». Ce n’est que quelques années plus tard qu’elle partira s’installer à Berlin, où elle réside encore  à l’heure actuelle.

Unorthodox est donc basée sur ce récit, mais prend vite énormément de libertés. Cela dit pas de panique, Deborah Feldman a fait partie intégrante du projet d’adaptation à l’écran depuis le tout début et explique avoir validé tous les changements dans son récit.

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Deborah Feldman (en cameo) et Shira Haas dans Unorthodox

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Une plongée dans la communauté ultra conservatrice de Williamsburg

Unorthodox est une véritable immersion dans la vie de la communauté juive hassidique de Williamburg, très méconnue. A coups de flashbacks sur la vie d’Esty, on en apprend plus sur les habitudes et les règles innombrables qui rythment le quotidien de cette communauté sous cloche, presque hermétique au monde moderne.

L’éducation se fait en marge du système officiel, les mariages sont arrangés très (très) jeunes, le Yiddish est la langue officielle, les femmes ne peuvent pas chanter en public, l’accès à internet est interdit, les femmes doivent se raser les cheveux juste après leur mariage et porter des perruques ou foulards, se couvrir le corps au maximum…

 

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La série réussit néanmoins le tour de force de ne pas tomber dans le manichéisme, qui nous éloignerait de son propos : le poids des responsabilités et devoirs d’Esty et de ses proches est bien sûr fortement mis en avant, mais sans jamais manquer de nuance. On voit notamment une Esty heureuse de se marier, souriant franchement au moment de danser, ou encore l’entraide présente dans la communauté. Les faits sont énoncés ou dépeints, sans pour autant émettre de jugement de valeur ou tomber dans la caricature. On comprend qu’Esty elle-même n’a pas de haine envers sa communauté, dont elle continue à partager certaines valeurs, mais bien un désaccord irréparable (ou dans ses mots : « Dieu attendait trop de moi »).

Par ailleurs, les personnages de Yanky, mari d’Esty, et son cousin Moische, électron libre de la série, sont aussi d’une grande complexité, dont il est impossible de démêler le bien du mal et le blanc du noir.

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Moische et Yanky

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Le statut de femme chez les juifs ultra-orthodoxes

Dans une vision de la religion basée sur la perte de 6 millions de Juifs lors de la seconde Guerre Mondiale — et la peur que cela ne recommence — la femme n’a d’autre aspiration que de donner la vie, repeupler. C’est donc l’aperçu de cette vie à travers les yeux d’une femme, Esty,  qui rend la série si poignante. Dans une communauté où chaque minute de la journée est codifiée, ritualisée et régie par Dieu, il n’y a plus de place pour l’humain, et encore moins pour la femme.

 

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Et la surveillance quant au respect de ces règles est partout. Les proches, les voisins, le rabbin, tout le monde s’observe et se juge. La communauté va même jusqu’à s’immiscer dans l’aspect le plus intime d’un couple : sa vie sexuelle. Si l’on peut essayer de comprendre d’où viennent leurs motivations, on ne peut que se sentir désarmé.e.s et révolté.e.s face à un tel mépris de la femme, réduite à l’usage de son utérus.

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L’apprentissage du monde moderne

A son arrivée en Allemagne, Esty doit donc réapprendre à vivre dans le monde « réel », en-dehors de sa communauté et donc de toutes les croyances et habitudes apprises tout au long de son existence. Rapidement après être arrivée à Berlin, elle fait la connaissance d’étudiants du conservatoire de Berlin qui la prennent sous leur aile, sans l’épargner pour autant.

 

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De l’usage d’internet à la définition de ses envies, Esty doit se redéfinir presque entièrement dans un monde dont elle ne maîtrise pas les codes. Et c’est aussi ce voyage initiatique qui rend la série aussi interpellante : comment imaginer qu’en venant de Brooklyn, l’un des endroits les plus avant-gardistes du monde, on puisse ne pas maîtriser l’anglais à 100% ou faire une recherche sur Google?

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La performance de Shira Haas

Un autre énorme atout dans la manche des producteurs d’Unorthodox est la présence de Shira Haas. Cette actrice israélienne de 24 ans porte la série de ses frêles bras, grâce à une intensité de jeu absolument époustouflante. Dans un choix de réalisation qu’on ne peut que saluer, la caméra s’attarde d’ailleurs énormément sur son visage. Et la précision, la nuance avec laquelle Shira Haas exprime les émotions d’Esty est hallucinante.

Une chose est sûre : Unorthodox et son actrice principale risquent de raffler tous les prix cette année, et ce sera amplement mérité.

Unorthodox est disponible sur Netflix.

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Charlotte Deprez Voir ses articles >

Foodie assumée, obsédée par les voyages, la photographie et la tech, toujours à l'affût de la dernière tendance Instagram qui va révolutionner le monde.

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