Unbelievable, la série qui brise le tabou de la double peine des victimes de violences sexuelles

par Aline Dricot
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©Beth Dubber/Netflix

Si vous n’avez pas encore regardé la série Unbelievable, il est temps d’y remédier. Sortie en septembre 2019, il s’agit d’une pépite aussi effrayante qu’effarante.

Unbelievable raconte, par le biais d’une histoire vraie, la décrédibilisation des victimes de violences sexuelles en une saison de 8 épisodes, d’une heure chacun. Ni plus ni moins.

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Synopsis

Marie Adler, une adolescente pupille de l’Etat, est violée chez elle un matin. L’agresseur est masqué, reste vingt minutes chez elle et s’en va, sans laisser la moindre trace de son passage. Marie porte plainte à la police et subit tous les tests demandés (aussi utiles que dérangeants). Les policiers lui posent des centaines de questions, la forçant à répéter son histoire des dizaines de fois. En plus de la répétition, elle est également obligée de revivre le traumatisme.

 

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Rapidement, sans preuves tangibles et à cause du passé de la jeune fille, les policiers et les proches de Marie commencent à penser qu’elle a inventé l’agression. Le discrédit ne lui est pas affiché seulement par les policiers, mais également par ses proches, affligés par son attitude prétendue.

 

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Les épisodes s’enchaînent avec le temps qui passe. Trois ans après les faits relatés dans le premier épisode, ce sont deux inspectrices qui reprennent le dossier en main. Grace Rasmussen est la policière « masculinisée », avec un langage de charretier et une attitude plus masculine que féminine. Derrière son attitude et son comportement, elle s’avère être une personne sensible et intuitive. Sa coéquipière, venue d’un autre district, est Karen Duvall. Celle-ci est sûre, dès le début, que plusieurs agressions sont liées, avec un agresseur unique.

Les policières représentent un problème inhérent aux Etats-Unis: le nombre de juridictions policières et leur manque de communication.

La suite est à découvrir par vous-mêmes, le jeu en vaut la chandelle.

 

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Le choc et les tabous

Les premières réactions après la diffusion du premier épisode étaient unanimes : un choc. Un choc émotionnel, autant pour les hommes que pour les femmes. Un univers glaçant, effarant, effrayant, qui traite d’un sujet tabou.

Unbelievable n’est pas seulement la série qui parle ouvertement de viol. Même écrire ce mot est compliqué. Agression sexuelle, violence, sont des mots plus génériques pour parler d’un seul et même fait: le viol. En 2019, le viol est toujours un sujet tabou. Malheureusement, ne pas en parler n’efface pas la réalité.

 

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Là est tout l’intérêt de Unbelievable, basée sur des faits réels. Ils ont été relatés dans un podcast Anatomy of the Doubt et par un article en 2009, An Unbelievable Story of Rape. Les auteurs de ce dernier, T. Christian Miller et Ken Armstrong, ont d’ailleurs reçu le prix Pullitzer pour leur récit du témoignage.

 

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D’abord, l’idée même de mentir à propos d’un viol subi paraît absurde. A la fin du premier épisode, le doute s’insinue. Marie dit-elle la vérité? Marie a-t-elle tout inventé pour espérer obtenir de l’attention? Il s’agit d’une réaction humaine que les téléspectateurs vivent sans le vouloir. Une seule solution contre ce désarroi: continuer à regarder, épisode après épisode.

Le choc est un sujet qui amène à la réflexion. Mais c’est plutôt la manière dont le viol est abordé qui est intéressant. Autant la musique que les prises de vue reflètent un mal-être et une tristesse profonde. Les victimes réagissent de différentes manières face à leur traumatisme. Le public réagit de la même manière. Entre rage et dégoût, les sentiments ressentis devant cette série sont glaciaux.

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Les clichés

Ce qui revient également souvent dans les réactions du public, c’est le cliché de la police. Marie est d’abord entendue par deux inspecteurs, qui en viennent à penser qu’elle ment. Ce sont ensuite deux femmes qui reprennent l’enquête, qui comprennent le processus. Cette dualité homme/femme est aussi intéressante que sexiste. Il s’agit d’un cliché qui a la dent dure.

L’homme ne comprend pas et ne cherche pas à comprendre. La femme, quant à elle, est pleine d’empathie et cherche à comprendre la victime. Les personnages des deux inspectrices parlent de viol dans des termes forts, pleines de haine et de fougue. Leur but est simple: elles veulent mettre l’ordure en prison.

 

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Des problèmes réels transposés à la télévision

Le problème du traitement des victimes est, enfin, une réalité. Unbelievable sert la cause des victimes de viol. Les victimes en apprennent plus sur le sujet, sur les étapes mises en place pour les aider. La série est difficile à regarder. Difficile car elle reflète un problème de société, un réel trou noir dans la vie juridique et sociale. Le traitement froid et protocolaire qui est accordé à la victime ne devrait pas être accepté ni acceptable.

 

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Enfin, le repenti de l’inspecteur, qui au fur et à mesure reconnaît son manque d’empathie, est humain. Cette personne froide et cynique, mais également fatiguée et blasée, est en fait capable de compréhension, d’empathie.

C’est ce côté humain, profond, empathique et fort qui est le plus important dans la série. S’il n’y avait qu’un conseil à donner, ce serait de regarder les expressions sur les figures des personnages. Leurs expressions sont intenses, même malgré leur jeu d’acteur. Et c’est ce que nous retiendrons d’Unbelievable.

Unbelievable, disponible sur Netflix.

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Tags: Combats de femmes, Netflix.