L’exposition Dalí/Magritte : une pépite surréaliste

par Aline Dricot
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©Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique

Les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (Bruxelles) consacrent une exposition exceptionnelle à Salvador Dalí et René Magritte. Pour la toute première fois, c’est une mise en lumière des rapports et influences entre ces deux grandes icônes du surréalisme.

L’exposition qui leur est dédiée célèbre leur rencontre, il y a exactement 90 ans. Une rencontre qui a changé l’image de l’art en Europe, mais également dans le monde entier. De plus, l’exposition prend place aux Musées Royaux des Beaux-Arts, à quelques pas du Musée Magritte, qui fête cette année ses 10 ans.

Dalí et Magritte se croisent en 1929, à Paris, invités par André Breton. Ensemble, entourés d’autres peintres tels que Miró ou Eluard, ils définissent les bases de leur mouvement artistique : le surréalisme.

Ils s’attachent, ensemble et séparément, à défier le réel et à bousculer nos certitudes…

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Leur histoire commune

René Magritte (1898-1967) est belge de naissance. Il est formé à l’art à l’Académie des Beaux-Arts, où il touche au futurisme, au cubisme et au dadaïsme. Il trouve dans le surréalisme ce qu’il avait toujours cherché: le lien entre le rêve et le réel. André Breton, à Paris, est réticent à l’idée de jouer avec le réel. Mais Magritte n’écoute que sa créativité, pour créer des œuvres aujourd’hui incontournables.

Salvador Dalí (1904-1989) est originaire de Figueras. Il peint dans le style impressionniste dès son plus jeune âge. Il est introduit auprès des artistes surréalistes de Paris par Joan Miró, où il rencontre Magritte. Dalí s’exprime avec une patte qui le rend reconnaissable parmi tous. C’est d’ailleurs Magritte qui le convainc que le surréalisme est possible sans passer par l’automatisme. Ils s’attachent tous deux au rendu précis et réaliste de leurs visions fantasques.

 

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Les œuvres de Magritte reflètent ses pensées, en aucune manière ses sentiments. Ses tableaux sont visuellement simples à comprendre, malgré l’impossible réalité dépeinte. Ceux de Dalí, en revanche, sont complexes, autant pour l’œil que pour le cerveau. Tout se mélange, tout s’emboîte et se complète. Plusieurs histoires sont racontées en même temps, les personnages présents à plusieurs endroits et en plusieurs temps, le tout en un seul tableau. Les rêves et hallucinations du peintre sont visibles, ainsi que son histoire personnelle. La mère est souvent représentée, dans une version presque freudienne de la relation familiale. Enfin, pour Dalí, Guillaume Tell est une figure importante qui se reflète dans ses tableaux.

 

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Ces deux hommes, sans être réellement concurrents, ont appris beaucoup l’un de l’autre. Malgré des personnalités et des créations très différentes, Magritte et Dalí questionnent tant la réalité que notre manière de l’observer, de dépasser la logique ou les attentes. Leurs styles ont évolué de manière synchronisée, ils ont peint sur les mêmes thèmes et sont tous deux devenus des figures emblématiques du surréalisme.

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L’exposition

Dalí et Magritte ont tous deux de nombreuses expositions qui montrent leur art à travers le monde. Pourtant, il s’agit de la première fois en Europe qu’une exposition est dédiée à leur relation.

L’exposition en soi est un exploit logistique, réunissant des chefs-d’oeuvre de 40 musées internationaux et collections privées. Au total, plus de 100 peintures, photographies, dessins et sculptures des deux artistes sont exposés.

 

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La visite commence par une expérience immersive en 360°, la tête dans les nuages. L’oeuvre de Magritte Le temps menaçant est recréée en images de synthèses. Cette peinture est le premier lien entre Dalí et Magritte, car ce dernier l’a réalisée lors de son séjour en août 1929 en Espagne, à Cadaqués, le port d’attache de Dalí.

 

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En sortant de l’expérience immersive, une ligne du temps fort intéressante développe la vie des deux hommes, en parallèle. Leurs points de rencontres, leurs expositions communes ou individuelles sont expliqués. C’est grâce à cette ligne du temps que le visiteur peut vraiment comprendre à quel point les artistes étaient liés, personnellement et professionnellement.

 

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Les tableaux de l’un et de l’autre dialoguent entre eux, témoins de la proximité des artistes dans leur différence. Leur relation est l’une des plus visibles du mouvement artistique, car elle se reflète dans leur travail.

L’exposition se veut aussi accessible aux personnes aveugles ou malvoyantes, grâce notamment à quatre postes tactiles qui décrivent en braille des œuvres significatives des artistes, reproduites en relief.

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Notre point de vue de l’exposition

Nous nous sommes rendues à l’exposition le jeudi 30 octobre. Il faisait beau mais froid, une journée parfaite pour se cultiver.

Si nous n’avions qu’un conseil à vous donner, c’est de vous rendre sur place pendant la journée, hors affluence. Les détails des tableaux sont trop importants pour passer à côté.

 

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Ce que nous retenons principalement de l’exposition, c’est qu’elle met vraiment en relation les deux artistes. A travers différentes thématiques, telles que dedans x au-delà, mollesse x désir ou encore portraits x choses, les tableaux sont expliqués. N’oubliez pas de prendre le guide -gratuit- à l’entrée, distribué par les personnes qui vérifient les tickets. Ainsi, chaque tableau de l’un et de l’autre, sur le même thème, est expliqué. Les liens et les séparations sont ainsi nettement visibles.

Les œuvres présentées tout au long de l’exposition sont toutes plus intéressantes les unes que les autres. Certaines sont quasi-méconnues, d’autres internationalement connues. Se trouver face à La Tentation de saint Antoine (Dalí) ou La réponse imprévue (Magritte) est presqu’aussi magique que de contempler Mona Lisa au Louvre. Les explications sont concises, mais étonnamment justes. L’une des complications du surréalisme est de comprendre le sens des œuvres, problème réglé grâce au guide du visiteur.

 

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Dans les allées, peu de bruit, à part les voix des visiteurs. Aucune ambiance musicale ne permet de se plonger dans l’univers des artistes. L’effet devait être calculé, car pendant une heure, rien d’autre n’attire l’attention que les tableaux accrochés aux murs.

 

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En ce qui concerne l’expérience immersive, nous ne l’avons pas testée, car nous ne l’avions pas vue. Il s’agit de quatre rideaux tirés au milieu d’une pièce, avec une chaise et des projecteurs. L’exposition n’avait pas besoin d’une expérience technologique pour être superbe.

Bonus : Il s’agit d’un montage de seize photos d’identité encadrant l’oeuvre Je ne vois pas la femme cachée dans la forêt, par Magritte, publié dans La Révolution surréaliste le 15 décembre 1929. Sur l’image, où se trouvent Salvador Dalí et René Magritte ? Réponse en fin d’article.

Magritte - montage de seize photos d'identité autour de la peinture je ne vois pas la femme cachée dans la foret

René Magritte

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Une exposition inévitable

L’exposition Dalí/Magritte est une pépite surréaliste que nous recommandons absolument d’aller voir. Il n’existe pas seulement un intérêt artistique de ces deux figures emblématiques, mais également un côté humain important. L’art et les relations humaines ont lié Salvador Dalí et René Magritte. Après avoir vu leur exposition commune, il n’y a plus de doute quant à l’influence certaine de l’un sur l’autre, et inversement.

 

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Plus d’informations sur le site des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique

Réponse au bonus : De gauche à droite et de haut en bas : Maxime Alexandre, Louis Aragon, André Breton, Luis Buñuel, Jean Caupenne, Salvador Dalí, Paul Eluard, Max Ernst, Marcel Fourrier, Camille Goemans, René Magritte, Paul Nougé, Georges Sadoul, Yves Tanguy, André Thirion et Albert Valentin.

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Tags: Art belge, Bruxelles.