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Son nom résonne de Bruxelles à Paris. La nouvelle sensation de la pop belge, c’est elle. Une voix, un ton, des chansons sur une jeunesse cabossée, tout chez elle émeut et interpelle. À vingt-neuf ans, Camille Yembe est sur la bonne voie avec son premier album.
On avait fait de « Coups de soleil », notre hymne de l’été 2025. Cette fois, on adopte ce premier album « Jeune & Laide » qui en
dit long sur son autrice. En vrai, Camille Yembe est une jeune femme bien belle et joyeuse. Et profonde aussi.
Votre album s’appelle Jeune & Laide. Saviez-vous qu’il y a eu naguère un magazine qui s’appelait Jeune et Jolie ?
Non, je n’étais pas au courant. Même si on ne connaît pas ce magazine, dès que l’on dit « Jeune », on associe cela à quelque chose de positif. J’aimais prendre le contrepied. Si j’avais été un homme, je ne crois pas qu’on m’aurait demandé : « Pourquoi “Jeune & Laide” ? ». C’est très collé aux femmes. Je parle de ma jeunesse. Et il y a plein de choses qui arrivent, autres que « jolies », quand on est jeune. Il y a des choses parfois cabossées et dures.

Marta Petraccone
Vos chansons sont-elles toutes autobiographiques ?
J’ai su rapidement que mon album parlerait de moi en détails. C’était ma manière de raconter des parcours souvent invisibilisés. Il s’agit d’un propos populaire dans le sens strict du terme.
Et cela vous a fait du bien ?
Cela me fait du bien en ce moment même. Je suis dans le cheminement de la libération. Le fait de dire tout haut des choses dont parfois on a honte, cela permet de ne plus en rougir. Et de donner de la valeur à mon parcours.
Ressentez-vous la résilience ?
Je suis un bon exemple de résilience. J’ai quitté le foyer familial à seize ans. Le chemin que j’ai construit jusqu’ici, c’est celui de la résilience. Pour la cover de mon album, j’ai revisité le drapeau congolais. Je lui ai ajouté, au milieu, une bande léopard. Chez nous, cet animal symbolise la résilience.

Marta Petraccone
Vous êtes-vous réconciliée avec votre mère ?
Non. Mais peut-être qu’elle écoutera cet album ? On ne sait pas quelle incidence il aura sur elle.
Avez-vous de l’indulgence pour la jeune fille que vous étiez à seize ans ?
Maintenant, oui. Je suis douce à son égard. C’était une gamine qui essayait de s’en sortir.
Comme évoqué dans cet interlude « L’étoile », on sent que vous en avez une d’étoile qui brille.
Merci. C’est mon père, avec qui j’ai renoué récemment et qui vit au Congo, que l’on entend dans ce passage. Je pense que l’on a tous en nous quelque chose qui brille.
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Vous possédez la double culture belgo-congolaise. Même si vous vous êtes sentie écartelée entre les deux, dans le passé, estimez-vous, aujourd’hui, que c’est une richesse ?
C’est effectivement une richesse. Comme ma mère s’était remariée avec un Marocain, j’ai été confrontée à la culture maghrébine. Ma couleur de peau, mon nez légèrement épaté, étaient un peu méprisés dans ma famille hors Congo. Il y a un gros tabou à l’égard du racisme intrafamilial. Du coup, j’ai mis du temps à accepter qui j’étais. Et maintenant, je me sens belle !
Dans un morceau comme RICH, on sent des influences de Theodora, l’artiste franco-congolaise.
On n’a pas pensé à elle au moment de le faire mais je comprends que vous y pensiez. C’est un morceau qui m’est apparu en rêve avant que je ne l’écrive. Et après, on a fait la production de ce titre. Sinon, Theodora, je l’admire. Elle est très plurielle dans ses propositions. Diam’s m’a inspirée et Charles Aznavour m’influence de manière permanente. J’ajouterai également Aphex Twin, Sébastien Tellier et Mk.gee.
Le manque d’argent, vous en avez souffert ?
Oui, de mes seize à mes vingt-quatre ans, j’ai traîné cette honte-là. Je mentais pour ne pas devoir avouer que je n’avais pas l’argent pour aller au restaurant. Parfois, je faisais des bêtises comme voler des vêtements. Je soignais mon apparence. Après, je me suis détachée de ça. J’ai trouvé un emploi que j’ai occupé durant quatre ans. Je redoutais de retomber dans une forme de précarité. Mais aujourd’hui, je peux vous offrir le café !
J’ai remarqué que vous aimiez bien la mode. L’apparence, c’est si important ?
Très. C’est une expression de soi-même. Et cela peut être une belle façade. Et pour les Congolais, la sape compte énormément. Moi, j’avais besoin de prouver que j’étais comme les autres. Mais c’est grave d’arriver à voler pour ça.
Aujourd’hui, ce sont les marques qui vous offrent des vêtements et des accessoires.
Oui, c’est dingue !
Si vous pouviez devenir l’ambassadrice d’une marque, laquelle serait-ce ?
J’ai assisté au défilé Hermès que j’ai trouvé grandiose. Donc, pourquoi pas cette marque-là ? J’aime aussi la marque Fenty Beauty de Rihanna pour le make-up. Elle a fait avancer les choses en matière de maquillage pour les femmes noires.
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Il y a deux duos sur l’album, l’un avec Lous & the Yakuza et l’autre avec le rappeur Ino Casablanca. Pourquoi eux ?
J’aime ce qu’ils font. Je voulais un featuring avec une artiste noire. Il y a peu de duos comparables dans la pop. Je connaissais Lous et c’est elle qui a choisi ce morceau, Seize ans dans les veines. Et Ino Casablanca est très novateur.
Vous êtes une réelle autrice. Et une performeuse. La scène pourrait être votre deuxième maison.
Sur scène, je me sens totalement libre. Et j’ai envie que le public me suive. J’aime la performance et l’idée de proposer un show charismatique.
Camille Yembe, Jeune & Laide, PAFF Music/Tie Break, sortie le 22 mai. En concert le 24 mai au Botanique, le 5 juillet aux Ardentes, le 17 juillet à Dour Festival et le 26 juillet aux Francos de Spa.
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