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Avec un casting à faire trembler les réseaux sociaux et une bande annonce visionnée plus de 24 millions de fois, “Hurlevent” s’impose comme le phénomène culturel du moment. Pourtant, derrière l’hystérie numérique, le film d’Emerald Fennell révèle les limites d’un cinéma façonné par la hype.
Il y a tout juste une semaine, le Grand Rex drapé de rouge accueillait l’équipe du très attendu “Hurlevent” pour l’avant-première française de l’adaptation cinématographie du roman d’Emily Brontë. Aimer jusqu’à se détruire en dépit des conventions sociales, tel est le destin de Catherine Earnshaw (Margot Robbie) et Heathcliff (Jacob Elordi).
L’esthétique comme fièvre
Ceux qui ont aimé Saltburn reconnaîtront immédiatement la signature visuelle de la réalisatrice britannique : un goût du trop, du beau, du suffocant. Dans “Hurlevent”, les landes du Yorkshire deviennent le théâtre d’une tempête intérieure où amour et folie se confondent. Une incarnation du chaos entre les deux amants. « Nous cherchions davantage la justesse des émotions que la précision historique » confiait Suzie Davies, cheffe décoratrice, au magazine AD.

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Cette démesure se retrouve jusque dans la garde-robe de Catherine Earnshaw. Si Madonna des années 80-90 avait vécu dans l’Angleterre victorienne, elle lui aurait sans doute emprunté quelques robes. Les costumes sont signés par Jacqueline Durran, lauréate de l’Oscar de la meilleure création de costumes pour Anna Karenina, à qui l’on doit également l’iconique robe verte de Keira Knightley dans Reviens-moi ou plus récemment les tenues colorées de Barbie. Ici, elle mélange coupes victoriennes et tissus modernes, références à Mugler et McQueen, touches de rouge façon Scarlett O’Hara et armures de soie inspirées de Winterhalter. Cerise sur le pudding, des bijoux signés Chanel. Le résultat ? Un délicieux brouillage temporel, où le XIXᵉ siècle et ses mœurs sont libérés se réinventent sous le regard résolument moderne de la réalisatrice.
Alison Oliver, la révélation
Vêtue de noeuds et de jupes aux nuances douces, Alison Oliver incarne Isabella Linton, sœur gâtée et naïve du mari de Catherine. L’actrice irlandaise, propulsée par son rôle dans Conversations with Friends, est sans aucun doute la révélation féminine de ces dernières années. Fragile et à l’opposé de Catherine, Isabella devient la proie de la frénésie destructrice des deux amants. Son jeu, jusqu’à la voix fragilisée, donne au récit un peu de consistence lorsque la passion tourne souvent à la performance, et au film l’émotion qu’il peine parfois à atteindre.

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“Tu es à moi pour toujours jusqu’à la folie”
Ceux qui n’ont retenu de la bande-annonce que les soupirs façon Fifty Shades of Grey risquent d’être surpris : “Hurlevent” n’est pas une romance. C’est une tragédie où l’amour devient obsession, où le désir se transforme en appétit. Et, pour être honnête, on ne peut pas en vouloir à ceux qui s’y trompent, le film flirte sans cesse avec le cliché.

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S’il fascine par son esthétisme, il déçoit par sa substance. Les 136 minutes du film peinent à capturer la complexité des 624 pages du roman. La dualité des personnages s’effrite, l’ambivalence se dilue, et la tragédie rythmée par une BO signée Charli XCX s’éclipse. Margot Robbie oscille entre intensité et excès, Jacob Elordi reste mystérieux sans jamais devenir magnétique. Là où Promising Young Woman explorait la vengeance avec une maîtrise glaçante, “Hurlevent” semble parfois se contenter du vernis. Le scénario, plus proche du fan service que de l’adaptation moderne, paraît avoir été davantage pensé pour les “thirst edits” de TikTok que pour les salles obscures.
L’amour, le beau, le vide : un Hurlevent 2.0
Paradoxalement, c’est peut-être là que le film touche juste. En transformant “Hurlevent” en objet moderne, la réalisatrice nous renvoie le miroir d’une époque obsédée par la beauté, l’image et le désir. Son adaptation n’ajoute rien à Brontë, mais elle dit beaucoup de nous : de notre perception de la passion, de ressentir “trop” pour exister plus fort, quitte à s’y perdre. Alors, rêve fiévreux, manifeste esthétique ou simple produit d’appel ? Sans doute un peu des trois. Une chose est sûre : derrière les paillettes et les landes balayées par le vent, Emerald Fennell nous rappelle que la passion, comme la hype, finit toujours par brûler ce qu’elle touche.
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