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Omniprésente sur les réseaux, dans les pubs et au cœur de toutes les conversations, la saison 3 de “L’été où je suis devenue jolie” s’est muée en phénomène culturel en un temps record. Une véritable obsession pour ses fans. Pourquoi un tel raz-de-marée ? Témoignages et décryptage.
Team Conrad ou Team Jeremiah ? Vous avez sûrement lu et entendu cette question partout cet été. Depuis le début de la diffusion sur Prime Vidéo du premier épisode de la troisième saison de L’été où je suis devenue jolie, le 13 juillet 2025, les réseaux sociaux sont inondés d’extraits de la série ou d’avis sur celle-ci.
Sur TikTok, le hashtag #TheSummerITurnedPretty comptabilise plus d’un million de vidéos, tandis que les #TeamConrad et #TeamJeremiah s’affrontent et rassemblent respectivement 467 000 et 158 000 contenus.
Sur les réseaux sociaux, les débats autour des teams ont pris une telle ampleur qu’ils s’accompagnent d’excès. Les acteurs ont été victimes d’insultes. Le 28 août dernier, Amazon Prime a dû intervenir sur Instagram pour rappeler la frontière entre fiction et réalité : “La série n’est pas réelle, mais les personnes qui incarnent les personnages le sont.”
Le triangle amoureux formé par Belly (Lola Tung), Conrad (Christopher Briney) et Jeremiah (Gavin Casalegno) passionne par-delà le public adolescent auquel la série semblait destinée. Les deux premières saisons adaptées des œuvres de Jenny Han n’avaient d’ailleurs, elles, pas créé l’engouement chez les millenials, au point de provoquer, comme aujourd’hui, des milliers de débats enflammés sur les réseaux sociaux.
Avec plus de 25 millions de spectateurs à travers le monde, son audience est désormais majoritairement composée de femmes âgées de 25 à 54 ans, pointe le New York Times.
Une série qui séduit des femmes de tous âges
Pour Lorine, 26 ans, “souvent curieuse des films et séries adaptés de livres”, ce genre de teen série est un véritable comfort show, “un programme facile à regarder, qui ne provoque pas d’émotions négatives”.
Quant à Anna*, 39 ans suivre les aventures amoureuses de Belly est pour elle un moyen de “décompresser et pleurer sur du Taylor Swift, tout en étant très investie dans une série avec des personnages fictifs”, résume-t-elle dans un sourire. Cette responsable des ressources humaines avoue qu’elle se permet de “redevenir adolescente” le temps d’un épisode.
Même ressenti pour Christine*. Avec une pointe de honte, la femme de 57 ans confie avoir “l’impression de redevenir la jeune fille naïve et amoureuse de l’amour que qu'[elle] était”. “Et ça me fait un bien fou”, glisse-t-elle.
Véronique Kohn, psychologue et psychothérapeute, aussi autrice du livre Quand la peur de perdre l’autre… me le fait perdre ! – Ou comment les comportements toxiques poussent à la rupture (éd. Tchou, 2022), pose un mot sur ce phénomène : “l’adulescence”.
Selon la spécialiste interviewée, L’été où je suis devenue jolie renvoie ces spectatrices à leur jeunesse. Elles utilisent alors “cette part de leur personnalité pour rêver, s’identifier à l’héroïne et se donner le droit d’être traversés par des émotions qu’elles ne vivent plus dans leur vie quotidienne”, observe-t-elle.
Un triangle amoureux problématique, mais qui attire
L’autre force de cette troisième saison, qui peut aussi expliquer son succès : le triangle amoureux formé par Belly – adolescente dans les deux premières saisons, puis jeune adulte dans la dernière – et deux frères, Jeremiah et Conrad. Un schéma qui attise les passions et crée deux “clans”.
“J’étais Team Jeremiah mais je suis passée de l’autre côté et maintenant je suis Team Conrad”, débrieffe Christine.
Si le triangle amoureux suffit à éveiller le désir des téléspectatrices, il est de plus renforcer avec le côté transgressif ajouté par le fait que l’héroïne hésite entre deux frères.
“C’est excitant de transgresser. Nous savons que c’est mal mais, pour autant, ça crée du désir et ça participe à l’engouement, selon la psychologue. Tout ce qui est transgressif a toujours plus de chances d’avoir du succès que ce qui est banal.”
C’est notamment cette intrigue qui a attiré Lisabelle, étudiante. Elle explique regarder L’été où je suis devenue jolie avec une certaine distance critique, se sentir presque “forcée” de visionner chaque nouvel épisode. “Tous les personnages m’excèdent, y compris Belly, parce qu’ils sont outrageusement problématiques. Regarder la série en étant adulte me permet de repérer les comportements toxiques des personnages. C’est justement ce qui est drôle.”
“Rêver le prince charmant, rêver l’amour, permet de faire contrepoids à une société qui va mal.” Véronique Kohn, psychologue
“Une histoire d’amour par procuration”
L’engouement pour la série révèle aussi un besoin de s’extraire d’une réalité souvent moins rose qu’une rom com. “50 % des couples divorcent”, rappelle la psychologue. Pour elle, “fantasmer devant une série permet d’échapper à cette réalité.” “L’imaginaire soutient le réel, développe l’interviewée. Dans un monde qui se dégrade, il est vital de pouvoir continuer à rêver dans sa bulle.”
Christine acquiesce. Visionner cette fiction est pour elle “un moyen de [s]’échapper de la réalité”. “Le temps d’une heure, j’oublie mes problèmes.”
“Je vis une histoire d’amour par procuration”, abonde Capucine, 31 ans. Elle confie, avec sincérité : “Aujourd’hui, c’est devenu tellement compliqué de sortir du célibat que je me réfugie beaucoup dans les séries.” Des témoignages qui rejoignent l’analyse de la psychologue, pour qui “rêver le prince charmant, rêver l’amour, permet de faire contrepoids à une société qui va mal”.
BO bien pensée, “bad boy” et réseaux sociaux : une recette addictive
La recette de la série repose aussi sur des ingrédients plus concrets : une mise en scène soignée, une bande-son calibrée et des personnages archétypaux. “Le casting est parfait, la scénographie et les musiques… Tout est bien pensé”, souligne Anna. Les larmes qu’elle verse sur les ballades de Taylor Swift font partie intégrante de son expérience de spectatrice.
Conrad, dans le rôle du “bad boy”, cette “figure du partenaire mystérieux, introverti, mais instable et complexe”, joue aussi un rôle majeur. Pour Véronique Kohn, “c’est très intéressant de ne pas pouvoir comprendre quelqu’un, ça crée l’état amoureux.”
Enfin, les réseaux sociaux prolongent l’expérience lorsque l’épisode s’achève. “La série est vraiment omniprésente sur les réseaux. Je crois que je préfère la série sur les réseaux sociaux que la série en elle-même. Je peux passer des heures à écouter des personnes donner leur avis sur telle ou telle scène”, raconte Lisabelle.
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Anna, de son côté, s’amuse de la viralité du phénomène. “Avec les deux teams, on est très investis, on peut presque se disputer. Je trouve ça très drôle que des marques et des sportifs se prêtent au jeu et surfent sur la vague.”
En somme, si L’été où je suis devenue jolie fascine autant, ce n’est pas uniquement parce qu’elle raconte une histoire d’amour d’été. Elle semble offrir un espace commun de rêve et de nostalgie.
*Les prénoms ont été modifiés à la demande des personnes interviewées, qui souhaitent témoigner anonymement.
Cet article a été initialement publié par Marie Claire France.
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