Opinion: la Coupe du Monde du sexisme
© Getty Images

Opinion: la Coupe du Monde du sexisme

Temps de lecture: 4 min

A 8 ans déjà, je regardais les Coupes du Monde à la télévision avec mon père. J'ai compris la règle du hors-jeu du premier coup, je m'enflamme devant les pénaltys non sifflés, je peux donner mon avis sur l'état de jeu de tel ou tel joueur et j'aime regarder les débats de mi-temps ou d'après-match. Le hic? Je suis une femme.

Et une femme, ou une fille, ça n’aime pas le foot, parce que le foot, c’est un sport de vrai mec qui boit de la bière (les hommes savent pourquoi) en scandant « waar is da feestje. » On aurait pu penser que ce Mondial allait être différent; après la déferlante Weinstein, #metoo et la libération de la parole des femmes, j’avais espéré que cette Coupe du Monde serait aussi placée sous le signe de l’évolution des mentalités et de l’égalité des sexes.

 

Lire aussi: « 5 newsletters féministes engagées à lire chaque semaine »

 

Mais depuis le coup d’envoi du merdique splendide Russie – Arabie Saoudite (et vive les femmes), force est de constater que ce Mundial n’a pas su contourner l’écueil du sexisme ordinaire.

/

Des présentatrices agressées pendant leurs lives

La journaliste sportive brésilienne Julia Guimareas était en reportage en direct d’Ekaterinbourg, en Russie, quand elle a dû esquiver le baiser d’un passant tout à fait inconnu.

Sa réaction ne se fait pas attendre: « ne fais pas ça, ne fais plus jamais ça, ce n’est pas poli, ce n’est pas bien, ne fais jamais ça à une femme, respecte. » dit-elle directement, le forçant à s’excuser.

Encore plus édifiant, la journaliste colombienne Julieth Therán, envoyée par la chaîne de télévision allemande Deutsche Welle pour couvrir la Coupe du Monde en Russie, a été embrassée et pelotée en plein direct. La vidéo montre Julieth Therán saisie par un homme qui l’embrasse sur la joue et attrape son sein. Oui, vous avez bien lu.

 

Lire aussi: « Coupe du Monde 2018: où regarder les matchs avec vos enfants à Bruxelles »

 

Elle a continué le live comme si rien ne s’était produit, mais a ensuite posté la vidéo de l’incident sur Instagram avec la légende: « RESPECT! Nous ne méritons pas ce traitement. »

/

Les commentatrices de foot victimes d’une campagne de dénigrement

Cette année, des femmes commentent des matchs de la Coupe du Monde sur plusieurs chaînes. C’est le cas par exemple de Claudia Neumann, commentatrice pour la chaîne allemande ZDF depuis l’Euro 2016. Il y a deux ans déjà, sa présence avait fait débat et, aujourd’hui, nous revoilà au même point: si certaines critiques soulignent des erreurs factuelles, bon nombre de reproches sont faits à… Sa voix de femme.

 

Lire aussi: « L’association ONE dénonce les lois les plus sexistes et absurdes du monde »

 

Vicki Sparks, journaliste à la BBC, est la première femme à commenter un match télévisé de Coupe du Monde au Royaume-Uni. Mais tout le monde n’est pas fan du changement: en plus des tweets rageux stipulant que les femmes n’y connaissent rien, l’ex-footballeur Jason Cundy a déclaré que les voix des femmes étaient trop aiguës pour commenter des matchs de foot. Ces deux commentatrices, soutenues par leur chaîne respective, sont victimes d’une véritable campagne de dénigrement depuis le début de le Coupe du Monde 2018.

Si l’on fait le point en Belgique, les commentateurs de cette Coupe du Monde sont tous masculins, que ce soit côté francophone ou néerlandophone. Pour trouver des femmes, c’est au JT qu’il faut aller: Ophélie Fontana y résume le Mondial en direct. Sinon, c’est sur le plateau de Benjamin Deceuninck, où Christine Schréder, cheffe d’édition de VOOSport, donne son avis à la mi-temps et avant et après les matchs.

/

Des pubs de mauvais goût

Burger King a également été contraint de s’excuser, après avoir proposé des Whoppers à vie aux femmes russes mises enceinte par des joueurs de la Coupe du Monde. La chaîne de fast food a lancé la promotion sur VK – une alternative russe à Facebook – promettant 3 millions de roubles (un peu plus de 40 000€) et la gratuité des Whoppers aux «filles qui parviennent à obtenir les meilleurs gènes du football».

De nouveau, les critiques ont fusé et la promotion a été retirée des comptes de Burger King. La société de restauration rapide a ensuite publié une déclaration disant « nous nous excusons pour la promotion que notre équipe russe a faite, elle était clairement choquante ».


/

Une galerie Getty Images plus que douteuse

La semaine dernière, Getty Images publiait une galerie de photos de « les fans les plus canons de la Coupe du Monde » mettant en vedette exclusivement… Des jeunes femmes. La galerie a attiré les foudres des réseaux sociaux et rapidement qualifié de « complètement dépassé ». A tel point que Getty l’a retiré en convenant que c’était une « erreur de jugement regrettable » et qu’ils lanceraient une enquête interne.

/

Les « fausses fans »

Des tas de suppositions sexistes sont encore faites quant à la capacité des femmes à participer et à soutenir le football. Beaucoup d’hommes (et de femmes, ne soyons pas… sexistes) estiment encore que les femmes ne peuvent pas aimer le foot « pour de vrai » et que celles qui pensent aimer le foot n’y comprennent de toute façon rien du tout. Que ce sont des « fausses fans », en fait.

Combien de fois ai-je eu droit à des regards étonnés quand je lâche un « y a faute! » en plein match, ou encore a des « mais, tu aimes vraiment le foot? C’est juste pour l’ambiance, non? ».

Alors oui, nous sommes en 2018, les femmes jouent au foot, regardent le foot et connaissent la règle du hors-jeu, get over it.

Si ce sujet vous intéresse, en voici d’autres similaires: « #MeToo: les réseaux sociaux pour dénoncer les agressions sexuelles », « DearCatcallers: le compte Instagram qui dénonce le harcèlement de rue » et « #MeToo récompensé par le Time: les briseuses de silence élues Person of the Year »

Charlotte Deprez Voir ses articles >

Foodie assumée, obsédée par les voyages, la photographie et la tech, toujours à l'affût de la dernière tendance Instagram qui va révolutionner le monde.

Tags: Coupe du monde, Féminisme, Football, Sexisme, Sport.