Ne pas balayer sa maison, ne pas laver ses cheveux… À l’approche du Nouvel An lunaire, ces interdits refont surface sur les réseaux sociaux, propulsés par une vague de vidéos virales. Entre superstition ancestrale et détournement sur TikTok, quelle est la vraie tradition derrière ces croyances et que signifient réellement ces rituels ?

Le Nouvel An lunaire, communément appelé “Nouvel An chinois” en Occident, constitue la célébration la plus importante du calendrier asiatique. Il marque la fin d’un cycle et le début d’un nouveau chapitre, placé sous le signe du renouveau, de la purification et de la chance. Bien au-delà des frontières chinoises, cette fête est célébrée dans de nombreux pays et communautés d’Asie : au Vietnam lors du Tết Nguyên Đán, en Corée du Sud pour le Seollal, mais aussi à Singapour, en Malaisie, en Indonésie, à Taïwan, à Hong Kong, sans oublier les diasporas à travers le monde. Cette année, le Nouvel An lunaire est célébré le mardi 17 février 2026, sous le signe flamboyant du Cheval de Feu.

Traditionnellement, la veille du Nouvel An est dédiée à un grand nettoyage, autant du foyer que du corps. On nettoie minutieusement son intérieur, on prend soin de son corps, on se lave, on coupe parfois ses cheveux, on se pare de ses plus beaux atours. L’objectif ? Se délester symboliquement des énergies négatives, des fatigues accumulées et des désillusions passées afin d’accueillir la nouvelle année dans un esprit clair, ouvert et renouvelé.

@gabriella.tam Chinese new year prep: Episode 3 what to do ON February 17th #chinesenewyear #chinesebaddie #yearofthehorse #cny2026 ♬ original sound – Gabriella Tam

Se laver les cheveux avant minuit symbolise donc un rituel de renaissance : on se débarrasse symboliquement de la malchance, de la fatigue et des mauvais souvenirs de l’année écoulée.

Pourquoi éviter de se laver les cheveux le premier jour de l’an ?

Comme le rappelle Marie Claire Taiwan, c’est ici que la dimension symbolique et linguistique entre en jeu. En mandarin et en cantonais, le mot cheveux (发, fa) est un homophone du mot prospérité ou richesse (发, fa également). Se laver les cheveux le premier jour du Nouvel An lunaire est donc interprété comme “laver sa chance”, voire la faire disparaître.

D’où cette croyance largement répandue : se laver les cheveux le premier jour de l’année lunaire porterait malheur, car cela reviendrait à chasser la prospérité avant même qu’elle ne s’installe.

Une superstition transmise de génération en génération, notamment par les aînés, et aujourd’hui largement relayée sur TikTok au-delà des frontières.

Un rituel porte-bonheur ?

Comment souvent sur TikTok, cette tradition ancestrale a été détournée et transformée en un conseil porte-bonheur viral, un peu à la manière de la tradition espagnole autour des douze raisins à manger à minuit lors du Nouvel An pour espérer trouver l’amour dans l’année.

Décontextualisée, elle circule désormais sous forme de vidéos ludiques, souvent relayées par des créatrices de contenu étrangères aux cultures célébrant le Nouvel An lunaire, donnant parfois l’illusion d’un simple gimmick folklorique.

@secretlifeoftiffanyy Can’t take any chances, hair was day is February 16! DO NOT wash your hair on the 17th #chinesenewyear ♬ original sound – secretlifeoftiffanyy

Pourtant, pour les communautés asiatiques qui perpétuent cette coutume, il s’agit d’un véritable rituel de purification et de renouveau ancré dans leur culture, une manière de laisser derrière soi les énergies négatives de l’année écoulée et d’accueillir chance, prospérité et harmonie. L’enjeu est donc de respecter et comprendre la signification culturelle qui sous-tend ce geste.

Linh, mannequin et créatrice de contenus belgo-vietnamienne, analyse : “D’un côté, c’est gratifiant de voir nos traditions susciter autant d’intérêt : cela signifie qu’elles rayonnent au-delà de nos communautés.” Mais elle évoque aussi ressentir un malaise face à certaines vidéos qui se limitent à “extraire un seul geste de tout son contexte”. Faire connaître la tradition peut être enrichissant, à condition de la replacer dans son contexte et de célébrer ses origines, plutôt que de la transformer en simple viralité.

“Présenter ce rituel comme une trend universelle porte-bonheur, souvent sous l’étiquette floue de la “culture asiatique”, peut être réducteur, surtout lorsque ces personnes ne s’intéressent pas aux cultures concernées le reste de l’année. Ce n’est pas forcément mal intentionné, mais le risque est de gommer la nuance, l’histoire et la richesse culturelle. Nos traditions ne peuvent pas être réduites à un hashtag.”

 

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