Décryptage du phénomène de deepfake pornographique
© Unsplash/Andras Vas

Décryptage du phénomène de deepfake pornographique

Par Charlotte Verbruggen
Temps de lecture: 3 min

Allumer son ordinateur et découvrir qu'on a été mise en scène dans un porno sans son consentement via la technologie ? C'est une violence en ligne à laquelle sont malheureusement confrontées de nombreuses femmes et ça s'appelle le deepfake pornographique. Décryptage d'un fléau.

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Le deepfake pornographique est une pratique qui consiste à placer le visage d’une personne sur un corps qui n’est pas le sien à l’aide de l’intelligence artificielle dans le but de la mettre en scène dans des vidéos ou images pornographiques. Les agresseurs sont autant des professionnels que des amateurs qui s’échangent le matériel nécessaire à la réalisation de ces deepfakes pornographiques sur les réseaux sociaux. Ce phénomène a émergé en 2017 et il ne cesse de faire des victimes depuis.

Les femmes médiatisées comme principales victimes

Si tout le monde peut être victime de deepfake, ce sont principalement les personnalités publiques et personnes exposées médiatiquement qui sont touchées. Récemment, c’est Léna Situations qui a tiré la sonnette d’alarme dans un de ses désormais traditionnels vlogs d’août. Alors qu’elle tombe sur une photo d’elle retouchée en compagnie de son meilleur ami, la youtubeuse explique être victime de deepfake porno. L’influenceuse dénonce alors le phénomène en expliquant que ce n’est pas la première fois que ça lui arrive. Avant de qualifier ces montages « d’horribles » et de « dégueulasse », Léna Situations ajoute  « Il y a tellement de meufs sur Internet qui vivent ça. »

La jeune femme n’est en effet pas la première célébrité à dénoncer cette violence en ligne. Le 2 février passé, au cours d’un live Twitch, la streameuse américaine QTCinderella confiait avoir été victime de cette violence en ligne. « J’emmerde la constante exploitation et objectivation des femmes, c’est épuisant » avait-elle déclaré avant de poursuivre en larme, « voilà à quoi ça ressemble de se sentir abusée, exploitée et de se voir nue sans son consentement sur Internet ». Si l’attaque est virtuelle, l’impact, lui, est bien réel.

Nos consoeurs de Marie Claire France ont également relayé le témoignage d’Énora Malagré. L’animatrice française n’a, elle non plus, pas été épargnée par cette agression d’un nouveau genre. Énora Malagré et son avocat ont découvert 300 films pornographiques la mettant en scène, et ce nombre est probablement plus grand encore. « Je me souviendrai toute ma vie de ce moment où j’ai cliqué sur l’image qui était en train de se télécharger. J’ai fondu en larmes et j’ai ressenti une nausée physique, l’envie de vomir », explique la comédienne.

Mais ces témoignages médiatisés ne sont que la partie visible de l’iceberg d’un phénomène difficile à quantifier précisément. On sait cependant que le deepfake pornographiques représente 96% des deepfakes, qu’il a pour but d’humilier et de harceler. Ce sont exclusivement des femmes qui sont visées, cette violence est donc genrée comme l’explique Ketsia Mutombo, cofondatrice de Féministes contre le cyberharcèlement, à Marie Claire France.

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Que peut-on faire si on est victime de deepfake pornographique ?

En Belgique, depuis 2022 grâce à la récente réforme du Code pénal, les deepfakes porno sont sanctionnés par la loi et reconnus comme étant un délit. Ce via, l’article 417/8 qui condamne le voyeurisme. Il peut consister, notamment, en le fait de « réaliser ou faire réaliser un enregistrement visuel ou audio » d’une personne dénudée par un moyen technique sans son consentement. L’infraction peut être punie d’une peine d’emprisonnement allant de six mois à cinq ans. Il est donc possible de saisir un·e avocat·e spécialiste en la matière pour, éventuellement, entamer des démarches judiciaires et être accompagnée au mieux.

Maître Rachel-Flore Pardo, une avocate spécialisée dans le cyber-harcèlement interrogée par Marie Claire France, conseille de signaler le montage et de déposer plainte. L’avocate recommande également aux femmes victimes de préserver les captures d’écran qui leur serviront de preuves lors du dépôt de plainte. Si l’agresseur n’est pas connu, il peut être envisagé de demander à un tribunal une injonction afin d’obtenir le nom de l’auteur directement de la plateforme qui héberge les images ou même, de demander à celle-ci de supprimer les images via une action en urgence, explique maître Sandrine Carneroli à la RTBF.

Sinon, depuis 2022, en marge du système judiciaire classique, l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes soutient le projet StopNCII.org. Ce dernier aide les victimes à faire supprimer les contenus à caractère sexuel diffusés de manière non-consensuelle sur Internet. Pour ce faire, il suffit à la victime de créer son dossier en ligne en sélectionnant les images à caractère sexuel qu’elle aurait repérées. L’organisme contacte ensuite les entreprises afin de faire retirer les contenus visés et ainsi limiter ou empêcher leur diffusion. Les avantages de cet outil sont qu’il est gratuit, rapide et anonyme.

 

Si le sujet vous intéresse, lisez aussi : « En quoi consiste la loi historique « stop féminicide » votée en Belgique ? », « Les CPVS jouent un rôle primordial dans la prise en charge des violences sexuelles », « La Belgique interdit les pratiques de conversion, ce que ça veut dire ».

Tags: Cyberharcèlement.