Sommaire
461 romans français et étrangers, davantage de diversité, des histoires fortes et beaucoup d’œuvres introspectives. Des quêtes humaines magistralement menées. Notre trio de choix.
Rappelle-moi, ma belle, d’Anna Ostasenko Bogdanoff
« Si je pouvais me saouler à mon père, je le feramarieis. Prendre une bouteille de la substance d’une personne et la boire comme on boit de l’alcool »
Elle a eu raison de prendre la plume, quitte à faire couler beaucoup d’encre. La fille d’Igor Bogdanoff ressuscite son père et son oncle Grichka quatre ans après leur disparition, dans un récit qui lui coûte autant qu’il la sauve. Une immersion familiale brillamment menée, sous forme de quête identitaire qui réhabilite l’homme derrière le mythe, sans fards ni langue de bois. Une exploration sans compromis des zones d’ombre du passé, qui n’épargne ni les secrets enfouis, ni les limites souvent floues entre réalité et fiction, sans oublier les racines afro-américaines de son père notamment hanté par ses origines. La réalisatrice et scénariste signe un premier roman remarqué, d’une profondeur bouleversante et dont la densité créative rappelle notamment à quel point les fantômes contaminent. Une autre façon de découvrir Igor Bogdanoff et l’homme qui se cache derrière le personnage qu’il s’était créé. « Rappelle-moi, ma belle » est la dernière phrase laissée par ce père hors norme sur le répondeur de sa fille. Une enquête littéraire pour faire le deuil de cet ovni paternel.
Éd. JC Lattès, 20,90 €
L’influenceuse, de Joyce Maynard
« On devait penser à nos followers, elle a rétorqué »
C’est une dissection sans compromis des réseaux sociaux, une analyse aboutie des manipulations à répétition, des relations toxiques et des apparences trompeuses, au nom d’une célébrité souvent éphémère qui se nourrit de likes et d’illusions, jouant le jeu d’une dérive annoncée. La romancière s’est inspirée de la fameuse affaire Gabby Petito, instagrameuse américaine assassinée par son petit ami et qui a fait le buzz dans le monde entier en 2021, destin tragiquement rendu public et point de départ pour ausculter la vacuité du succès de certains influenceurs. Une critique au scalpel de la quête éperdue de reconnaissance et de notoriété, à coups de chapitres courts et rythmés, alternant les points de vue sur cette édifiante gloire virtuelle et rappelant qu’un féminicide n’est pas qu’un dramatique fait divers. Une réflexion sociétale sur fond de thriller haletant, qui interroge sur la fascination morbide pour la vie de ces inconnus que l’on s’approprie pour le meilleur et pour le pire, quitte à ce que mort s’ensuive.
Éd. Philippe Rey, 17 €
Fuir la lumière, de Florence Chataignier
« À l’évidence, son amour pour moi fane aussi, ce qui me surprend malgré tout »
Une ode à la liberté sur fond de récit d’une force rare, qualité à laquelle nous a habitués l’écrivaine, qui scrute les hypocrisies sans aucun compromis et n’a visiblement pas peur de chercher derrière les apparences, de roman en roman. Avec cette nouvelle histoire profondément interpellante, elle décortique la notion de délivrance, qui semble aller de soi, mais que l’on n’atteint pas aussi facilement, même en se délestant d’un passé à priori lourd. C’est le cas d’Anita, son héroïne qui a grandi au sein d’une secte libertaire en Provence et s’en est enfuie pour finalement mener une vie apparemment parfaite, mais dont elle se rend compte qu’elle ne fait que correspondre à un cliché encore fortement ancré dans l’imaginaire de beaucoup de femmes. Un mari « aimant », des enfants, une maison magnifique…le rêve est loin de combler sa réalité. Conformité n’est pas synonyme de liberté et à l’instar de l’existence de l’héroïne, la vie quotidienne de beaucoup peut aussi être une forme de prison dont les barreaux se dessinent insidieusement et sournoisement, parfois à notre propre insu.
Le Cherche Midi, 21 €
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