Des femmes puissantes, imparfaites, désirantes, parfois détestables, souvent brillantes. Aujourd’hui, elles occupent les écrans, seules ou en bande, armées de leurs contradictions. Mais cette révolution télévisuelle, féministe et féminine, n’a pas toujours été aussi assumée. Décryptage.

De la potiche parfaite à la complexité assumée

Longtemps, la femme en série a été la mère, la secrétaire, l’infirmière, le love interest. Gentille. Joueuse, à la rigueur, mais toujours rassurante. “Jusqu’à la fin des années 80, on attendait d’un personnage féminin qu’il soit ‘gentil’”, rappelle Audrey Hanslaer, chercheuse et autrice de Long Live Sex and the City. “La bascule arrive dans les années 90 avec l’apparition de figures féminines plus ambiguës, plus complexes.”

Et c’est là que surgit un séisme new-yorkais : Sex and the City (1998). “Ce n’est pas la première série féminine, mais c’est la première à faire entendre des voix féminines, sur leur sexualité, leurs amitiés, leurs doutes… à une heure de grande écoute !”, souligne Audrey. Pour elle, la révolution réside autant dans les dialogues sans tabous que dans la forme chorale : “Ce n’était plus une héroïne, c’était quatre femmes, unies dans une amitié solidaire, c’était énorme pour l’époque.”

Et parce qu’une femme à l’écran, ce n’est jamais “juste” une femme, le compte Instagram @herstoryofficiel le rappelle avec force :

 

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Du glamour aux blessures

Mais si Sex and the City a ouvert la voie, ses descendantes ont affûté les lames. Dès les années 2010, l’ère post-Girls voit émerger des personnages “bruts de réalités” : égocentrées (Hannah, dans Girls), cyniques (Fleabag), fragiles et résilientes (June, dans The Handmaid’s Tale). L’anti-héroïne devient un archétype à part entière. Fini la femme qui plaît. Place à la femme qui vit, qui chute, qui saigne et qui parfois dérange.

Et ce tournant, il est aussi politique. “Après MeToo, les séries osent un féminisme revendiqué, frontal, militant”, observe Audrey Hanslaer. Citons Mrs. America, I May Destroy You, Orange is the New Black ou encore Sex Education : des univers qui mêlent intime et social, vulnérabilité et pouvoir.

Des héroïnes… plus inclusives ?

Reste une question que pose Audrey Hanslaer avec lucidité : “Le féminisme de Sex and the City était celui de femmes blanches, urbaines, hétéros et très privilégiées. Aujourd’hui, on ne peut plus se contenter de ça.”

Et les séries l’ont compris. On pense à The Sex Lives of College Girls, Pose, Gentefied ou encore Vida, qui injectent diversité ethnique, orientation sexuelle plurielle et réalités sociales complexes dans leurs intrigues.

Même And Just Like That, le reboot de Sex and the City, malgré ses maladresses, tente de corriger le tir : “Sur la diversité, c’est parfois artificiel, concède Audrey, mais il y a une volonté. Et sur les sexualités queer, le reboot va plus loin, avec plus de finesse.”

Pourtant, la mission n’est pas finie. Si les héroïnes ont gagné en profondeur, les coulisses restent souvent dominées par des hommes. Et la diversité reste encore trop souvent cosmétique.

Mais la révolution féminine à l’écran est bien en marche. Et elle continue de faire du bruit. Car montrer une femme libre, ambivalente, qui ose prendre la parole (ou s’en foutre), c’est déjà un acte politique.

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