Le dressing Saint Laurent revisité en 5 parfums: rencontre avec Juliette Karagueuzoglou, créatrice du TUXEDO

par Camille Hanot
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©Yves Saint Laurent Beauté

Le Vestiaire des Parfums décline cinq des pièces emblématiques de la garde-robe Yves Saint Laurent en cinq parfums à la coupe sophistiquée. TUXEDO, CABAN, SAHARIENNE, TRENCH et CAFTAN offre un dressing olfactif où l’habituel clivage masculin-féminin n’existe pas. Parfumeuse chez IFF, Juliette Karagueuzoglou nous raconte sa création; le TUXEDO.

Vous êtes le « nez » de Tuxedo, parfum Yves Saint Laurent, est-ce comme cela que l’on vous appelle ? 

Oui … oui on nous appelle un nez … moi j’aime bien parfumeur; « nez » c’est un peu réducteur. Si on y réfléchit la création d’un parfum, ça se passe plutôt là-haut (elle pointe la tête), ou ici (elle pointe le coeur). Derrière un parfum, il y a un acte volontaire. Le nez, c’est simplement la manière dont on reçoit le monde. C’est comme si on disait que le pianiste était des mains et le peintre des yeux. Après je comprends, « nez » c’est mignon, c’est parlant et c’est indispensable pour créer un parfum.

Justement, considérez-vous votre odorat comme un don ou avec beaucoup de travail, tout le monde est capable devenir parfumeur?

Mes parents racontent que petite je découvrais le monde par les odeurs, je décrivais et commentais ce que je sentais, je devinais ce que je mangeais. A 13 ans, j’ai découvert le métier de parfumeur par la suite, je suis rentrée l’ISIPCA, une école de parfumerie située à Versailles pour réaliser mon rêve. Il n’y a aucun doute, mon odorat est l’un de mes sens les plus forts mais ce n’est pas suffisant pour être parfumeur. Il faut également une très grosse mémoire et une capacité créative. La créativité, c’est un peu une discipline. Tous les jours, il faut travailler et de temps en temps, il y a des idées qui sortent un peu de la norme. Picasso disait : « je ne sais pas si l’inspiration viendra mais si elle vient je me trouverai en train de travailler. » Et pour terminer, il y a une part de compréhension, bien souvent on ne fait pas des parfums pour nous mais pour une marque.

C’est le cas ici, vous avez créé TUXEDO pour Yves Saint Laurent beauté, comment cela se passe-t-il

Les marques viennent vers nous en nous présentant un brief, dans ce cas, le brief était un vestiaire. De cette pièce emblématique, on va en tirer nos émotions. Il faut aller chercher à l’intérieur de nous pour savoir ce que le vêtement nous évoque. Ensuite, on essaye de créer un lien entre ce qu’on touche et la parfumerie.

Saint Laurent

Presse

Le TUXEDO est-ce un habit qui vous parlait ? 

Oui, c’était le vêtement que je voulais du dressing Yves Saint Laurent. Je trouve que c’est une des pièces les plus jolies de sa garde-robe. Le côté un peu androgyne me plait également énormément. Quand on part d’un vêtement, il faut, une fois réalisé, que le parfum raconte l’histoire de l’habit et que celle-ci soit comprise presque immédiatement par tout le monde.

Quelle est l’histoire de ce parfum ?

Si je rassemble le Tuxedo en codes et en mots pour moi, c’est noir, élancé, lumineux avec le satin, mat et bien évidemment, il y a le côté androgyne de l’habit. A partir de ces 5 éléments, j’ai créé le parfum. J’ai choisi le patchouli, c’est un de mes ingrédients préférés et c’est très utilisé en masculin et en féminin. La famille des Chypre fait partie des deux familles olfactives. J’ai utilisé un coeur de patchouli car il me donnait des notes plus sexy. Pour la lumière, j’ai utilisé des épices en tête, du poivre et de la coriandre qui donnent de la brillance. Pour le côté androgyne, j’ai utilisé la rose. 

A quel moment, savez-vous que votre parfum est terminé?

Bonne question! Dans ce cas précis, il ne fallait pas qu’on s’éloigne de trop de l’idée originale. Après en le testant sur notre peu, un moment on se rend compte qu’on a le sillage, la puissance, la tenue sur peau et l’identité olfactive, à ce moment-là c’est fini.

Où trouvez-vous votre inspiration pour créer? 

Les inspirations viennent de la vie, un plat cuisiné, un voyage et les douceurs de l’enfance. L’olfactif est très lié à la mémoire des sentiments et aux émotions. Il y a beaucoup de choses qu’on a senti enfants et qui ressortent. A ce moment-là, il faut les attraper et les garder en mémoire.

Et la question qu’on se pose toute, un parfumeur enrhumé peut-il travailler ? 

Quand on est enrhumé, on sent toujours mais c’est un peu déformé. Comme on travaille beaucoup avec notre cerveau, on peut s’appuyer sur ce qu’on connait déjà du parfum et bien évidemment sur les gens qui développent avec nous le produit.

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Tags: Parfum, Parfums, Yves Saint Laurent.

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