Dans la catégorie humour féministe, il n’y a pas plus puissante que Lena Dunham. Et cela depuis le succès de sa série Girls. Cet été, l’autrice, réalisatrice et actrice américaine nous offre, sur Netflix, Too Much, une série en mode romcom fun et sexy. Interview exclusive.
Elle se tient dans sa cuisine où le vert printemps domine. Elle-même a choisi de porter une veste à fleurs pour cette interview par zoom. Lena Dunham est une personne chaleureuse et pleine de bonnes et intéressantes idées comme celles qu’elle a mises dans Too Much. Une série-événement que Netflix sort pour l’été. Et qui est vraiment décalée.
Too Much est-elle votre version très personnelle et actuelle de Bridget Jones ?
Absolument. Bridget Jones a eu une énorme influence sur moi. D’abord avec le roman, ensuite, avec le film. J’ai lu le livre alors que j’étais adolescente et il a eu beaucoup d’impact sur moi, notamment dans la manière de montrer comment des femmes adultes vivaient. Et depuis que je vis en Grande-Bretagne, je vois vraiment à quoi leur vie peut ressembler. Je me suis posé la question d savoir comment imaginer un tel personnage et tenté de lui inventer un contexte à la fois difficile et stimulant, à l’image de ce que l’on commence à connaître à trente ans par les relations que l’on a.
Avez-vous ressenti le même choc que votre personnage principal, Jessica, lorsqu’elle débarque, de New York à Londres, et découvre que tout le monde n’y vit pas dans une belle maison de style victorien ?
J’avais cette idée de Londres en regardant des films comme Bridget Jones. Ayant grandi à New York, bien sûr, je savais que tout le monde n’y vit pas dans un chic immeuble à appartements ou une parfaite maison de ville en pierre brune. Mais lorsque vous vous rendez dans une autre ville, vous découvrez sa réalité et non ses projections imaginaires. J’aimais l’idée que ce personnage de Jessica, bien qu’elle sache à quoi ressemble vraiment une grande ville, puisse aller à la rencontre de ce qui fait
aussi partie de son imaginaire.
Mais, à un moment, elle découvre que, malgré tout, il existe des gens qui vivent dans ce type de belles maisons.
Oui et elle n’en revient pas. Pour elle, c’est la chose la plus glamour qu’elle ait vue de toute sa vie. Et ce fut aussi mon ressenti lorsque j’ai tourné les scènes dans cette demeure londonienne.
Pour incarner Jessica, vous avez choisi la comédienne Meg Stalter. Elle est un peu comme votre double, légèrement plus jeune. Car, beaucoup des situations qu’elle traverse, dans la série, vous les avez vous-même connues.
C’est exact, moi ou mes amies. Une chose de bien lorsque vous vieillissez, c’est que vous comptez des amies qui accumulent tant d’histoires et anecdotes. Donc, moi, je ne me suis jamais introduite dans l’appartement d’un de mes ex en gueulant en pleine nuit mais je connais des personnes qui l’ont fait. Et je n’ai jamais eu de rendez-vous avec un joueur de football et découvert qu’il avait, en réalité, un jumeau mais certaines de mes connaissances ont vécu une situation semblable. Donc, pour écrire ce scénario, j’ai collecté toutes ces histoires et le personnage principal, Jessica, les a endossées.
Comment avez-vous découvert Meg Stalter ?
Sur Instagram et ensuite, dans la série Hacks. Durant la pandémie, elle postait des vidéos qui me rendaient tellement heureuse. J’étais chez moi, seule avec mon chien et je commençais à penser qu’il pouvait parler. Et regarder Meg Stalter me procurait de la joie et de l’espoir. Exactement ce dont j’avais besoin. Puis, je l’ai découverte dans la série Hacks où elle démontre son côté maladroit et hardi. Ici, dans Too Much, elle révèle sa face tendre et gentille.
Comment êtes-vous avec les acteurs que vous dirigez dans une série telle que celle-ci ? Comme une grande sœur, une maman, une amie ?
J’essaie d’être et d’agir selon leurs besoins et attentes. S’ils ont besoin d’une épaule sur laquelle pleurer, je serai cette amie. S’ils recherchent une collaboratrice créative avec laquelle travailler, je serai cette personne. Et si un autre jour, ils ont besoin de quelqu’un qui prenne leur température et s’assure qu’ils mangent bien leur bouillon de poulet, je le ferai aussi. Ce qui me plaît dans la réalisation et la direction d’acteurs, c’est d’essayer de savoir ce que les gens ont besoin et de le leur prodiguer. Alors, dans la vie, c’est difficile de faire ça mais sur un tournage, il y a moyen de le faire.
Lorsque Jessica débarque à Londres, elle a le cœur brisé par son ex mais, heureusement, elle fait la connaissance d’un mec charmant qui est guitariste. Et ce que l’on sait de vous, c’est que vous aimez beaucoup les musiciens et en particulier, les guitaristes…
(Rires). Malheureusement, c’est le destin que j’ai eu.
Mais pourquoi les guitaristes ? Qu’ont-ils de plus que, par exemple, les batteurs ?
Je ne sais pas exactement pourquoi mais c’est, en tout cas, plus qu’une tendance. Je suis attirée par les personnes créatives, les personnes réfléchies qui sont connectées à leur travail. Mon père étant un peintre, j’ai toujours évité les peintres. Je suis réalisatrice, donc, j’ai toujours évité les réalisateurs. Et je suppose que je n’ai jamais rencontré un batteur. Donc, j’ai opté pour les guitaristes.
Il semble que vous adorez les comédies romantiques et pas seulement Bridget Jones. Dans Too Much, vous vous référez à Raison et sentiments et à Coup de foudre à Notting Hill. Êtes-vous une grande romantique ?
Oui et c’est drôle parce que Girls n’est pas une série romantique, elle est plutôt pessimiste. Mais j’ai toujours cru en l’amour. J’ai toujours cru en son pouvoir. Et quel que soit son type. Parce que cela change les gens d’une belle façon. Même lorsque je traversais des périodes de doute, je gardais de l’espoir dans la romance.
L’amour donne de l’espoir ?
Mon mari dit que c’est une bonne chose de propager l’amour, spécialement dans cette période. Pour ma part, j’ai connu des temps vraiment difficiles mais si moi, j’ai rencontré l’amour, alors, tout le monde le peut aussi.
Parmi les choses remarquables dans Too Much, il y a, bien sûr, les acteurs récurrents mais aussi la formidable liste d’invités célèbres que vous avez dans chaque épisode. D’Emily Ratajkowski, aka Emrata, à Naomi Watts en passant par Adèle Exarchopoulos. Comment les avez-vous convaincues de faire quelque chose qu’elles n’avaient jamais faite dans leur vie ?
C’est une question géniale mais honnêtement, je n’en sais rien. Ce sont des femmes que j’admire tellement ! Et je leur ai proposé des rôles écrits pour elles en leur disant : « Voici ce que j’ai écrit pour toi parce que tu m’as inspirée ». Et le fait de proposer quelque chose de drôle et non pas de jouer à la petite amie de ou à la fille hot, ça leur a plu. Emily Ratajkowski interprète l’incarnation du cauchemar de Jessica mais c’est un vrai personnage avec un twist. Et elle ne devait pas être juste la fille sexy. Naomi Watts est quelqu’un qui a beaucoup d’humour et elle voulait participer à un tournage où elle s’amuserait. Adèle Exarchopoulos avait envie de jouer en anglais parce que c’était un challenge intéressant pour elle.
Mais comment avez-vous convaincu Naomi Watts de jouer la scène où elle sniffe de la cocaïne ?
J’ai écrit la scène et elle l’a jouée. Et quand il s’agissait de danser, dans cette épisode, elle était la première sur le dancefloor. Elle
est à la fois si élégante et si marrante.
En tant qu’autrice, réalisatrice et actrice américaine, vous devez vous sentir beaucoup plus libre à Londres, en ce moment, qu’aux États-Unis, non ?
En effet et ce, pour plusieurs raisons. Et je trouve que la qualité de vie est extraordinaire.
Passez-vous plus de temps sur Instagram qu’à lire des livres ?
Non, je ne connais même pas mon mot de passe sur Instagram. C’est quelqu’un qui poste pour moi. Moi, j’ai toujours lu des livres. Et je viens de terminer l’écriture d’un essai Fame Sick. Il traite de la célébrité, de la maladie, du changement, du corps. Il devrait sortir en 2026.
Ne pensez-vous pas que la façon de considérer les femmes a fortement évolué ces dernières années ?
Je pense que c’est compliqué de trouver que la façon de considérer les femmes a évolué positivement à cause des atteintes aux droits des femmes que l’on observe aux États-Unis et ailleurs. Alors, oui, nous célébrons la place des femmes dans l’entrepreneuriat ou leur décernons des awards mais quand vous ne pouvez obtenir vos droits les plus basiques, c’est une situation très dure. Mais j’essaie de considérer le bon côté des choses et je pense aux formidables activistes féministes, aux réalisatrices et écrivaines géniales qui continuent de parler de la place des femmes, de leurs droits et des notions de genre. Dans mes bons jours, je me focalise sur elles.
Too Much, série de Lena Dunham, avec Meg Stalter, Will Sharpe, Emily Ratajkowski, Naomi Watts et Adèle Exarchopoulos, sur Netflix, dès le 10 juillet.
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