Érigé au début du 20e siècle à l’initiative de Léopold II, l’anciennement Pavillon chinois constituait une attraction exotique et un symbole de prestige. Cet édifice exceptionnel est aujourd’hui à l’abandon et fermé au public, rongé par les outrages du temps et le manque de soins. Pendant des années, son sort est resté incertain. Jusqu’à ce que Diane Hennebert s’empare à bras-le-corps de ce dossier que plus personne n’osait traiter. Grâce à sa persévérance, sa restauration est enfin à l’ordre du jour.

Le Palais (anciennement Pavillon) chinois faisait partie d’un ensemble architectural plus vaste destiné à illustrer la fascination du souverain pour l’art et la culture asiatiques. Conçu par l’architecte français Alexandre Marcel, il offrait un mélange éclectique de styles européens et asiatiques. Son intérieur devait évoquer un « rêve de Chine », incarnant la façon dont l’Occident percevait l’Orient à l’époque dans un exemple parfait de « chinoiserie ».

Au fil du 20e siècle, le bâtiment a endossé différentes fonctions. Après avoir été l’une des attractions phares de l’Exposition 58, il a fermé définitivement ses portes en 2013, alors qu’il n’était plus qu’un musée à bout de souffle. Sa grandeur d’origine, toujours perceptible, est aujourd’hui éclipsée par le vide et le délabrement. Fermé au public depuis des années, l’édifice a été victime de dégradations, mais aussi de problèmes de restauration complexes et d’une interminable paralysie administrative. Le joyau d’autrefois s’est mué, peu à peu, en un monument oublié. Une situation inacceptable aux yeux de Diane Hennebert, qui se souvient de la première fois où elle a réellement « vu » le bâtiment, non pas comme une curiosité, mais comme un patrimoine en péril.

« On sent immédiatement qu’il ne s’agit pas d’un problème passager. Ce bâtiment est vulnérable. Ne pas agir, c’est le condamner à disparaître. » Elle a été davantage choquée par l’absence de réaction que par le délabrement en soi. Tout le monde semblait reconnaître le problème, mais personne ne prenait la responsabilité d’y remédier. Pour Diane, attendre n’était pas une option. Elle savait que le dossier était complexe — sur les plans historique, politique et financier — mais c’est précisément cette complexité qui a renforcé sa conviction. Elle a commencé par redonner de la visibilité à l’édifice, a noué des dialogues, cherché des partenaires et, raconté, une fois encore, l’histoire qui se cache derrière ces murs.

Le Palais chinois et des Pays des Routes de la Soie

L’éveil des consciences est devenu son levier. « Il faut expliquer en quoi c’est important », dit-elle. « Pas uniquement parce que c’est beau, mais parce que cela en dit long sur qui nous sommes et comment nous traitons notre histoire. » Le Palais chinois n’est pas seulement unique sur le plan architectural ; il est également chargé d’histoire. La fascination d’autrefois pour l’exotisme exige aujourd’hui de la nuance et une mise en contexte. C’est précisément cette complexité qui rend la restauration nécessaire, estime Diane : non pas pour glorifier le passé, mais pour qu’il reste visible et ouvert au débat. Petit à petit, ce dossier bloqué depuis des années a commencé à bouger. Avec une succession de petites avancées : nouveaux échanges, regain d’intérêt, engagements concrets. Diane en parle sans triomphalisme, mais avec soulagement. « À un moment donné, on sent que cela peut marcher. Que le dossier ne retournera plus au placard. Finalement, nous avons obtenu l’accord pour la restauration en janvier 2025. Nous commençons par l’annexe et sommes actuellement en pleins préparatifs. »

Ce qui la motive n’est pas la reconnaissance, mais la responsabilité. Elle souhaite rouvrir le palais d’une manière qui rende justice tant à son histoire qu’à son présent. « Comme un lieu où les gens ont envie de revenir et d’amener des amis. Exactement comme je l’ai fait à la Villa Empain. Dans le monde de l’art, il existe deux échelles : les grands salons comme la BRAFA ou Art Brussels, et les grands musées. Mais si vous voulez présenter l’art dans une ambiance intime et conviviale, vous pouvez le faire dans des lieux comme la Villa Empain — et ici. La Villa Empain est liée au Moyen-Orient, tandis qu’ici, nous voulons raconter l’histoire de l’Extrême-Orient. »

Pour Diane, la restauration à venir signifie bien plus que le sauvetage d’un monument. C’est la preuve que le patrimoine n’est pas forcément une cause perdue. Qu’une seule personne, armée de conviction et de ténacité, peut faire la différence. Et que la beauté ne doit parfois son salut qu’à quelqu’un qui refuse de l’abandonner. C’est ainsi qu’est né le Palais chinois et des Pays des Routes de la Soie, dont l’ouverture est prévue (et espérée) pour 2028. « Je ne pouvais accepter qu’un tel bijou disparaisse à petit feu. »

 

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