Comment reconnaître un enfant surdoué ?
© Annie Spratt

Comment reconnaître un enfant surdoué ?

Par Marion Surateau
Temps de lecture: 5 min

Leurs questions et leur quête de sens désarçonnent souvent les adultes. Enfants surdoués, à haut potentiel, précoces, petits zèbres : on leur donne bien des noms. Mais ces enfants atypiques sont aussi très différents les uns des autres.

“Le plus souvent, les parents ne s’en rendent pas compte. Et ceux qui viennent nous voir en pensant que leur enfant est précoce ont tort”, s’amuse Florence Millot, psychologue pour enfants et adolescents à Paris. Les enfants précoces, dits « surdoués », à haut quotient intellectuel (HQI) ou haut potentiel intellectuel (HPI) représenteraient 2.3 % des enfants scolarisés dans le monde, selon des chiffres de l’OMS datant de 2018.

 

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Les rayures de ceux que la psychologue Jeanne Siaud-Facchin appelle les “petits zèbres” (afin de décorréler la douance de l’idée de supériorité, ndlr) sont le plus souvent observées par l’école ou la garderie, rarement par leurs parents. Pour cause : tous les enfants précoces ne se ressemblent pas et certains signes sont trompeurs. De même, si le test de QI reste aujourd’hui encore l’outil le plus utilisé par les experts en psychologie pour les détecter, bien des enfants surdoués passent au travers des mailles du filets. Florence Millot nous donne quelques clés pour les reconnaître, tout du moins des indices qui peuvent nous mettre la puce à l’oreille.

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Surdoués au berceau

“Bébés, ce qui est frappant c’est leur regard intense, presque perçant”, commence Florence Millot. Les signes d’une douance peuvent être perçus dès un an et demi. Si l’âge de la parole n’est pas un facteur déterminant, une fois qu’elle est là, le vocabulaire est tout de suite très fourni.

 

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“Ils ont une mémoire impressionnante et riche de détails, affirme Florence Millot. Ils s’attendent d’ailleurs à ce qu’on se souviennent des choses aussi bien qu’eux, et peuvent s’agacer si ce n’est pas le cas.” Car si ces enfants passent souvent pour autoritaires, c’est qu’ils veulent que les choses aillent vite. Ils ne comprennent pas que l’on puisse ne pas comprendre.

L’appétit précoce pour la lecture est généralement un bon moyen d’estimer si un enfant est à haut potentiel. “Vers 2 ou 3 ans et sans aucune stimulation, ils vont déchiffrer seuls les paquets de céréales, par exemple”, raconte la psychologue.

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Enfant HQI, une autre intelligence

Quel que soit leur âge, les enfants surdoués ont la routine en horreur. S’ils apprennent toujours de la même manière, ils peuvent vite décrocher. À l’école, cela peut donner des résultats inégaux et souvent moyens. Leur mode de raisonnement étant différent, ils ne comprennent pas forcément ce qu’on attend d’eux. La psychologue remarque aussi une écriture brouillonne, et une tendance à l’incohérence à l’écrit car “la vitesse de leurs pensées peut dépasser celle de leurs mains”.

 

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“Ils ont tendance à ne pas saisir la consigne ou son intérêt et à répondre à côté”, précise la psychologue pour enfants. Ces petits zèbres fuient par dessus tout le manque de sens, comme le montre cette anecdote racontée par Florence Millot : “Je faisais un exercice avec un petit garçon, consistant à relier des bâtonnets entre eux pour former un cheval. Il a vite refusé de continuer car ‘un cheval, ça a des courbes’.”

Autre signe essentiel, très souvent observé par les professionnels : les enfants surdoués n’aiment pas la difficulté. “Ils manquent de ténacité, et parfois de logique, ou en tout cas de logique conventionnelle”, analyse Florence Millot. Si la tâche est trop dure, ils perdent très vite confiance en eux. “Ces enfants sont très sensibles à l’échec. Il faut donc veiller à ne pas attendre d’eux des choses surdimensionnées.”

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L’imaginaire à fleur de peau

Souvent vus comme hypersensibles d’emblée, les enfants à haut potentiel peuvent aussi… ne pas l’être. “Par contre, ils sont souvent angoissés et se posent très tôt des questions existentielles, nuance Florence Millot. Mais ce qui les rassemble vraiment tous, c’est une grande imagination”. Les petits surdoués ont un besoin vital de s’évader dans leurs pensées. Il est essentiel de leur laisser le temps de vivre dans leur monde, sans les sur-stimuler avec un multitude d’activités.

 

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C’est d’ailleurs ce lien étroit qu’ils entretiennent avec leur imaginaire qui a tendance à les lier avec d’autres enfants qui ont la même sensibilité. “C’est ce monde intérieur très riche qui est souvent incompatible avec celui de l’école, qui laisse peu le temps de rêver”, observe Florence Millot.

Hyper-concentrés, ils sont capables de rester plusieurs heures happés, absorbés par leurs pensées, un jeu ou un livre… mais peuvent avoir des difficultés à en sortir. “Ils vivent beaucoup dans l’abstraction et ont du mal avec les tâches concrètes, insiste Florence Millot. Ils ont du mal à décrocher de leurs pensées pour aller mettre la table ou aider à faire la vaisselle. Ce sont aussi souvent des enfants dits maladroits, pas à l’aise en sport par exemple.”

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Leur accorder le droit d’être différents… sans en faire des exceptions

Vous les connaissez, ces élèves qui reprennent l’instituteur ou l’institutrice ? Pointer les incohérences, y compris lorsqu’elles viennent des adultes, est typique des petits zèbres. Pourtant, loin d’eux l’idée d’être insolents. “La logique, ou du moins la leur, est très importante pour eux, comme l’injustice, les valeurs”, détaille la psychologue.

Dans le domaine scolaire, Florence Millot recommande de leur autoriser explicitement à faire à leur manière. À faire autre chose s’ils s’ennuient, de faire des schémas s’ils en ressentent le besoin. La psychologue déplore notamment le fait que l’école ne puisse mieux s’adapter aux besoins des enfants surdoués. Ainsi beaucoup quittent le navire dès que possible : selon les chiffres de l’Afep (Association française des enfants précoces), deux tiers des enfants à haut potentiel ne font pas d’études après le bac.

 

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S’ils n’ont pas été détectés précoces, ces enfants peuvent se sentir tellement en décalage avec leur environnement et ce qu’on attend d’eux, qu’ils développent un « faux-self ». C’est ainsi que la psychologue Jeanne Siaud-Facchin définit ce masque que portent parfois les enfants surdoués pour se conformer à leur environnement et se faire accepter par le groupe. Carapace inconsciente, le « faux-self » est d’ailleurs davantage observé chez les femmes surdouées.

En bref, la spécialiste recommande de leur laisser l’espace et le temps dont ils ont besoin, sans trop les stimuler -voire leur mettre la pression !-, en respectant leurs différences. “Et surtout, insiste-t-elle, il est important de ne pas faire une fixette sur la douance de son enfant”, lequel est et reste avant tout… un enfant.

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Charlotte Deprez Voir ses articles >

Foodie assumée, obsédée par les voyages, la photographie et la tech, toujours à l'affût de la dernière tendance Instagram qui va révolutionner le monde.

Tags: Enfant, Parentalité.