Alors que le surtourisme étouffe certaines destinations croates, Šibenik y échappe encore. Son charme, fruit d’un long héritage, en fait une étape de choix aux parfums de citron et de lavande, aux couleurs du corail, rouge et rose… Reportage.

Presque à équidistance de Split, au sud et de Zadar, au nord, Šibenik se targue d’être la plus ancienne ville croate fondée par des Croates. En l’occurrence, le roi Petar Kresimir IV aux alentours de l’an mille la fait figurer dans des documents officiels. Plus tard, les apports vénitiens, au temps de la Renaissance et jusqu’à la fin du 18e siècle, firent beaucoup pour la beauté autant que pour la sécurité de l’endroit. Ainsi, il fut décrété que pas moins de quatre forteresses soient construites pour empêcher les Ottomans de s’emparer de la ville. Ces quatre forteresses sont judicieusement posées aux quatre coins de la cité. Plusieurs quartiers et monuments ont servi de décors à la saison 5 de « Game of Thrones ».

La Forteresse de Saint-Nicolas en haute mer. - Ivo Biocina

La Forteresse de Saint-Nicolas en haute mer. – Ivo Biocina

Le cœur historique

Comme toute ville dalmate qui se respecte, Šibenik possède son agora, appelée ici « Poljana », la place et la rue large qui y commence, où se rassemblent les gens en début de soirée et où s’échangent les potins du jour. Et ils adorent « šakulati », papoter, nous dit-on. Il est vrai que la ville compte un peu plus de 40.000 habitants et tout le monde paraît connaître son voisin.

On aime arpenter les ruelles du cœur historique, les maisons de pierre semblent être intactes depuis des siècles, quelques palais aux écussons des familles nobles se sont reconvertis en hôtels de luxe ou boutiques de souvenirs et on imagine la vie d’autrefois. Au Musée de la ville, une exposition sur « ces femmes qui ont tenu les familles debout » met en valeur l’empowerment féminin. Et rappelle ce que la ville leur doit. Sur l’affiche de l’expo, on ne peut s’empêcher d’admirer la chevelure impériale (comme Sissi) de Mara Gojanovic Meljada, une de ces mères courages du 19è siècle.

Le joyau architectural de Šibenik n’est autre que sa cathédrale. Son mélange de gothique et de Renaissance doit beaucoup au talent et à l’inventivité de l’architecte Georges dit le Dalmate qui collaborait avec des Vénitiens et des Florentins. Sa construction démarra en 1431 et se termina en 1505. Son baptistère est l’un des plus riches et ingénieux qu’il soit donné de voir. Et comme on a pu le constater sur place, la Cathédrale St-Jacques n’est pas fréquentée que par les touristes et les curieux. En sortant de là, on ne manque pas de s’attarder à la terrasse de Gradska Vijecnica, l’ancien hôtel de ville, transformé en restaurant chic. On y a dégusté d’excellents scampis à la buzzara, un plat typique de Dalmatie. En été, c’est indéniablement là qu’il faut être pour voir et être vu.

Šibenik

Šibenik, première ville de Dalmatie fondée par les Croates.

L’île au corail

Appartenant à l’archipel de Šibenik, qui compte deux cent cinquante îles et îlots, Zlarin se distingue comme haut lieu de la culture du corail. D’ici, depuis le 14e siècle, on plongeait pour récolter le corail et ensuite, le transformer en bijoux. Les habitants étaient connus mondialement pour leur savoir-faire. Un musée du corail, financé par l’Union européenne, s’est ouvert voici trois ans et reconstitue l’historique ainsi que le processus de transformation de cet or rouge. Dans les récifs de Zlarin, on ne trouve plus de corail depuis bien longtemps mais sur l’île, on continue toujours de l’agencer à la main pour en faire de jolies parures. Les Dalmates sont convaincus que le corail, rouge ou rose, porte bonheur.

L’autre particularité de Zlarin est qu’elle est interdite aux voitures. On y circule donc à pied, à vélo et en voiturette de golf. Petite mais très agréable, l’île ne compte qu’un hôtel. Et pour se sustenter, on peut sans aucun doute se diriger vers le Konoba Aldura, près du port, où rien que les entrées sont riches et fort copieuses.

À Krapanj, autre île de l’archipel, on accède via le bateau qui part de Brodarica. Krapanj possède au moins deux particularités : elle est ultra plate et sa réputation d’île aux pêcheurs d’éponge la précède. Un petit musée relate comment des familles d’insulaires ont pratiqué cette pêche fort spéciale, avec des scaphandres fort lourds, parfois au risque de leur vie.

L’île de Krapanj, la discrète. - Iz Zraka

L’île de Krapanj, la discrète. – Iz Zraka

Les chutes de Krka

C’est au départ de la localité de Skradin, à trente minutes de Šibenik, que l’on embarque en bateau pour la découverte du Parc National de Krka. Krka étant le nom de la rivière. Cet endroit est vraiment un must si on aime les forêts couleur émeraude, les myriades de sortes d’oiseaux, les cascades d’eau pure. Le site a une superficie de 110 km² et on ne peut le qualifier que d’enchanteur. La baignade n’y est plus autorisée pour des raisons écologiques mais dans la touffeur estivale, l’air y est plus frais qu’ailleurs. De retour à Skradin, on peut se balader dans la marina, où régulièrement le yacht de Bill Gates s’arrête, et puis, se restaurer chez Cantinetta, la meilleure table de la ville.

Les chutes de Krka, must-see.

Les chutes de Krka, must-see.

Ethnicité

Joško Lokas a choisi de tenter une aventure unique en restituant l’ambiance d’un village dalmate, de la campagne, dans la localité de Drniš d’où est originaire sa famille. Après des années vécues en Allemagne, il a œuvré à la création d’Etnoland, le premier parc à thème de Croatie. Pour quelques heures, on vit littéralement dans une maison de paysans du 19e siècle et l’on suit les aventures de ses aïeux présentées dans un film totalement écologique et fort bien réalisé. Cette mise en valeur de l’héritage des humbles et de leurs traditions, on la retrouve également au Dalmatinsko Selo, à Solaris. Le restaurant gastronomique qui s’y trouve propose une cuisine locale particulièrement fine.

Et la plage ?

Bien sûr, on ne voudrait pas manquer la possibilité de se baigner. Outre la plage principale de Šibenik qu’on appelle Banje, en mer ouverte, on se dirige vers la plage Jadrija. Si non, on peut opter pour des baignades dans les criques, aux abords des îles de l’archipel. On y goûte à la façon croate du « pomalo », autant dire « chill au max ». Et c’est un véritable art de vivre.

Nos adresses

Hôtel Bellevue :

Face à la mer, le Bellevue bénéficie d’une belle position, près de la riva, pour aborder toutes les escapades. Excellent petit déj.

Gradska Vijecnica :

Sur la Place de la République croate, impossible de ne pas s’arrêter à la terrasse de ce prestigieux établissement. Restaurant et café incontournable. Et avec vue sur la Cathédrale de Šibenik.

Konoba Aldura :

Un restaurant généreux sur l’île de Zlarin où le thon est un délice et les hors d’œuvre copieux.
Zlarinska Obala, 2.

Bronzin :

La cuisine méditerranéenne dans sa richesse dans un cadre cosy et moderne.

Cantinetta :

Meilleure table de Skradin, cette auberge propose des fruits de mer et un risotto typique de la ville.

Dalmatinsko Selo :

Dans le parc de Solaris, ce restaurant gastronomique se présente comme un ethno-village. Avec des mets fins et des produits de la ferme au village et à la table. Très belle présentation des plats.

www.dalmatiasibenik.hr

www.croatia.hr