Droit à l’avortement en Irlande: le référendum d’une génération

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©Getty Images

Sur chaque lampadaire de la ville, un panneau « Vote No » et, au-dessus de celui-ci, un panneau « Vote Yes ». Le vote dont il est question? Doit-on oui ou non dépénaliser l’avortement. Nous sommes en mai 2018 à Dublin, et oui, la question se pose encore.

Le référendum d’une génération

Ce vendredi 25 mai 2018, les Irlandais se rendront aux urnes pour décider de la dépénalisation ou non de l’avortement. Plus précisément, ils voteront la suppression du huitième amendement de leur Constitution, promulgué en 1983, qui donne à « l’enfant à naître » et à la mère « un droit égal à la vie » et interdit presque tous les avortements – même en cas de viol, d’inceste, d’anormalité fœtale mortelle ou encore de risque pour la santé de la mère.

 

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Et le débat fait rage: dans les rues, sur les routes de campagnes, sur toutes les radios (n’essayez même pas d’écouter de la musique) et même sur les badges et t-shirts arborés fièrement par les partisans des deux philosophies, le « Yes » et le « No » divisent le pays en deux camps. Car c’est bien de cela qu’il s’agit: un vote binaire, blanc ou noir, oui ou non.

Fanny, Belge expatriée à Dublin, nous explique « En effet, le débat est bien présent! J’ai eu des publicités dans ma boîte aux lettres, il y a eu des pancartes pro-life devant chez Google, des manifestations pro-life aussi… Par contre, au boulot et dans les familles, le sujet reste très tabou, personne n’en parle vraiment. »

Plus tôt cette semaine, le Premier ministre irlandais Leo Varadkar a d’ailleurs qualifié le référendum de « décision unique pour une génération ». Pour prendre la mesure de l’importance de ce vote, au total, 3 348 061 personnes sont inscrites pour participer au référendum. Et il y a 5 millions d’habitants en Irlande.

– @parents_togetherforyes Orlaith Donlon ✊ “My daughter. The only one of my children who doesn’t have full bodily autonomy. As hard as it is, her life, my life and the lives of all living, breathing woman are more important than the rights of a fetus. My right, her right, to access care, should not be dependent on whether we are pregnant. We are not mere incubators. We all deserve much much better than this. Ireland has carried the shame of this amendment for too long. It’s time for change. Repeal the eight” . Parents in Ireland have a unique perspective on matters of choice in pregnancy and childbirth, many of us having experienced the realities of going through it while living in a country that limits many of the normal healthcare options that a pregnant woman in other European countries would take for granted. People should become parents by choice, and not because they have no other option. We exist to campaign for the repeal of the 8th amendment to the Irish Constitution, which limits choices and bodily autonomy in pregnancy and childbirth, as well as criminalising abortion. – http://parentsforchoice.ie/faq/

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En chiffres

Si l’on regarde les chiffres, entre 1980 (quand l’avortement n’était pas légal en Irlande mais moins limité qu’après l’amendement) et 2016, plus de 168.000 femmes et filles irlandaises sont allées avorter en Angleterre et au Pays de Galles, selon le ministère britannique de la Santé et des Services sociaux. En 2018 dans un pays certes conservateur mais moderne et qui a autant d’avions Ryanair que d’habitants, cet amendement semble un chouïa dépassé.

 

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Deux camps, leurs arguments et Facebook comme arme

Sur les affiches placardées partout dans le pays, les techniques d’argumentation sont extrêmement différentes. Si le camp des « Yes » prône l’égalité des sexes, le droit pour les femmes de disposer de leur propre corps et d’autres valeurs égalitaires et féministes, le camp des « No » n’hésite pas à aller dans la provoc’, voire la propagande.

Ils choisissent par exemple très consciemment de ne parler que de « bébés à naître » et non de foetus ou encore de « meurtres » et non d’avortements, utilisent des phrases choc comme « mon coeur a commencé à battre à 22 jours » et partagent des informations à moitié vraies, le tout en jouant sur le sentiment de culpabilité et de responsabilité des Irlandais. Des techniques qui ne sont pas sans rappeler la campagne pour le Brexit…

D’ailleurs, outre la campagne visible dans les rues, le référendum se joue en grande partie sur les réseaux sociaux avec Facebook en tête de file. En janvier de cette année, le UK Times révélait qu’un groupe de la campagne anti-avortement avait embauché l’agence de communication Kanto, basée à Londres, et dont le fondateur était le directeur de la campagne numérique des pro-Brexit au Royaume-Uni.

 

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Le camp des pro-life est aussi partiellement financé par l’Église et certains mouvements ultraconservateurs, ce qui n’est pas sans rappeler une récente élection controversée.

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Getty Images – Les panneaux « yes » et « no » se côtoient sur tous les lampadaires d’Irlande.

Si le « Yes » l’emporte

Si l’Irlande vote oui, le huitième amendement de la Constitution sera remplacé par ce texte ambigu: « Des dispositions peuvent être prises par la loi pour la réglementation de l’interruption de grossesse. » Pour sa part, le Gouvernement propose de légiférer pour permettre l’avortement dans les cas où il y a un risque pour la vie de la femme, une urgence médicale ou une anomalie fœtale mortelle, ou jusqu’à 12 semaines sans justification.

Mais si la victoire du « Yes » semblait aller de soi il y a quelques mois, plus la date fatidique approche et plus les sondages font état de votes serrés, à savoir:

  • Oui (pour le droit à l’avortement): 44%
  • Non (contre le droit à l’avortement): 32%
  • Pas sûr: 17%
  • Ne votera pas: 5%
  • A refusé de répondre: 2%

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