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Associée au duo père et fils The Gallands, l’un brillant jazzman, l’autre musicien et producteur pop réputé, Selah Sue s’ouvre au jazz en y mettant sa voix et son énergie soul. Movin’, ce nouveau projet, la conduite à sortir de sa zone de confort et ça lui va bien.
Lorsqu’elle entre dans les bureaux de son label, à Bruxelles, on la trouve radieuse. Ce que confirmera ce long entretien. Selah Sue, trente-six ans, a accepté ce qu’elle est, dans les hauts comme dans les bas. Et sa nouvelle collaboration inattendue arrive à point dans une carrière entamée il y a dix-sept ans déjà.
Comment est né ce projet jazz avec Stéphane Galland et son fils Elvin Galland ?
L’an passé, j’ai reçu un message de Stéphane Galland qui désirait me rencontrer pour un projet bien défini. Je ne le connaissais pas et a priori n’était pas emballée. Mais mon mari, lui, était très enthousiaste car, pour lui, Stéphane Galland est l’un des meilleurs musiciens jazz belge. J’ai donc accepté l’invitation et me suis rendue chez Elvin qui m’a fait écouter trois instrumentaux. Je les ai trouvés incroyables, ces morceaux. De retour chez moi, j’ai écrit les paroles. Nous avons joué ensemble au Jazz Middelheim et je trouvais dommage qu’on s’arrête là. Donc, j’ai proposé qu’on fasse un album ensemble.
Mias vous n’aviez aucune obligation contractuelle avec votre label de délivrer un nouvel album ?
Non, j’étais complètement libre. Et c’est dans ces moments-là qu’on fait le meilleur travail. Parce qu’on est guidé uniquement par notre amour de la musique.
Le qualifieriez-vous de « nu jazzl » ce projet ?
C’est difficile de l’étiqueter mais peut-être dirais-je « dark soul ».
Quand on vous connaît, on sait que vous êtes ouverte aux collaborations.
Oui, parce que je n’ai pas un gros ego. Et je veux pouvoir partager. Je désire garder ma passion intacte. Le fait de collaborer avec d’autres artistes me permet de sortir de ma zone de confort. La dernière chanson de l’album, Ready To Play, parle de ça. Cette vie est un jeu. Ne soyons pas trop sérieux.
Et peut-être qu’étant donné la situation difficile de l’industrie du disque, pourquoi devriez-vous vous restreindre ?
Exactement. L’un des aspects négatifs lorsque vous démarrez tout de suite avec un grand succès, les gens qui travaillent avec vous désirent conserver ce succès sur la longueur. Ils redoutent la prise de risques. Cela pourrait me bloquer mais il faut passer outre. Et de toute façon, ils ne m’empêchent pas d’expérimenter. Et ils suivent leurs artistes. C’est un bon label.
Votre voix sonne particulièrement bien sur ce disque.
J’ai fait moi-même l’enregistrement de ma voix chez moi. Tous les jours, à cinq heures du matin. La plupart des gens ont une voix du matin un peu rocailleuse. Moi, je n’ai jamais fumé et ne bois plus une goutte d’alcool depuis trois ans. C’est ennuyeux, n’est-ce pas ?
Mais peut-être prenez-vous autre chose ? Des champignons hallucinogènes avec le thé ou un space cake à quatre heures de l’après-midi ?
(Rires). Ce qui est vrai, c’est que j’ai tiré beaucoup d’inspiration d’un trip psychédélique que j’ai réalisé, il y a deux ans. Pour moi, c’était nouveau. J’ai ressenti pour la première fois l’existence de la Mère Nature. Jusque-là, je n’étais pas du tout croyante. La chanson Rise As One découle directement de mon trip psychédélique. La dernière chanson, Nothing To Fear est la plus émouvante de l’album, selon moi. Elle pro- vient aussi de ma prise de conscience quant à la force de la nature.
Il est aussi beaucoup question d’amour sur « Movin’ ».
L’amour dans tous ses aspects mais aussi l’amour pour moi-même que je dois encore trouver. Parce que j’ai des hauts et des bas. Et je dois pouvoir accepter ces mouvements d’humeur. Auparavant, j’essayais de combattre cela, aujourd’hui, je fais avec. Parce qu’ils font partie de moi.
Et vous prenez encore un traitement médicamenteux contre la dépression ?
Oui, chaque jour et je n’ose pas arrêter. Mais j’ai fait la paix avec ça. Et je me sens très heureuse.
Vous vous sentez fort proche de la nature. Mais plutôt laquelle ?
J’adore la montagne et les forêts. L’un de mes pays préférés est la Suisse où se trouvent aussi des lacs splendides.
Alors, vous n’êtes pas une fille de la plage ?
Pas vraiment, même si j’essaie. Nous avons un appartement à Ostende. Et donc, j’essaie d’aimer le sable. (Rires).
De nombreux artistes affirment que l’art est une thérapie. Qu’en pensez-vous ?
Quand je crée, je suis vraiment dans le moment. Et c’est sain. C’est comme la méditation, c’est sain aussi. En écrivant sur mes insécurités, cela les soigne. Donc, c’est thérapeutique dans un certain sens.
Vous êtes une artiste qui n’a pas sacrifié sa vie privée pour réussir sa carrière et une femme qui n’a pas abandonné sa carrière pour réussir sur le plan familial.
En effet, j’ai fait ces choix et je ne me suis pas sentie coupable. Mais en dix-sept ans de carrière, je n’ai sorti que trois albums, quelques E.P. et un live. C’est aussi parce que je tourne beaucoup, pas seulement en Belgique mais également à l’étranger. Ma vie ne se résume pas à la musique. Mais j’ai débuté et installé ma carrière avant d’avoir mes enfants. Et j’ai fait attention à ne pas brûler mon énergie en vain.
Selah Sue & The Gallands, Movin’, Because Music/Virgin, sortie le 20 mars. En concert le 9 mai au Reflektor à Liège, le 28 juin au Tournai Jazz Festival.
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