Voix singulière dans le paysage musical, Naïka s’impose sans détour comme l’une des figures les plus magnétiques de la scène contemporaine internationale. Reine des hymnes à l’empowerment, solaire et engagée, elle façonne une musique à son image : libre, plurielle et profondément incarnée. Avec son premier album “Eclesia”, à la croisée de la pop, du R&B et de l’afrobeat, l’artiste franco‑haïtienne nous ouvre les portes d’un univers flamboyant. Interview.

Franco‑haïtienne, polyglotte et profondément connectée à son héritage, Naïka signe avec Eclesia un manifeste musical à son image. Entre rythmes aux accents caribéens et textes introspectifs, l’album reflète sa quête d’appartenance dans le monde. Celle qui a fait de la musique son exutoire créatif navigue avec aisance entre anglais, français et créole haïtien, et explore les textures sonores, pour donner corps à ce premier projet profondément personnel. Sur ses nouveaux titres (Blessings, Matador, What a Day, One Track Mind), elle chante ses blessures, célèbre l’amour de soi et n’hésite pas à dénoncer, non sans ironie, l’indifférence face aux injustices qui traversent notre époque. Un album intime et sans frontières, où se mêlent héritage culturel et quête d’identité.

Portée par un phrasé qui frappe et un regard lucide sur le monde, Naïka est bien partie pour devenir la sensation musicale du moment. À seulement 31 ans, l’artiste indépendante a posé les jalons de son succès avec trois EPs – Lost in Paradïse, Pt. 1 (2020), Lost in Paradïse, Pt. 2 (2021) et TRANSITIONS (2022) – et s’est construite une communauté mondiale de plus de 2 millions de fans, cumulant plus de 165 millions de streams. Des titres comme 1+1 et 6:45, sur fond de pop/R&B aux influences caribéennes, ont rapidement confirmé son talent pour mélanger les genres et séduire un public international.

De passage à Bruxelles pour deux dates sold out au Botanique, elle nous a accordé une interview avant de poursuivre sa tournée aux États-Unis. Une rencontre inspirante avec une artiste à suivre de près.

Avec “Eclesia”, tu ouvres véritablement les portes de ton monde à ton public pour la première fois. Qu’as-tu voulu transmettre à travers cet album ?

Je voulais que ce premier album soit une introduction à qui je suis. Il représente toutes les choses qui me définissent. Cet album nous emmène dans une sorte de voyage : on y retrouve plusieurs influences qui m’ont construite, avec des sonorités assez différentes. C’est un projet très éclectique, d’où le nom Eclesia.

Si “Eclesia” était un lieu ou un univers, à quoi ça ressemblerait ?

Je ne me suis jamais vraiment sentie comme si j’appartenais à un endroit. J’ai toujours eu un peu un “internal struggle”, une crise identitaire sur ma place dans le monde. C’était donc important, avec ce premier album, de construire mon propre monde. Et j’espère que les auditeurs pourront aussi se perdre dans cet univers qui représente, au final, qui je suis réellement.

 

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Tu as grandi un peu partout dans le monde – Caraïbes, Pacifique Sud, Kenya, France, Afrique du Sud, États-Unis – et navigues entre plusieurs cultures. Comment cette richesse se reflète-t-elle dans ton album ?

On retrouve mon parcours de vie à travers le mélange des langues et les différentes représentations sonores de l’album. Je pense que c’est un bon mélange de toutes les choses qui me représentent. La plus évidente, peut-être, c’est le changement de langue : même si l’anglais reste ma base, je chante aussi en créole et en français. C’est comme ça que je m’exprime dans la vie de tous les jours. Quand on me demande dans quelle langue je préfère parler, je réponds toujours : le franglish créole. Je me sens plus à l’aise quand je peux mélanger les trois, c’est en quelque sorte ma langue principale.

Dans tes chansons comme dans tes clips, tu incarnes une femme indépendante et affirmée. D’où te vient cette assurance ?

J’ai eu le privilège d’être élevée entourée de nombreuses femmes. Ma maman est une femme très forte qui m’a toujours appris à m’imposer. Je pense que la confiance en soi n’est pas quelque chose de linéaire. Dans mon cas, elle est passée par des hauts et des bas, et je pense que c’est normal. Au bout du compte, il faut être meilleur ami avec soi-même. La confiance en soi, c’est un journey”. C’est quelque chose qu’on a tous en nous et qu’on peut tous cultiver si on fait le travail.

Qui sont les femmes qui t’inspirent ?

La première personne qui me vient en tête, c’est ma maman. C’est une force de la nature. Je suis constamment inspirée par des femmes, que ce soit dans mon entourage ou dans mon équipe. On est 95, sinon 98% de femmes. Je m’entoure uniquement de personnes qui m’inspirent et elles en font partie. Il y a aussi toutes celles que je ne connais pas personnellement mais que j’admire. Je pense à Rihanna, Beyoncé, Angelina Jolie.

Tes titres sont toujours empreints d’empowerment et de self-love, avec ce rappel de relever la tête et de se souvenir de qui l’on est. Pourquoi ce message te tient-il à coeur ?

La musique, c’est ma façon de m’exprimer. C’est comme ça que je fais sens de ce que je ressens émotionnellement. Quand je compose, c’est d’abord pour me le rappeler à moi-même. Mais j’espère aussi que, quand d’autres écoutent mes textes, ça puisse résonner dans leur vie et les inspirer. Parce que je crois qu’on a tous cette force en soi, il suffit juste de la trouver et de la nourrir.

 

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Selon toi, quelle est la chose pour laquelle les femmes devraient arrêter de s’excuser ?

Je dirais simplement : d’exister, d’être soi-même. Il faut qu’on arrête de se minimiser. C’est la première chose qui me vient en tête.

Dans “One track mind”, on ressent une femme qui, justement, reprend le pouvoir sur son histoire. Quelle est l’inspiration derrière ce titre?

C’était très important pour moi d’avoir un kompa (NDLR : un genre musical originaire d’Haïti) dans l’album. J’ai grandi avec ce rythme, qui a toujours fait partie de ma vie. Ce que je trouve drôle, c’est que dans le kompa, le beat est toujours très dansant et ensoleillé, alors que les paroles parlent souvent de déceptions amoureuses et de peines de cœur. Je voulais justement garder ce contraste, qui est très représentatif du genre, et lui rendre hommage. Je me suis inspirée de mes propres heartbreaks pour les paroles, mais c’est surtout cette approche que j’ai voulu mettre en avant.

Tu te sens plus inspirée pour écrire quand tu es amoureuse ou quand tu vis une rupture ?

Je suis très inspirée par les deux. Ce sont des expériences liées à des sensations très fortes, donc tout aussi inspirantes l’une que l’autre.

What a Day” est un titre engagé, tu évoques notamment le Congo, la Palestine ou encore le racisme. Qu’est-ce qui t’a poussé à porter ces messages ?

J’ai toujours été très frustrée et enragée par l’injustice et les inégalités dans le monde. Je me suis toujours exprimée de cette façon dans mes musiques, et je voulais que l’album reflète cette réalité. C’est aussi une façon pour moi de “process my emotions”. Je suis quelqu’un de très sensible, et ça m’affecte énormément de voir ce qui se passe partout dans le monde.

 

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Dans tes clips comme sur scène, tes looks sont toujours ultra stylés. Quel rôle joue la mode dans ta vie ?

La mode a toujours fait partie de ma vie. J’ai grandi avec une maman qui tenait une boutique et dessinait ses propres vêtements. Après l’école, j’allais à la boutique aider ma mère. C’est elle mon idole dans ce domaine parce qu’elle a toujours fait les choses à sa façon. Elle a toujours été unique et très expressive dans sa façon de se mettre en avant avec la mode. Mes grands-parents en Haïti avaient aussi un magasin de tissus. Quand j’allais leur rendre visite, il y avait toujours des gros rouleaux de tissus partout, et je m’amusais à les découper, à les mettre sur moi, à défiler pour ma famille. La mode est dans mon ADN. Aujourd’hui, c’est un parcours que je continue d’explorer, et j’adore m’exprimer à ma manière. Même si parfois je suis en sweat parce que j’aime aussi être confortable, j’ai deux personnalités : mon côté décontractée, quand je n’ai envie de rien faire, et mon côté super glam, un peu extra.

Un son dans ta playlist qui te fait instantanément te sentir invaincible ?

Généralement, Beyoncé, elle me fait me sentir comme une boss lady et me donne de l’énergie. Je ressens aussi cette sensation quand j’écoute de l’afrobeat, ça me fait me sentir bien dans mon corps.

Eclesia, Naïka, Naïka Music (février 2026)

 

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