Personnalité toxique : et si c’était moi ?
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Personnalité toxique : et si c’était moi ?

Par Alexandra Pizzuto
Temps de lecture: 7 min
Challenge aussi inconfortable que salutaire, affronter sa propre toxicité avec lucidité serait l’ultime sésame d’un quotidien émotionnellement apaisé, dans son rapport aux autres comme celui avec soi-même. Ou quand se faire face permet de se (re)trouver.

“Comment repérer les pervers narcissiques ?” “Et si votre meilleure amie était une vampire psychique ?” “5 signes que votre partenaire est toxique”.“Pourquoi les managers sont tous des sociopathes ?”

Qu’ils s’affichent sur les couvertures de la presse magazine ou au rayon « développement personnel » de la Fnac, ces titres un brin racoleurs ont de quoi laisser songeurs. Car si ces ouvrage de self-defense à destination de son prochain peuvent s’avérer salvateurs, ils tendent en parallèle à générer chez l’homo victimus qui sommeille en nous une certaine inflexion à la déresponsabilisation.

En d’autres termes, dans un quotidien intéractionel ponctué de petits et grands maux, l’enfer serait bel et bien les autres, sans que l’on y soit absolument jamais pour rien ou que la subjectivité de nos perceptions ne soit considérée.

Et si, le temps d’un instant, on arrêtait de se regarder le nombril pour se regarder franchement le miroir et se replacer au centre du narratif de nos déboires ? Et si, sans pour autant nier l’existence sur Terre d’êtres humains particulièrement nocifs et dangereux pour la santé mentale, ni les méfaits des prédateurs psychiques, on envisageait l’hypothèse – un temps soit peu – de faire partie de ce club pas si fermé des personnalités toxiques ?

 

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C’est du moins le parti pris qui a bouleversé la vie de Christine Berrou, auteure, actrice, chroniqueuse et humoriste, comme elle l’explique dans son dernier livre, Le jour où j’ai réalisé que la personne toxique, c’était moi (First, 2021).

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Mal-être durable et profond, relations amoureuses chaotiques, mésaventures permanentes doublées d’un sentiment d’être en seule face au reste du monde : après avoir passé les deux tiers de sa vie convaincue bec et ongles que personne ne lui voulait du bien, celle qui se décrit aujourd’hui volontiers comme une drama queen repentie réalisa, un beau jour, à la faveur d’une rupture amicale, qu’elle est en réalité elle-même son meilleur ennemi. “Un jour, c’est une amie qui me dit ‘je vais couper les liens avec toi car tu es toxique’, raconte Christine Berrou en marge de la promotion de son livre. “Et je ne pouvais même pas lui en vouloir car son argumentaire était plutôt clair et crédible », se souvient-elle avec humour, au micro de Frédérique Le Teurnier sur France Bleu.

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Personnalité toxique : des traits caractéristiques à repérer

“Elle m’a donné un exemple très concret : j’arrivais toujours avec un problème, face auquel il y avait zéro solution, car je rejetais toute suggestion en prétextant toutes sortes d’excuses, que personne ne pouvait me comprendre compte tenu de mes traumas passés”, poursuit-elle, décrivant avoir eu ce jour-ci, un déclic, qui la plongera dans une longue introspection aux vertus libératrices.

“(Quand on est une personne toxique), on justifie tout ce qu’on fait de mal par nos traumas passés et on s’entoure de gens tout aussi toxiques que nous, parce que ça nous conforte dans notre idée de ce qu’est la vérité et la seule façon de vivre avec authenticité”, poursuit-elle. Mais pas seulement.

Râler tout le temps ou faire preuve d’un sarcasme à toute épreuve, se placer au centre de l’attention (surtout pour se plaindre), se révéler incapable de se réjouir du bonheur des autres ou prendre un malin plaisir à mettre de l’huile sur le feu face à des situations conflictuelles, mentir pour grossir le trait tout en médisant dans le dos d’untel ou unetelle, exceller dans l’art de la mauvaise foi, ruminer non-stop et voir le mal absolu partout y compris dans la gentillesse, suranticiper la trahison ou l’arnaque : l’humoriste établit une liste non exhaustive des traits caractéristiques de la personnalité toxique esquissant les contours d’un état d’esprit qui s’épanouit exclusivement dans le chaos, que ce soit dans le milieu professionnel, familial, amoureux ou amical.

Ce sont des personnes pessimistes, négatives, qui questionnent tout et à qui rien ne convient.

“Ce sont des personnes pessimistes, négatives, qui questionnent tout et à qui rien ne convient”, avertit Amanda Ramos, psychologue clinicienne sur le site de consultation en ligne Psychologue.net, tout en soulignant l’impact nocif de ces comportements à priori bénin sur les personnes qui les entourent.

Pour la psychologue clinicienne anglo-saxonne Perpetua Neo, auteure d’un article sur le sujet, on se révèle soi-même toxique lorsque l’on projette notre propre réalité sur celle des autres sans tenir compte de leur propre singularité, lorsque l’on tente de résoudre les problèmes de nos proches sans même qu’ils nous demandent leur aide ou encore lorsque l’on se permet de pointer leur défauts en espérant qu’ils changeront… dans notre propre intérêt.

C’est aussi celui ou celle qui se complait dans le drama constant pour recevoir réconfort et attention, celui ou celle qui jubile dans les situations conflictuelles tout en s’y victimisant de façon autocentrée, ou qui fait de ses valeurs et de convictions idéologiques un outil de culpabilisation envers autrui.

Bref, celui ou celle que l’on a tous et toutes été un jour, sans que l’on ait besoin de chercher trop loin dans nos (vieux) dossiers. Mais, rassurons-nous, cela ne veut pas dire pour autant que l’on ne peut pas changer.

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On ne naît pas toxique, on le devient

Et pour cause, comme l’explique Perpetua Neo, il est important de distinguer le fait d’être une personne toxique du fait d’agir de façon toxique.

“Le premier relève de l’essence même de notre individualité, du fait de prendre plaisir à blesser les autres. Alors que le second correspond à des aspects de notre comportement qui, parfois, sans que l’on s’en rende compte, viennent prendre le contrôle de nos actions”, écrit-elle.

Parfois, on peut aussi être une personne toxique de façon temporaire ou anecdotique, notamment face à des circonstances particulièrement éprouvantes. « Nous passons tous par des moments vulnérables où nous voyons la vie en noir, et c’est ce que nous transmettons aux autres. Les émotions que nous vivons ont une influence sur ceux qui nous entourent, de la même manière que les émotions de ces personnes ont une influence sur les nôtres », rassure Amanda Ramos.

 

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Et quand bien même on prendrait conscience, comme Christine Berrou, que l’on est la première des personnes toxiques de notre propre entourage, inutile de paniquer et de s’auto-proclamer déchet de l’humanité.

Car l’humoriste en est la preuve particulièrement probante : la toxicité se révèle moins un caractère, immuable et figée, que la conséquence d’un passif traumatique que l’on a pas réussi tout à fait à digérer. « Je n’avais jamais validé la gravité de mes traumas : je pensais que ce que j’avais vécu n’était pas grave, puisque j’y avais survécu. Or, en réalité, c’est parce que j’y ai survécu que j’ai été résiliente”, explique-t-elle.

Résultat ? Victime d’un agresseur dont elle tait ici les agissements, Christine Berrou raconte ainsi avoir développé un profond sentiment d’injustice dès l’adolescence, mettant au point des stratégies de défense vis-à-vis des autres avant même que ces derniers n’aient pu lui porter préjudice. « Je créais tout ça pour éviter qu’on me fasse du mal, alors qu’en fait, personne ne me voulait du mal ! », commente-t-elle au sujet de ce déplacement de colère vers ceux et celles qui, dans le fond, n’y sont pour rien.

“C’est une fois qu’un professionnel de santé a validé ce trauma, en me disant que c’était quelque chose de grave, que j’ai compris que j’étais une victime légitime sur ce terrain précis et que, par conséquent, je n’avais pas à me victimiser au quotidien. (…) C’est parce que j’avais pris à la légère la toxicité de mes proches dans mon passé, que je prenais à la légère, ma propre toxicité, » analyse-t-elle a posteriori, quelques années après être sortie du litigieux déni.

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Faire une cure détox de soi-même

Reste à répondre à la question épineuse : comment prendre conscience de sa propre toxicité ?

Si le déclic peut venir d’une conversation avec un proche ou d’une certaine lassitude face à nos états dépressifs et autres aspects de notre vie chaotique, un travail d’introspection auprès d’un professionnel de santé mental s’avère généralement indispensable tant il peut s’avérer périlleux d’accepter la vérité à son propre sujet.

En cas de doutes, quelques interrogations à s’adresser, notamment après une journée difficile, peuvent nous mettre sur la bonne voie :

– Qui a provoqué ce conflit ou ce problème ?
– Ma réaction a-t-elle été provoquée par un fait objectif ou par l’interprétation que j’en ai faite émotionnellement ?
– Quelles étaient les véritables raisons de mon sentiment de mal-être, de déception ou de colère à ce moment précis ?
– Au fond, pourquoi je continue de fréquenter cette personne qui me fait continuellement du mal ?
– En toute honnêteté, quels sont les aspects de ma personnalité et de mon comportement ne me rendent pas heureux ?
– Quel genre de personne j’aimerai être à l’avenir ?

Autant de questions difficiles à se poser en toute franchise, et qui peuvent nous mettre sur la voie de la guérison. “On a tous envie d’être heureux. Encore faut-il se demander si ce que l’on met en place au quotidien donne les résultats que l’on attend”, interroge Christine Berrou, qui recommande à ses lecteurs de partir sur “la longue route de la connaissance de soi” tout en restant bienveillant envers ces petits travers psychologiques qui font parties intégrantes de notre identité. Je pense qu’il faut se montrer faible comme on est. Il faut être fière de son mental abimé et de ses névroses ».

À croire qu’assumer sa part de pire permet d’en faire jaillir le meilleur.

Article paru initialement sur marieclaire.fr.

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