Joséphine Baker : une vie d’artiste et de militante
© Alain Dejean/Sygma via Getty Images

Joséphine Baker : une vie d’artiste et de militante

Par Manon Henrotte
Temps de lecture: 7 min

Décédée en 1975, Joséphine Baker entre au Panthéon. Elle rejoint les rares femmes à y reposer. Au total, elles sont maintenant six, dont Simone Veil et Marie Curie. La cérémonie d'intronisation a lieu ce 30 novembre 2021. Elle devient ainsi la première femme noire à reposer au Panthéon.

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Figure des Années folles, Joséphine Baker a marqué la France au travers de ses multiples casquettes. Un jour chanteuse et danseuse, puis actrice, elle est aussi une fervente résistante et espionne avant d’être une icône de mode.

Retour sur une vie d’artiste, de femme, d’engagement et de résistance.

Mariée à 13 ans

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Josephine Baker en 1928. (Crédit photo : Keystone-France/Gamma-Keystone via Getty Images)

Joséphine Baker est née le 3 juin 1906 dans le Missouri, sous le nom de Freda Josephine McDonald. Elle est la fille de Carrie MacDonald, une femme afro-américaine et d’Eddie Carson, un homme probablement d’origine espagnole.

Alors qu’elle a un an, le père de Joséphine Baker quitte sa mère. Elle se remarie avec un certain Arthur Martin, avec qui elle aura trois autres enfants.

Durant son enfance, Joséphine Baker alterne entre l’école et les travaux domestiques pour aider sa famille. En 1920, passionnée par la danse depuis toujours, elle intègre un trio d’artistes de rue, le Jones Family Band.

La même année, âgée de seulement 13 ans, elle épouse Willis Wells. Un mariage qui se termine très vite, alors qu’elle épouse en 1921 Willis Baker, raconte le site L’Histoire par les femmes. Là encore, un mariage de courte durée mais elle gardera cette fois le nom de famille de son ex-époux, puisqu’elle a déjà entamé sa carrière.

La jeune femme qui gagne sa vie en dansant, décide de tenter sa chance à New York. Elle y rencontre Caroline Dudley Reagan, épouse de l’attachée commerciale de l’ambassade américaine.

Cette dernière lui propose de partir en France avec elle, pour danser à Paris dans un spectacle : la Revue nègre.

 

1925 : la légende Joséphine Baker débute à Paris

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Josephine Baker et le guépard Chiquita. (Crédit photo : Michael Ochs Archives/Getty Images)

Elle arrive à Paris en 1925, alors âgée d’à peine 20 ans. Dès la fin de l’année, elle se produit au Théâtre des Champs-Elysées, vêtue d’un pagne de bananes. Le spectacle est un énorme succès, et Joséphine Baker fascine. Arrivée en même temps que le jazz à Paris, qu’elle va incarner en France.

En 1927, à peine rentrée de sa tournée en Europe, Joséphine Baker mène la revue aux Folies Bergères. Elle fait son apparition avec l’un de ses acolytes phares : le guépard. Sur scène, c’est Chiquita qui l’accompagne, entre deux échappées dans la fosse pour terroriser les musiciens et amuser le public.

Il lui a été offert par Henri Varna, son ami et directeur du Casino de Paris, précise le Journal des Femmes. Joséphine Baker ne s’en sépare plus, allant jusqu’à le promener dans les rues de Paris, sur les Champs-Élysée.

Rapidement devenue une icône parisienne, Joséphine Baker est la muse de nombreux artistes comme Ernest Hemingway, Pablo Picasso et Christian Dior. Mais elle ne s’arrête pas là, et se lance dans la chanson et le cinéma. Son premier grand succès, elle le rencontre en 1931 avec la chanson J’ai deux amours.

Les paroles, écrites par Géo Koger et Henri Varna, « J’ai deux amours/Mon pays et Paris/Par eux toujours/Mon cœur est ravi », résonnent encore aujourd’hui.

En 1936, elle retourne aux États-Unis pour une tournée. Mais Joséphine Baker y est beaucoup moins bien accueillie qu’en France. Sous le feu des critiques, elle rentre en France, son pays de coeur.

L’année suivante, en 1937, elle épouse, pour quelques mois, un Français, Jean Lion et obtient la nationalité française.

 

Résistante pendant la Seconde Guerre Mondiale

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Dans son uniforme de « Chevalier de la Légion d’honneur », vers 1945. (Crédit photo : Ullstein Bild via Getty Images)

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, Joséphine Baker se révèle être une alliée de taille pour la Résistance. Son métier lui permettant de se déplacer fréquemment, et de ne pas attirer l’attention sur ses activités résistantes.

En 1939, lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, elle est recrutée par le Deuxième Bureau, service de renseignements de l’armée française.

Engagée pour la libération de la France, elle profite de ses tournées mondiales pour faire passer des documents secrets, écrits à l’encre invisible sur des partitions. Ou alors, elle cache dans ses sous-vêtements des photos secrètes d’installations militaires allemandes.

Espionne pour la Résistance, elle milite également au sein de la Croix-Rouge française, s’engage dans l’armée de l’air, et chante pour les soldats français, britanniques et américains sur le front, lors de la Libération.

Des actes dangereux et héroïques qui ont été récompensés. Elle est la première femme américaine à recevoir la Croix de Guerre française. Une récompense suivie par d’autres : elle obtient également la Médaille de la Résistance en 1946, puis la Légion d’honneur, remise par le Général de Gaulle.

 

Femme, noire, bisexuelle et engagée

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Discours de Joséphine Baker pour lutter contre la lèpre et le racisme au cours d’un meeting organisé par la Ligue Internationale Contre l’Antisémitisme. (Crédit photo : Keystone France via Getty Images)

Après un engagement militaire et résistant fort, elle continue en s’attaquant cette fois-ci au racisme. Dès 1950, Joséphine Baker soutient le Mouvement afro-américain des droits civiques. Elle écrit notamment des articles et donne des interviews dénonçant le racisme et la ségrégation aux États-Unis.

En 1963, elle participe à la « Marche vers Washington pour le travail et la liberté » organisée par Martin Luther King, où elle rend hommage à des activistes comme Rosa Parks.

Elle est aussi devenue l’un des symboles d’émancipation de la femme. Femme moderne dès les années 1920, elle s’impose dans le monde médiatique comme une femme indépendante, écoutée (d’une certaine manière), et qui réussit par elle-même.

Elle a su dépasser la caricature pour en faire une arme d’émancipation

À Paris, devenue une muse haute couture et une artiste reconnue, elle dispose de son corps comme elle l’entend, et décide de ce qu’elle veut porter. « Elle a su dépasser la caricature pour en faire une arme d’émancipation », expliquent Lilian Thuram et le chercheur Pascal Blanchard dans leur texte Corps Noir, Regards Blancs.

Joséphine Baker a aussi eu des relations avec d’autres femmes. Parmi elles, la chanteuse aurait fréquenté l’écrivaine française Colette ou encore, l’artiste Frida Kahlo. Pour certains, sa chanson J’ai deux amours serait d’ailleurs son coming out bisexuel, comme l’analyse le journaliste de RTBF.

Si cette hypothèse n’est pas avérée, Joséphine Baker a bien eu des relations avec des femmes. Dans son livre La femme est une dandy comme les autres, Alister cite Georges Tabet, chef d’orchestre de Joséphine Baker qui confirmait : « Dans les années 30, Joséphine avait de brèves rencontres saphiques avec de jeunes danseuses ».

 

Joséphine Bake, mère d’une « tribu arc-en-ciel »

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Joséphine Baker avec son troisième mari Jo Bouillon et leurs enfants adoptifs – Noël 1956 (Crédit photo : Ullstein Bild via Getty Images)

Joséphine Baker a eu cinq époux, et de nombreux amants, hommes et femmes.

Les deux premiers sont américains, Willie Wells et Willie Baker, dont elle divorce avant de se rendre à Paris. Son manager, Giuseppe Abatino, devient son troisième mari. Leur relation dure une dizaine d’années. Après une tournée ratée aux États-Unis, ils se quittent.

Elle épouse l’année suivante, en 1937, Jean Lion, grâce auquel elle obtient la nationalité française. Mais ils divorcent en 1940.

Avec son quatrième mari, le chef d’orchestre Jo Bouillon qu’elle épouse en 1947, ils fondent une famille. À la suite d’une fausse couche, ils décident d’adopter en 1949 des enfants du monde entier, d’origines différentes. Ils adoptent 12 enfants qui formeront sa « tribu arc-en-ciel », alors que Joséphine Baker souhaite prouver qu’il est possible de vivre ensemble entre différentes ethnies, origines et religions.

Le couple divorce finalement en 1957, prononcé en 1961. Le dernier époux de Joséphine Baker est Robert Brady. Ils se marient en 1973, mais deux ans plus tard, l’icône des Années folles décède brusquement.

 

Un décès brutal en plein retour de gloire

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Joséphine Baker sur la scène du Théâtre Royal de Versailles. (Crédit photo : Alain Dejean/Sygma via Getty Images)

En parallèle de ses engagements et sa vie mondaine, Joséphine Baker continue de se produire à l’Olympia de Paris en 1968, à Belgrade en 1973, à Carnegie Hall en 1973, au Gala du cirque en 1974 à Paris…

En 1975, elle fête ses 50 ans de carrière. Elle réalise une rétrospective de sa carrière, avec Joséphine à Bobino où un parterre de célébrités vient lui rendre hommage : Alain Delon, Pierre Balmain, Jeanne Moreau, la princesse Grace de Monaco…

Mais, le lendemain de sa quatorzième représentation, le 10 avril 1975, Joséphine Baker est victime d’une hémorragie cérébrale et est hospitalisée à la Pitié-Salpêtrière, à Paris. Alors qu’elle est plongée dans le coma, elle décède deux jours plus tard, le 12 avril 1975, à 68 ans.

Après un hommage militaire, des funérailles à la Madeleine à Paris, puis des obsèques à Saint-Charles de Monte-Carlo le 19 avril 1975, Joséphine Baker est enterrée au cimetière de Monaco.

Grâce à une pétition Osez Joséphine, lancée il y a deux ans par Laurent Kupferman, elle a fait son entrée au Panthéon le 30 novembre 2021.

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