Interview : le mojo de Claire Laffut

par Joëlle Lehrer & Sarah Schlumberger
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©Presse

Fluette et affûtée, la Namuroise est une personnalité attachante. A 23 ans, elle sort un premier E.P. et intègre la team des égéries Chanel. Conversation au-delà de la mode et d’un mood unique avec Claire Laffut.

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La fessée

Quand on jette un œil à sa courte bio, on ne peut s’empêcher de penser que Claire Laffut possède des goûts fort éclectiques et un sérieux côté touche-à- tout. « C’est un peu ça », acquiesce-t-elle. Un peu gênée, elle me demande si on peut se tutoyer. O.K. pour moi. « Tu connaissais mes références en matière de musique, là où je parle des vinyles de mon père ? » Oui et non. On en rit ensemble.

J’essaie d’être dans un milieu assez pur afin que mes idées artistiques soient protégées.

Claire m’avoue qu’elle aimerait bien cultiver l’art de ne pas être trop influencée par les autres et le goût des autres… Elle n’a, dit-elle, pas vraiment tâtonné jusqu’ici. « Toute la team qui gravite autour de moi a, bien sûr, donné son avis sur les morceaux et les productions. J’essaie d’être dans un milieu assez pur afin que mes idées artistiques soient protégées. Mais ce qui est important, c’est ce que je ressens, moi. »

 

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Au tout début, Claire a eu affaire à un directeur artistique très envahissant. « Cela m’a plus étouffée qu’autre chose », confie-t-elle. Et sans le savoir, on lui parle de La Fessée, l’un des morceaux les plus peps de son E.P. « C’est justement pour ce directeur artistique que j’ai écrit cette chanson. C’était ma façon de lui dire d’aller brûler en enfer ! » Dans ce morceau, il y a une vibe ragga et quelques passages en anglais. Chanter en anglais, elle fait ça très bien, Claire Laffut.

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Armure chic, propos choc

Les chansons de cet E.P. livrent chacune un éclairage sur la personnalité de la jeune femme. Dans Gare du Nord, il y a un mood jazzy de fin de party. « Mon grand-père me disait que j’allais finir pute à la Gare du Nord si je n’étudiais pas dans la vie. Et j’ai lié cela avec l’histoire de ma petite sœur qui commettait pas mal de bêtises. J’ai relié les deux et fait une chanson pour elle. Mais c’est parti de cette phrase de mon grand-père. Cela le faisait rire, lui, mais moi, j’étais choquée. »

 

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En disant ça, elle souligne ses mots de ses mains. Et je remarque le splendide vernis rouge qu’elle porte et qui sert d’armure chic à ses doigts fins. « C’est du Chanel. » De qui tient-elle son côté unlimited ? « Je pense que c’est de mon père. Il a d’abord ouvert un magasin de tuning, où il tunait les voitures. Puis, il s’est occupé de bâtiments. Il les décorait également. Il ne s’est jamais mis de barrières. Et ses goûts étaient assez pointus pour l’endroit d’où on venait. Moustier-sur-Sambre, entre Namur et Charleroi. Lui, quand il était jeune, il allait à Ibiza et ramenait des albums de techno à Namur. Ma mère, elle, est plus réservée. »

J’ai été à New York mais à la fin, j’étais en dépression. C’est trop tout.

Claire a quitté Moustier-sur-Sambre pour vivre avec son premier amoureux à Bruxelles. Elle avait 17 ans. Après trois ans d’idylle, elle a mis le cap sur Paris. « J’allais voir mon amie Charlotte Abramow, la photographe, qui y commençait ses études. » On aurait bien vu Claire, l’hyper moderne, dans une ville comme New York. « J’ai été à New York mais à la fin, j’étais en dépression. C’est trop tout. »

3/

Croire en son mojo

La peinture, les arts graphiques, le cinéma, la musique… La jeune Wallonne a déjà tâté de tout. Mais le sillon qu’elle va patiemment creuser, c’est la musique. « Elle englobe tout ce que j’ai déjà expérimenté. Je peux jouer dans mes clips, dessiner mes visuels… La pochette je l’ai réalisée aussi. »

C’est mon amoureux qui m’a fait croire en mon mojo

A force, elle parviendrait à nous faire croire que tout est si facile. Si Claire Laffut écrit ses textes elle-même, c’est avec Tristan Salvati qu’elle compose. Le garçon a, auparavant, œuvré pour Cœur de Pirate et Angèle. « J’adore les rythmes africains, le jazz, la bossa-nova, les sonorités chaudes », précise-t- elle. Si elle a choisi d’intituler son E.P. Mojo, c’est parce qu’il signifie la force naturelle que l’on dégage quand on se sent bien. « C’est mon amoureux qui m’a fait croire en mon mojo. » Son amoureux est batteur…

 

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Très jeune, Claire a fait des débuts de mannequin. Mais c’est une époque qui ne lui a pas plu. « Cela m’a un peu abîmée. Mais cela fait partie de mon histoire. Je n’avais pas les mensurations. Je faisais 1 m 68. » Je lui fais remarquer que c’est comme Kate Moss.  « Elle a chamboulé la mode », ajoute-t-elle. Ensemble, on évoque le côté rock’n’roll de Kate. « De plus en plus, dans la mode, on essaie de copier l’aspect trash des rave parties. Cela imprègne beaucoup de choses, cette fascination pour la déglingue. »

Si elle n’aime pas bosser comme modèle, Claire a toutefois été recrutée dans la team des nouveaux visages Chanel. « Ils ne m’ont pas prise comme simple cintre mais pour ce que je suis en tant qu’artiste », pointe-t-elle. Elle estime qu’il faut arrêter de parler du corps de la femme comme s’il n’existait qu’un seul modèle alors qu’il y en a plus de mille millions… Claire Laffut vient de sortir son premier album et il est comme elle : envoûtant !

Claire Laffut, Mojo, Universal Music

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Tags: Belgique, Claire Laffut, Musique.