Imaginez le duo de jeunes acteurs les plus excitants que Hollywood ait vus, ces dernières années, croiser le chemin de Bob Dylan dans ses années Greenwich Village. Cela donne “A Complete Unknown”, de James Mangold. Un biopic partiel sur la naissance d’une icône planétaire.
Londres, un jour de décembre frisquet. Dans un salon cosy, Elle Fanning, en tailleur pantalon noir avec petit col léopard, est prolixe quand il s’agit de parler de son rôle dans A Complete Unknown qu’elle a tourné avec son ami Timmy Tim. C’est ainsi qu’elle surnomme Timothée Chalamet. Lui, vêtu d’un tee shirt à rayures blanches et noires et d’un pantalon cargo beige, tient le premier rôle dans ce film retraçant les jeunes années de Bob Dylan, de l’anonymat à la gloire mondiale.
Forcément, ce thème, ça leur parle à l’un comme à l’autre. Timothée a coproduit ce film, réalisé par James Mangold, afin d’être certain qu’il voit le jour. Et pour tous ceux qui aiment Dylan mais aussi les early sixties, ce film est un must-see.
Elle Fanning
La petite amie et la muse de Bob Dylan dans les early sixties et que vous interprétez, l’a accompagné dans ses choix politiques. Pour quelle raison sa présence est-elle importante dans le film ?
Sylvie, le prénom qu’on lui donne, est basée sur la vraie Suze Rotolo qui fut le premier grand amour de Bob Dylan. Elle est célèbre pour figurer avec Bob sur la pochette de l’album The Freewheelin’ Bob Dylan, paru en 1963. Et cette image, je l’avais beaucoup vue mais je ne connaissais pas grand-chose sur cette jeune femme. J’aime qu’elle apparaisse dans le film parce qu’elle est inconnue et n’est pas là pour obtenir quelque chose de particulier. Elle ne recherche pas la célébrité. Elle n’était mue que par son amour pour Bob. J’ai lu ses mémoires, A Freewheelin’Time, et découvert qu’elle est également une artiste, une peintre et une activiste. Et elle a énormément inspiré Bob pour de nombreuses chansons. Selon moi, sa présence dans le film est centrale, car elle représente d’une façon le regard du public. A Complete Unknown montre à quel point Dylan touchait ceux qui l’entouraient. Et cela nous permet de le connaître mieux, car il demeure un personnage avec sa part de mystère. Dylan, lui-même, a demandé que le nom de Suze soit changé dans le film. C’est une requête très sensible qui prouve à quel point il reste attaché à elle et veille à la protéger de la vie publique.
Validez-vous l’idée selon laquelle derrière chaque grand homme se cache une grande femme ? Et quelle fut l’influence de Suze sur la carrière de Bob Dylan ?
Je suis assez d’accord avec cela. C’est difficile d’aimer quelqu’un qui choisira toujours son art avant tout. Et Bob Dylan, dans ses jeunes années, a toujours donné plus d’importance à ses chansons qu’à n’importe quoi d’autre. Mais sans Suze, il n’aurait pas écrit de nombreuses chansons et elle l’a incité à chanter ses propres morceaux plutôt que des airs folk connus. Ils vivaient ensemble dans Greenwich Village qui était un concentré de créativité et de changements.
Searchlight Pictures
Comment avez-vous procédé pour investir ce personnage ?
Pour moi, il s’agit toujours de trouver la vérité. On peut toujours apprendre les faits mais lorsqu’on se trouve sur le tournage, le scénario devient votre Bible et d’une certaine façon, vous devez oublier ce que vous avez appris pour montrer votre vulnérabilité et votre sensibilité et jouer le rôle. Alors, bien sûr, je désirais que ce soit le plus authentique possible. Et cela m’a beaucoup aidée d’être environnée d’autant de musique. Je savais que la scène de la séparation compterait et James Mangold, le réalisateur, a ajouté un élément, une clôture sur le quai d’embarquement d’un ferry, qui ne se trouvait pas dans le scénario, ce qui est une belle métaphore. Et c’est un moment doux-amer, car Suze/Sylvie comme Bob savent chacun qu’ils doivent se séparer pour poursuivre leur propre chemin.
Il y a une réelle alchimie entre Timothée Chalamet et vous, dans ce film. Comment avez-vous travaillé ensemble ?
Timothée est la première personne à qui j’ai envoyé un message quand j’ai su que je ferais partie du film. Nous avions déjà travaillé ensemble, (Ndlr : dans A Rainy Day in New York, de Woody Allen, en 2019), depuis nous sommes toujours restés en contact et sommes amis. Et comme je connaissais Timothée bien avant qu’il ne devienne une star, j’y vois un parallèle avec Suze/Sylvie qui connaissait Bob Dylan avant qu’il n’atteigne la consécration. Et c’est toujours agréable de travailler avec un ami parce que cela vous met en confiance. Quand on est ensemble, on s’amuse comme des fous. Et ce lien chaleureux qui nous lie nous permet d’apporter de l’énergie et de la chaleur humaine sur le tournage.
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C’est la deuxième fois que vous jouez la petite amie de Timothée Chalamet dans un film et vous avez toujours le mot de la fin. Était-ce l’une de vos idées ou était-ce dans le script ?
(Rires). Oui, c’est amusant ! En fait, cela se trouvait dans le script. Quand nous sommes ensemble, c’est moi qui le quitte ! Dans cette histoire, il y a quelque chose d’une relation telle qu’on la voyait dans un classique hollywoodien. C’est très romantique et cinématographique, j’adore ça.
“Quand on est ensemble,
on s’amuse comme des fous”
Ce film relate les débuts d’un jeune artiste. Vous-même avez commencé votre carrière à l’âge de deux ans.
Techniquement, oui. Je jouais ma petite sœur dans des scènes de flashbacks. En fait, ce que je préfère dans A Complete Unknown, c’est de voir comment Bob Dylan a fait ses choix artistiques. Et refuser d’être cantonné dans un certain genre musical. Et cela me convainc de toujours suivre mon intuition. J’aime pouvoir surprendre le public comme me surprendre moi-même. Je ne crains pas de me challenger. Je n’aimerais pas être cataloguée dans un certain genre de films.
Vous êtes considérée comme l’une des meilleures actrices de votre génération. Est-ce une question de chance ou d’opportunités ?
L’une des choses les plus fondamentales est de tourner avec de grands réalisateurs. Et qu’il y ait une bonne histoire. J’ai eu beaucoup de chance très tôt dans ma carrière. Parce que lorsqu’on est très jeune, on ne choisit pas ses rôles. À sept ans, je passais des auditions. Et les rôles que j’ai décrochés étaient dans des films dirigés par de grands réalisateurs comme David Fincher et Sofia Coppola. Je n’ai pas étudié la comédie dans une école ou une académie. J’ai appris mon métier sur le tas. Et j’ai absorbé tout ce que je pouvais comme une éponge. Et d’une certaine façon, c’était une chance de pouvoir le faire. À onze ans, j’ai passé une audition pour un film de Sofia Coppola, (Ndlr : Somewhere en 2010) et elle m’a choisie. Aujourd’hui, je suis dans une autre sphère et je peux choisir ce que je veux jouer et avec qui. Et j’ai commencé à produire mes propres projets. J’ai une liste des gens avec qui je souhaite collaborer.
Timothée Chalamet
A Complete Unknown n’est pas un film qui cherche à livrer un portrait définitif de Bob Dylan. Au contraire, il décrit un artiste en pleine évolution. Était-ce important pour vous ?
Absolument. Ce n’est pas un portrait exhaustif et définitif mais une interprétation de ce qu’il était durant la période de 1961 à 1965. C’est presque une fable sur laquelle le réalisateur a posé un regard affirmé. Les images de Dylan dans les années 64-65 sont nombreuses sur Internet et c’est formidable. Elles m’ont énormément aidé dans mon jeu.
Bob Dylan est une figure mythique de la musique. Comment avez-vous appréhendé ce personnage ?
J’ai tout considéré en même temps. La chose géniale quand on interprète un personnage aussi insaisissable que Bob Dylan est de découvrir peu de documents provenant d’images d’actualité ou de radios sur ces premières années à New York. J’ai visionné No Direction Home un documentaire sur Dylan de Martin Scorsese, Don’t Look Back, le documentaire de Pennebaker sur sa tournée en Grande-Bretagne mais aussi des biographies. Le plus important fut sa musique qui est magnifique et retranscrit son romantisme, ses moments intimes, son actualité avec un point de vue fabuleux. J’ai eu cinq ans et demi pour me préparer à ce film. Et j’ai l’impression que le temps que j’ai passé à incarner Dylan ne correspond pas à la moitié du chemin que j’ai parcouru pour découvrir qui il était dans ses jeunes années. Et il y a encore tant de choses que je découvre et apprend encore à son sujet. Mais sur la période décrite dans le film, de 1961 à 1965, il n’y a pas une pierre que je n’ai pas retournée.
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Quelle est la chanson de Dylan qui vous parle le plus ?
Precious Angel.
A-t-il été ardu d’apprendre à incarner Bob Dylan durant autant d’années et à préserver sa gestuelle ? Et comment vous sentez-vous à l’approche de la sortie du film ?
C’est un soulagement physique de savoir que le public va découvrir le film. Ce n’est plus entre mes mains. En raison de la pandémie et de la grève des acteurs à Hollywood, ce projet a été retardé. J’en étais venu à penser qu’une force de l’univers empêchait ce film d’être réalisé. Et finalement, nous avons eu la chance de le tourner. Et qu’il puisse être vu dans le monde est autant un soulagement qu’un honneur. C’est un honneur de servir humblement de pont entre cet artiste incroyable qui a impacté plusieurs générations et nous. Dylan est Américain mais il a touché le monde entier par son talent et ses textes.
“C’est important de croire en quelque
chose de vrai dans ce que l’on fait”
Qu’est-ce qui était plus challengeant pour vous : jouer de la guitare ou de l’harmonica ? Et en tant qu’acteur, qu’avez-vous appris sur vous-même durant ce processus ?
Je n’ai pas spécialement vécu cela comme un défi. Dès le premier jour de tournage, je me sentais dans les souliers de ce jeune artiste. Je peux vous dire ce que j’ai appris mais j’ai envie de reprendre les mots de Dylan dans le documentaire Don’t Look Back : « Je suis passé au travers des événements ».
Je suppose que vous pouvez vous trouver un point commun entre votre personnage dans Dune et Dylan qui accède, dans le film, à la célébrité. Qu’est-ce qui était le plus fascinant à montrer à l’écran ?
Ce qu’il y a de commun entre Dune et Bob Dylan, c’est que leurs histoires ont été écrites dans les années 60. À une
époque où les gens se sont ouverts sur le plan culturel et spirituel. Et je peux relier ces deux rôles même si moi, je n’ai ni un profil de personnage de science-fiction ni un profil de compositeur de chansons.
Searchlight Pictures
Incarner une telle figue de la pop culture vous a-t-il permis de repenser votre attitude à cet égard ?
Oui et non parce que les époques sont fondamentalement différentes. D’une certaine façon, les sixties permettaient aux artistes plus d’espace de liberté mais posaient aussi des limitations. Ce qui vaut aussi aujourd’hui. Mais c’est important de croire en quelque chose de vrai dans ce que l’on fait.
Seriez-vous prêt à vous produire à Coachella ?
Quelle idée fascinante ! Je peux déjà imaginer l’affiche.
A Complete Unknown (Un parfait inconnu), de James Mangold, avec aussi Edward Norton et Monica Barbaro. Sortie le 19 février.
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