On peut dire que Meryll Rogge enchaîne les consécrations. La créatrice belge vient de vivre une saison professionnellement intense, entre le Grand Prix de l’Andam et sa nomination à la tête de Marni. Pour Marie Claire, elle revient sur l’intensité de ce nouveau rythme de travail et sur la visibilité des femmes dans l’industrie du luxe.
Le 15 juillet 2025, Meryll Rogge exprimait son excitation à travers un communiqué très officiel : “Je suis vraiment honorée de rejoindre Marni, une maison que j’admire depuis longtemps pour son esprit indépendant”. Elle officialisait, par ces mots, son nouveau poste alors même que sa passion pour la mode s’exprime déjà via deux autres entités : la marque B.B Wallace, sensible à l’artisanat, et Meryll Rogge, la griffe qu’elle a fondée en 2020. Quelques semaines avant sa nomination, c’est sur la scène du concours de l’Andam que la designer belge prenait le micro avec émotion après avoir raflé le trophée le plus convoitée de la remise de prix. L’excitation à peine retombée, la glorieuse Meryll Rogge se raconte auprès de Marie Claire.
Marie Claire : Vous imaginez des collections pour la marque qui porte votre nom, pour B.B. Wallace et désormais pour Marni. Comment travaillez-vous sur ces différentes identités ?
Meryll Rogge : J’aime naviguer entre ces trois univers. B.B. Wallace est volontairement épurée, intemporelle et centrée sur les matières, à l’image de notre pull emblématique confectionné dans une petite usine familiale en Espagne, avec des fils et un savoir-faire d’exception. Avec Meryll Rogge, je construis une image, un monde, tout en m’octroyant la liberté de créer de façon plus intuitive, puisque la marque est une extension de ma personnalité. Depuis l’an dernier, Marni s’est ajoutée avec une première collection qui sera présentée pendant la semaine de la mode milanaise. Je travaille avec la même équipe depuis des années, ce qui rend les choses très fluides.
En 2025, vous avez remporté le Grand Prix de l’Andam avant d’être nommée directrice artistique de Marni. Qu’est-ce que cette année a changé pour vous ?
C’était une année incroyable ! Rejoindre la liste de lauréat-e-s où figurent certain-e-s des plus grands-e- créateur-rice-s de mode a été un immense honneur. Pour une petite marque indépendante fonctionnant avec une équipe majoritairement composée de femmes, c’est un accomplissement important. Depuis nos débuts en 2020, nous faisons tout de nos propres mains.
Pourquoi avoir choisi d’installer votre studio en Belgique, où vous êtes née, plutôt que dans l’une des grandes capitales de la mode ?
À deux heures de Paris, la Belgique est bien placée et offre une liberté précieuse, sur la taille des locaux notamment. Et puis installer son studio dans son pays natal apporte également un soutien concret : mes tantes cousent parfois les boutons juste avant que l’on file en van présenter la collection à Paris ! Cela crée une distance saine : pas d’influences ni de rythmes imposés. J’ai la chance d’avoir travaillé des années chez Marc Jacobs et Dries Van Noten. Cette longue expérience m’a appris à penser de façon indépendante et à développer mon propre langage.
Comment abordez-vous la question du rythme des fashion weeks ?
Pour une petite marque comme Meryll Rogge, organiser un défilé chaque semaine de la mode n’est pas évident. À l’image d’autres stylistes comme Martine Rose, je préfère la flexibilité de pouvoir parfois opter pour une présentation. Un show demande énormément d’énergie et de budget. Pour une équipe de cinq personnes, cela signifie travailler jour et nuit. Je ne choisis de faire un défilé que lorsque nous pouvons nous le permettre, financièrement et humainement, mais aussi lorsque nous avons suffisamment de choses à raconter.
Plusieurs directeurs et directrices artistiques ont récemment rejoint de nouvelles maisons, mais la majorité sont des hommes. Quel regard portez-vous sur cette situation ?
En 2025, les nominations témoignent encore d’un déséquilibre évident et d’un problème systémique : plus de 20 designers contre deux ou trois designeuses. Beaucoup de créatrices prouvent pourtant qu’elles savent bâtir une marque à partir de zéro et créer des collections avec succès. Les exemples de Miuccia Prada, Rei Kawakubo ou encore Phoebe Philo montrent une vision durable, une fidélité du public et une longévité créative.
Cet article a initialement été publié par Marie Claire France.
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