Récompensé du Grand Prix de la Semaine de la critique au Festival de Cannes 2026, La Gradiva plonge au cœur d’une jeunesse éruptive, entre désirs adolescents et vertige romantique, sur fond de ruines antiques. Un premier long-métrage envoûtant signé Marine Atlan.
Il y a les films monumentaux, les chefs-d’œuvre instantanés. Et il y a ceux qui cheminent vers votre cœur à bas bruit, pour ne plus jamais vous quitter. Le premier film de la cheffe-opératrice Marine Atlan (L’Engloutie, Le Ravissement) est de cette trempe.
Un voyage scolaire et la mélancolie adolescente
La Gradiva débute comme un film de vacances pour finir en promenade avec l’amour et la mort. Entre-temps on est tombé amoureux de son histoire, de Naples, des personnages.
On rembobine : La Gradiva relate le voyage scolaire d’un groupe d’adolescents français en Italie sur le site de Pompéi, accompagnés de leur professeure (l’excellente Antonia Buresi dans un rôle enfin à sa mesure), seule figure adulte de ce périple.

Films du poisson
Le reste n’est qu’immersion juvénile et bouillon de jeunesse. Marine Atlan filme le désir, le sexe, l’amitié, la colère, la mélancolie adolescente, comme un paysage en éruption. Une énergie volcanique métaphorisée par le Vésuve, motif central du film.
Si La Gradiva s’inscrit en partie dans une démarche documentaire pour saisir sa jeunesse, faisant écho aux longs-métrages de Guillaume Brac (À l’abordage), Lise Akoka et Romane Gueret (Les Pires) ou encore Abdellatif Kechiche (le film s’ouvre sur une scène de voyeurisme en référence à Mektoub, My Love), son esthétique est davantage impressionniste, visant à traduire une expérience sensorielle, voire mystique.
Un film aussi politique
La déterritorialisation produit un choc chez les personnages et entraîne le film vers un devenir romantique. Toni, le héros (la révélation Colas Quignard, d’une ressemblance troublante avec Guillaume Depardieu), pourrait être un nouveau jeune Werther frappé par une malédiction familiale.

Films du poisson
Son ami James (le magnétique Mitia Capellier-Audat), quant à lui, promène nonchalamment sa beauté dionysiaque comme un doux poison qui fait tourner les têtes.
Politique, le film l’est aussi, le regard tourné vers l’école, la transmission, l’égalité des chances, la violence de classe, la responsabilité morale des profs − un point de vue confronté ici, avec beaucoup de hauteur, à la fatalité et à la mythologie des destructions passées.
De Marine Atlan, avec Antonia Buresi, Colas Quignard, Suzanne Gerin, Julie Sokolowski… En salle le 28 octobre.
Cet article a initialement été publié par Marie Claire France.