Pour son premier défilé Chanel Métiers d’Art, Matthieu Blazy a mis le cap sur New York.

“Dans le métro new-yorkais, nous sommes tous égaux”, rappelle Matthieu Blazy dans sa note de show. Pour sa première collection Métiers d’Art chez Chanel, il choisit précisément ce théâtre du quotidien, transformant un quai désaffecté en décor hypnotique où Paris et New York se rencontrent comme deux héroïnes d’un même récit.

Mardi 2 décembre 2025, au 168 Bowery, sous la pluie et les néons, le public glisse dans un décor inouï : un quai de métro abandonné, réinventé en podium Chanel. Sur un écran, le court-métrage poétique de Michel Gondry – avec A$AP Rocky et Margaret Qualley – scelle le ton : une romance urbaine, vibrante, presque onirique prend vie dans les rues de la Grosse Pomme. Au front row ? Tilda Swinton, Solange, Kristen Stewart, Linda Evangelista et Emily Ratajkowski.

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Chanel

Sur le quai transformé en podium, la collection défile comme un casting parfaitement orchestré. On y reconnaît des héroïnes Art déco aux allures de femmes du monde, des working girls surgies des années 80, des étudiantes new-yorkaises, des street-performers, des retraitées élégantes ou encore une mystérieuse super-héroïne urbaine, silhouette longiligne prête à bondir dans Times Square. Chaque personnage semble évoluer dans un récit non linéaire, comme si Chanel ouvrait une porte sur tous les temps à la fois. Et au cœur de cette multitude, Gabrielle Chanel apparaît en muse invisible : sa silhouette revisitée, sa démarche libre, son amour des matières animaux, son voyage new-yorkais de 1931 réinterprété avec un œil moderne.

Cette traversée du temps glisse avec désinvolture de l’opulence des années 1920 aux vibrations pop des années 2020. Les Maisons d’art du 19M deviennent narratrices : Lesage dessine des broderies qui scintillent comme des rayons de métro, Lemarié insuffle aux plumes une délicatesse presque cinématographique, Goossens forge des colibris et des cabochons glacés qui évoquent Manhattan gelée de lumière. Les pièces, malicieuses et sophistiquées, déclinent une élégance espiègle : la lingerie-denim brodée réinvente le vestiaire western, une robe Art déco revisitée est portée avec un pantalon chino en trompe-l’œil, une chemise masculine se transforme en flanelle de tweed bouclé lestée d’une chaîne maison, comme un clin d’œil à la dualité de la ville.

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Chanel

Les accessoires jouent leur propre comédie. Une minaudière en forme d’huître révèle sa perle en secret, des sacs-cacahuètes et pommes émaillées s’affichent comme des souvenirs touristiques réinventés, tandis que les doublures en soie peintes à la main racontent New York comme un carnet intime : skyline stylisée, rues fantasmées, Coco Chanel promenant son chien entre Broadway et Madison Avenue. Le bestiaire urbain s’invite partout : une femme-féline est enveloppée dans un tweed flammé imprimé léopard créé par Lesage, une autre se distingue dans une jupe tulipe dont les franges peintes à la main ont nécessité des jours de travail, et une silhouette en robe années 1930 dévoile une multitude de poissons brodés par Montex, scintillant comme un reflet de station immergée.

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Chanel

Tout respire une sophistication en mouvement. Le tweed s’allège jusqu’à devenir aérien, les imprimés animaliers gagnent en délicatesse grâce à des techniques inédites, la soie adopte l’apparence brute du denim, et les robes de bal se parent de bords effilochés qui semblent flotter dans les courants d’air du métro. Même les slingbacks Massaro, en chevreau délicat ou en shearling tacheté, ponctuent les silhouettes comme une signature discrète.

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Presse

 En filigrane, Matthieu Blazy rend hommage au voyage de Gabrielle Chanel en 1931. À New York, bien plus qu’à Hollywood, elle découvre que des femmes de tous horizons se sont approprié son style, chacune à leur manière. Une révélation fondatrice, presque intime, qui résonne aujourd’hui dans cette célébration pop de la maison. “Chanel loves New York”, dit-on. Ce soir, la maison le prouve sans emphase inutile : par le rythme, par le geste, par cette liberté intrépide.

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