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C’est dans les collines ensoleillées de Grasse que poussent les fleurs qui constituent le coeur des parfums emblématiques de Chanel : jasmin grandiflorum, rose de mai, iris pâle, tubéreuse et géranium rosat. Dans ce lieu magique, entre les champs de Pégomas, une tradition ancestrale est préservée avec soin.
Une famille aux racines profondes
L’histoire de Grasse ne commence pas avec les fleurs, mais avec le cuir. Au XIIe siècle déjà, les tanneurs y vendaient leurs marchandises, jusqu’à cequ’ils découvrent au XVIIe siècle que les gants parfumés se vendaient mieux que les peaux de cheval. Le parfum du jasmin et de la rose remplaça celui de l’écurie et de la sueur. S’ensuivit alors l’épanouissement d’une culture de parfumeurs, de cultivateurs et d’extracteurs, qui fit de Grasse l’épicentre incontesté de l’art du parfum.
Lorsque Ernest Beaux créa son célèbre N°5 en 1921, il choisit le jasmin de Grasse comme note de tête. Mais à la fin du XXe siècle, cet héritage était menacé de disparition. Les promoteurs immobiliers rachetèrent les terres fertiles et les champs firent place à des villas et des parkings. Seules quelques familles résistèrent, parmi lesquelles la famille Mul. Joseph Mul connaît chaque parcelle de
son terrain. Sa famille cultive cette terre depuis 1840. « Mon arrière-grand-père était un visionnaire », dit-il. « Il combinait une ferme laitière avec des champs de fleurs, la qualité était dans son sang. » Lorsque l’industrie orale a décliné, la famille a persévéré. En 1987, Joseph Mul a conclu un partenariat avec Jacques Polge, alors parfumeur chez Chanel. La production de jasmin était menacée, et ensemble, ils ont décidé de renverser la tendance. Ce qui a commencé comme une collaboration pratique s’est transformé en une amitié et en un exemple de loyauté mutuelle durable.
Des champs aux flacons
Aujourd’hui, le domaine de Mul et Chanel s’étend sur trente hectares de champs parfumés. Chaque fleur est cueillie à la main et traitée le jour même dans un atelier d’extraction situé au milieu des cultures. C’est là que sont extraites les huiles essentielles qui constituent le cœur des parfums Chanel. Il s’agit d’un cycle fermé, de la terre au parfum, dans lequel rien n’est laissé au hasard.

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« Personne ne pensait plus à replanter du jasmin », se souvient Jacques Polge. « Nous avons donc tout recommencé, de la racine à la bouteille. » Son fils Olivier Polge, aujourd’hui parfumeur pour la maison, poursuit cette vision : « Nous sommes les gardiens des formules de Chanel. Le contrôle absolu de nos ingrédients est le seul moyen de préserver leur magie. »
Des fleurs pour l’avenir
La collaboration porte désormais sur cinq plantes nobles : le jasmin, la rose de mai, l’iris, la tubéreuse et le géranium. Elles ne fleurissent pas seulement pour les parfums de Chanel, mais aussi comme symbole d’engagement envers l’artisanat et la nature. Tout comme la haute couture préserve les traditions de l’atelier, ce champ préserve l’âme de la parfumerie.
Car même si Chanel honore ses racines, la maison est tournée vers l’avenir. Les champs de Grasse sont plus qu’un patrimoine : ils sont un laboratoire vivant où se rencontrent innovation, durabilité et poésie. Ici, où la brume matinale se mêle au parfum des pétales de rose, chaque saison est une promesse.
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