Comment Chantelle perpétue un savoir-faire corsetier d’exception ?

Comment Chantelle perpétue un savoir-faire corsetier d’exception ?

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Il n’est de vêtement plus intime que la lingerie. Dissimulée ou exposée, elle affirme, suggère, revendique ou dévoile. Au fil de ses 150 ans, la marque de lingerie française Chantelle a accompagné cette libération progressive des corps féminins, portée par un savoir-faire d’atelier où la technique et l’innovation tissent une même histoire.

De l’armure contraignante au manifeste d’empowerment, la lingerie cristallise nos rapports au corps. Elle révèle en creux les mutations d’une féminité plurielle qui s’expose désormais selon ses propres règles. Depuis sa création en 1876, le groupe français Chantelle accompagne – et parfois devance – ces métamorphoses. Née d’un fabricant de tricots élastiques, l’entreprise prend un tournant décisif sous l’impulsion de la famille Kretz.

Aux silhouettes corsetées des années 40, la maison y insuffle l’élasticité, et esquisse une lingerie qui soutient plus qu’elle ne contraint. Dès 1936, l’ingénieur textile Jean Kretz met au point le « tulle Kretz », une matière extensible inédite qui ouvrira la voie, quelques années plus tard, aux premières gaines signées Chantelle.

Les sixties voient naître les premiers soutiens-gorge de la marque, dont le « Défi », premier modèle moulé sans coutures du marché. Une véritable révolution du confort.

150 ans de savoir-faire et d’innovation

En 1962, la première usine de production voit le jour à Épernay, en région Champagne-Ardenne. Si dans une logique d’exportation et de compétitivité, trois autres sites seront par la suite ouverts en Tunisie, au Vietnam et en Thaïlande, Épernay demeure le cœur historique de la marque. Dans cet atelier à taille humaine, 85 salariés, dont 81 femmes, perpétuent ce savoir-faire corsetier aujourd’hui reconnu par le label Entreprise du Patrimoine Vivant. Depuis un an, le grand public est invité à pousser les portes de l’usine pour découvrir, sur visite guidée payante, les coulisses de la lingerie.

soutien-gorge chantelle

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Le modèle Fleurs

Cœur battant du savoir-faire Chantelle, l’atelier se dévoile dans le bruit feutré des machines et la précision des mains expertes. C’est ici que prennent forme certains des modèles les plus emblématiques de la maison, à l’image du soutien-gorge Fête, bestseller depuis 1971, ou Fleurs avec sa broderie délicate, dont la confection dit tout d’un geste maîtrisé. Mais aussi la ligne plus haut de gamme et contemporaine, Chantelle X, avec ses modèles disruptifs et ses collaborations capsules avec des créatrices en vue, d’Alice Vaillant à Ester Manas.

La transmission au coeur de l’atelier

Pour préserver un savoir-faire devenu rare, la maison a choisi l’ouverture. Depuis cinq ans, l’atelier d’Épernay accueille également d’autres labels et créateurs en quête de production made in France, mais dépourvues d’outil industriel local. Bureau d’études, prototypage, confection : l’infrastructure est mise à disposition dans une logique d’atelier partagé. La transmission est au cœur du site, où travaillent 81 femmes. Certaines y sont entrées il y a plusieurs décennies, à l’instar de Claudine, 38 ans d’ancienneté, Isabelle, 42 ans, ou encore Florence, bientôt retraitée après 44 années. Une continuité précieuse, qui pose aussi un enjeu plus fragile : celui du renouvellement des générations.

lingerie chantelle

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La collab Chantelle X Ester Manas

« Quinze nouvelles couturières ont été embauchées ces trois dernières années », se réjouit Delphine Chapelot, directrice du site d’Épernay. « C’est une fierté car lorsque je suis arrivée il y a vingt-quatre ans, les départs en retraite n’étaient pas remplacés. » Autre enjeu majeur : les usines de confection ont presque toutes disparu, tout comme les filières de formation. Dans la région, il ne subsiste plus qu’un seul bac professionnel couture à Reims. Alors la marque a dû internaliser une partie de l’apprentissage. « Même si on sait coudre, on ne sait pas forcément coudre un soutien-gorge », résume-t-elle. « La spécificité de la lingerie, c’est la matière extensible, l’élasticité, qui demande du matériel spécifique et une dextérité différente de celle d’un jean ou d’une veste. C’est une matière vivante, qui bouge sur la machine. » Ainsi, chaque nouvelle recrue bénéficie d’environ trois mois d’apprentissage initial, prolongés par un accompagnement pouvant aller jusqu’à un an en atelier.

lingerie chantelle

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Campagne printemps-été 2026

La précision du geste

Si le geste est répété, il n’a rien d’un vulgaire procédé à la chaîne. La fabrication d’un soutien-gorge compte entre 30 et 40 étapes au total, mobilisant jusqu’à une dizaine de couturières différentes sur une seule pièce. Un travail de couture minutieux, où la matière se travaille, se tend, se dompte, sous les doigts. En amont, le bureau d’études définit l’architecture de confection : nombre d’opérations, choix des machines à coudre, répartition des postes et logique du montage. Puis viennent les étapes successives : patronage, découpe, assemblage, finitions techniques, contrôle qualité : autant de gestes de couture qui requièrent de la part des petites mains une attention constante à l’élasticité, à la tenue, à la justesse du tombé. Une chaîne précise, mais jamais mécanique, où la main reste au centre de tout.

 

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Malvine Sevrin

Des podiums parisiens aux dernières nouveautés skincare qui enflamment TikTok, je décrypte les tendances pour Marie Claire Belgique. Passionnée de voyage, de mode et de beauté, je partage mes coups de coeur dénichés aux quatre coins du globe. En tant que rédactrice en chef digital, j'ai également à coeur de mettre en lumière les histoires inspirantes de femmes à travers notre site et sur nos réseaux sociaux.