Soumission chimique : la campagne bouleversante de Gisèle Pelicot et Caroline Darian

Soumission chimique : la campagne bouleversante de Gisèle Pelicot et Caroline Darian

Presse

Fondée par la lanceuse d’alerte Caroline Darian, l’association #MendorsPas a lancé, lundi 28 septembre 2026, la première campagne nationale de sensibilisation à la soumission chimique. Pour donner corps à ce dispositif d’envergure, la cinéaste Rebecca Zlotowski a réalisé une série de vidéos aussi percutantes que poignantes, où chaque mot compte. Fière de l’engagement de sa fille, Gisèle Pelicot a elle aussi accepté de prendre part à ces spots.

Caroline Darian, victime invisible de l’affaire Pelicot, fille de Gisèle Pelicot, et fondatrice de l’association #MendorsPas, qui lutte contre la soumission chimique – le fait d’administrer à une personne une substance psychoactive à son insu ou sous la contrainte à des fins délictuelles ou criminelles – nous avait confié tenir particulièrement à ce projet : une campagne nationale de sensibilisation. “Parce que nous devons toucher massivement les victimes dans les grandes villes, mais aussi, dans les zones rurales qui entendent moins parler de nos actions. Il y a un réservoir immense de victimes.”

Parmi elles, nombreuses sont celles qui ignorent encore être victimes, puisqu’elles ne se souviennent pas avoir été droguées puis abusées. “Ni ma mère ni moi n’avons des souvenirs de ces clichés [d’elles, amorphes, capturés par Dominique Pelicot, ndlr]. S’ils n’avaient pas fini dans les mains des enquêteurs de police, nous n’aurions jamais rien su. Mais combien sommes-nous, les victimes qui s’ignorent ?”, interrogeait-elle, en colère, au cours de cette interview pour Marie Claire. “Ces médicaments, bien souvent mélangés à de l’alcool ou même mixés avec d’autres molécules, vous font plonger plusieurs heures”, informait encore la lanceuse d’alerte.

Les témoignages impossibles

Intitulée “les témoignages impossibles”, la série de vidéos de cette campagne nationale de #MendorsPas, soutenue par la ministre de l’Égalité femmes-hommes Aurore Bergé, réalisée par la cinéaste Rebecca Zlotowski, et diffusée depuis ce lundi 28 septembre 2026 et jusqu’au 18 octobre prochain à la télévision et sur les réseaux sociaux, parlent précisément d’elles : les victimes dans l’incapacité de raconter.

Tour à tour, des femmes, des hommes, une fillette, s’installent sur un tabouret au milieu d’un studio, face aux impressionnantes lumières et caméras. “Est-ce que tu peux raconter ce qui s’est passé avec ton beau-père ?”, demande l’intervieweuse à la première interrogée. Puis, aux autres : “Avec ton copain ?”, “avec ton collègue ?”, “avec ton frère ?”, “avec ton entraîneur ?”, “avec ton papi ?”. Une façon simple d’informer sur le fait que contrairement aux idées reçues, selon lesquelles la soumission chimique s’opérerait exclusivement dans la sphère festive, les agresseurs sont souvent des proches des victimes.

 

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Dans ces saynètes inspirées de témoignages réels, aucun des protagonistes ne parvient à trouver ses mots. Ils essaient, douloureusement, mais buttent aux premières syllabes, les mains moites, le regard traumatisé, les larmes à moitié contenues. En quelques secondes de spot, le spectateur éprouve leur anxiété, les abysses dans lesquels cette absence de souvenirs les plonge.

Puis l’écran noir. Et cette phrase simple, qui résume à elle seule la terrible spécificité de ces violences : “Il y a des crimes qu’on ne peut pas raconter, parce qu’on ne s’en souvient pas.”

“Dans 1 cas sur 2 de soumission chimique, les souvenirs s’effacent. Alors, comment raconter une violence dont on ne se souvient pas ? Avec l’association #MendorsPas, nous avons choisi de ne pas chercher les mots. Mais de montrer ce que leur absence recouvre : le silence, le doute, et une violence bien réelle”, commente Havas Paris, qui co-réalise ce vaste dispositif (outre ces films, il y a la campagne pour la presse, les panneaux d’affichage et des portraits photographiés par Alice Moitié).

Une campagne portée par Gisèle Pelicot, fière de sa fille

Et puis, sur ce même tabouret, s’installe Gisèle Pelicot. Son ex-époux, Dominique Pelicot, a été condamné en décembre 2024 à 20 ans de réclusion criminelle pour l’avoir droguée, violée et avoir orchestré les viols perpétrés par des inconnus recrutés sur internet durant une dizaine d’années.

La sexagénaire devenue le symbole mondial de la lutte contre les violences sexuelles et la soumission chimique en refusant le huis clos lors du procès dit des viols de Mazan livre un message d’alerte et de prévention à la fois : “75% des agressions par soumission chimique sont commises par un proche. Dans un cas sur deux, les souvenirs s’effacent. Si vous avez un doute, contactez le CRAFS [Centre de référence sur les agressions facilitées par les substance, ndlr]”. L’objectif ? “Permettre de comprendre, d’identifier et d’agir”, formule à l’AFP Arielle Schwab, vice-présidente d’Havas Paris.

 

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“Je suis profondément reconnaissante pour tout ce que [Caroline Darian] a fait, a déclaré Gisèle Pelicot à propos de sa fille sur les ondes de France Inter. Cette campagne, pour Caroline, ça a été cinq ans de travail acharné. À travers son association #MendorsPas, elle a su lever le voile sur cette violence, ce fléau, faire connaître les mots ‘soumission chimique’ bien au-delà de nos frontières. C’est pour cela que j’ai tenu à lui apporter tout mon soutien, être à ses côtés.” Et Caroline Darian de répondre : “Je t’aime, maman.”

 

Cet article a initialement été publié par Marie Claire France.

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Malvine Sevrin

Des podiums parisiens aux dernières nouveautés skincare qui enflamment TikTok, je décrypte les tendances pour Marie Claire Belgique. Passionnée de voyage, de mode et de beauté, je partage mes coups de coeur dénichés aux quatre coins du globe. En tant que rédactrice en chef digital, j'ai également à coeur de mettre en lumière les histoires inspirantes de femmes à travers notre site et sur nos réseaux sociaux.