C’est un dandy qui pense, chante et danse, Pierre de Maere. Son nouvel album, Ave de Maere, est purement autobiographique, avec de très belles surprises. Une forme d’accomplissement pour cet artiste belge qu’on adore. Interview.

Le timing était presque parfait. Rendez-vous le 21 juillet à l’Hôtel Juliana, en plein centre de Bruxelles. C’était sans compter les barrages dus à la préparation du défilé militaire et à la foule prête pour la Fête nationale. Il est donc arrivé à vélo, Pierre. Et on a pu faire l’interview la plus délicieuse de l’été dans une suite royale avec un champagne bien frais. Loin du brouhaha de la ville mais au cœur d’un album très attendu et fort réussi.

Ave de Maere, titre de l’album, ça rappelle évidemment « Ave César ».

Oui, parce que je me vois à l’adolescence en espèce de conquérant, vulnérable bien sûr, en quête de nouvelles sensations. Ce sont toutes mes premières fois un peu tardives. Parce que ma vie a commencé quand je suis arrivé à Paris, il y a quatre ans. Et que le Collège du Christ-Roi où j’ai étudié n’était pas vraiment propice aux découvertes que j’ai faites ensuite. Donc, en gros, c’est un album qui relate mes premiers pas dans la vie d’artiste et de jeune gay venant de province. Et puis, il y a une touche d’humour dans ce titre.

Ce deuxième album est donc l’évocation de l’apprentissage de la vie. Mais aujourd’hui, c’est tout de même un peu plus simple d’affirmer son homosexualité pour un chanteur qu’à l’époque de George Michael.

Je vis dans mon époque mais c’est sûr que si j’étais né Sénégalais, l’histoire ne serait pas la même. Ce qui arrive là-bas, cela rappelle que rien n’est jamais acquis. Quand on dit, aujourd’hui, que les Prides, c’est gadget, c’est faux. Parce que l’idée là-dedans n’est pas de se pavaner dans les rues avec plein de couleurs mais de rappeler que les communautés LGBTQA existent et qu’il faut encore se battre pour certains droits. En Belgique, on n’est pas si mal lotis. Je n’ai jamais choisi de faire de l’homosexualité mon fonds de commerce. Par contre, je n’ai jamais voulu la taire. Et je suis très content d’en parler sur ce disque. Notamment, dans Paradis qui ouvre l’album. J’y évoque le coming-out sans en parler vraiment.

Pierre de Maere

Marcin Kempski

Est-ce pour ce type de raisons que cet album a pris trois ans pour se réaliser ?

J’étais très frustré d’avoir fait mon premier album en six mois. Mais avec le succès de Un jour je marierai un ange, il fallait battre le fer quand il était temps. Pour cet album-ci, j’ai fait une centaine de maquettes et puis, j’ai vécu quelques histoires d’amour foireuses. Ce qui fait la qualité d’un disque, c’est de laisser à l’artiste la qualité de sommeil. La lucidité, ça vient avec le temps qui passe. Ici, j’ai eu le temps d’essayer plusieurs pistes.

En même temps, trois ans, avec une tournée énorme, ce n’était pas exagéré.

Non, c’est raisonnable.

Ma chanson préférée, c’est Opinel. Un titre irrésistiblement dansable.

Ça me fait plaisir. C’est le prochain single. C’est un titre que j’ai produit pratiquement tout seul. Il est vitaminé et il y a une nonchalance dans la façon de poser la voix. L’histoire est triste comme tout où je dis : « Ne pars pas en prince charmant parce que ça va me laisser une trace indélébile et je ne pourrai jamais m’en remettre. Donc, donne-moi des raisons de te haïr. » J’aime aussi l’image de l’opinel.

Quasiment parfait, avec le featuring de Clara Luciani, est très réussi également. Et puis, on connaît votre amitié.

Oui, je suis plus proche de Clara Luciani que de Dua Lipa, même si je l’aime beaucoup aussi.

Certains vous ont même demandé si vous aviez été invité au mariage de Dua Lipa. C’est drôle.

Vous voyez, le type de questions auxquelles je dois répondre. Des interviews comme celle-ci où on parle de musique, on en a trois par an. Moi, je m’en régale mais c’est rarissime. Mais bon, j’essaie de ne pas me morfondre sur l’époque et de garder de l’espoir.

Pierre de Maere

Marcin Kempski

Dans Quasiment parfait, vous évoquez l’obsession de plaire. C’est assez présent chez vous ou cela l’a toujours été ?

Oui, les artistes sont des grands menteurs, des “people pleasers”, nés pour plaire. Ce n’est que séduction. Séduire le public, la presse. Se raconter de la plus belle des façons ou de la plus moche mais c’est calculé quand même. Dans cette chanson, je suis très content de la thématique abordée et du texte. En gros, je m’adresse à Clara Luciani dans ce morceau, en duo. J’évoque une période où très jeune, je tombe amoureux d’un mec très classique et pour lui plaire, j’ai adopté le mimétisme. Et en fait, quelqu’un qui essaie de te ressembler, ce n’est pas du tout séduisant. Dans une autre chanson, J’aurais fini par te plaire, on parle de ça aussi. Dans Mon amour fuck, cela parle du désir et de plaire sexuellement. Et de trouver sa place dans la société avec son corps.

Aujourd’hui, vous avez rencontré la bonne personne ?

Absolument. Jack, qui est Anglais et Allemand. Il est directeur artistique. Je lui déclare mon amour dans le dernier titre de l’album.

La pochette de l’album me fait un peu penser à cette photo iconique d’Yves Saint Laurent, nu sur des coussins. Vous apparaissez nu sur une chaise.

Oui, ou à la pochette de Melody Nelson, de Gainsbourg. L’envie était de donner quelque chose de palpable, avec une texture. Je voulais qu’on puisse situer mon corps dans l’espace- temps.

Dans I don’t wanna sleep tonight, il y a quelque chose de Michael Jackson.

Oui, dans le placement de la voix. J’ai fait cette production il y a deux ans. Cette chanson est un peu un ovni sur ce disque. Quand j’en ai marre de faire des chansons en français, je prends un pseudo, Rocky Marmotte, et je fais des chansons en anglais. C’est disco et ça groove à fond. Je me suis isolé en Bretagne et j’ai écrit ce morceau. Je trouvais intéressant d’évoquer la pudeur des premières fois intimes. On en parle peu dans les chansons. Et donc, la production est sensuelle.

Une chanson s’appelle La grande vie. Qu’avez-vous appris de la grande vie ?

Avec Eva, qui chante avec moi sur ce morceau, on a abordé ce sujet. Pour moi, cela peut être une belle suite d’hôtel, du champagne et des copains. Pour elle, ce sont les cercles parisiens, les soirées mondaines, les galas, des endroits dans lesquels on se perd facilement. Elle en a peur et elle a raison. J’ai rencontré beaucoup de copains dans ces soirées-là, il y a cinq ans. Et eux n’ont pas eu l’intelligence de se retirer pour créer. Moi, je ne crée rien à Paris. Je crée à Bruxelles, en Bretagne ou ailleurs. Ce truc parisien, c’est un véritable piège. Et donc, plus le temps passe, plus je pense que la plus belle chose, c’est la connexion humaine. Pour moi, chaque nouvelle amitié, c’est le plus beau des trésors. C’est hyper rare. Je dois avoir cinq amis.

On a pu découvrir une photo de vous dans les médias, embrassant votre amoureux, dans les tribunes de Roland Garros. Ce genre de publications, c’est nouveau dans votre vie.

Cela ne me fait pas rêver mais c’est Roland Garros donc, je sais ce que je fais. Je n’ai pas de mal avec ça. Si j’avais la notoriété d’Angèle ou de Stromae, j’en souffrirais peut-être. Moi, mon cœur est ravi de mon niveau de vie, aujourd’hui. La célébrité est la bonne. C’est-à-dire que je remplis mes salles de concerts, on a le budget pour faire un disque à hauteur de mes envies mais je ne souffre de rien. On me reconnaît dans la rue et c’est toujours très gentil. Mon équilibre est parfait mais je n’ai pas envie de vous dire que c’est assez. Parce que cela voudrait dire qu’on n’ira pas chercher plus loin. J’ai beaucoup de plaisir à savoir que des gens se retrouvent dans mes chansons. Et que vous ayez dansé sur Opinel, ça me fait très plaisir. J’ai envie que cent mille personnes dansent sur ce morceau.

Pierre de Maere, Ave de Maere, Cinq7/Wagram, sortie le 25 septembre. En concert les 1er et 2 décembre à l’AB.