Suivre son instinct, voici ce que Angèle a toujours fait. Et encore plus cette fois avec un troisième album très belge mais aux contours internationaux qui sort ce 16 octobre. La reine de la pop made in Belgium se confie dans cet entretien exceptionnel.
Peu de journalistes connaissent Angèle depuis aussi longtemps que moi. La première fois qu’elle m’est apparue, elle se trouvait dans son landau. Et sa maman, Laurence Bibot, comédienne et humoriste, appelait « Roméo, Roméo », pour un gamin qui courait devant et qui deviendrait Roméo Elvis, le frère aîné d’Angèle. C’est donc, dès le berceau ou quasi que j’ai découvert l’existence de celle qui deviendrait la reine de la pop belge et bien plus que ça puisqu’elle a repoussé les frontières, au moins culturelles, jusqu’à la France, en intéressant aussi bien d’autres pays. Pas forcément francophones ou, pour inventer un mot, « belgophones ». Et depuis le décollage, la carrière d’Angèle Van Laeken n’a pas atteint sa « final destination ». Aujourd’hui, dans ses bureaux bruxellois, elle me reçoit pour une longue interview. Le nouvel enjeu s’appelle Instinct, son troisième album éminemment électro, avec des guests de marque. Son instinct, elle pourrait le mettre dans un flacon et l’offrir en fragrance. Toujours ou de plus en plus belle, l’artiste, qui est aussi complètement maîtresse de ses projets, est ultra détendue. Elle commande un sandwich à l’américain, parce que l’heure de midi est déjà passée et qu’elle n’a pas encore mangé. Et nous voici, prêtes pour une longue conversation autour de ce troisième album, Instinct, celui d’une jeune femme qui fêtera ses trente et un ans le 3 décembre prochain. Et a bien l’intention de distribuer de la joie autour d’elle à une époque pas si évidente que ça. C’est tout un art en fait. Angèle, au-delà de l’image, en a le talent et la persévérance. Comme quoi, on ne sait jamais ce que deviendront les bébés qu’on voit dans leur landau.
Cet album marque celui d’une nouvelle ère. Le voyez-vous comme un virage à 180° ? Est-ce le fruit d’une longue analyse ?
C’est le fruit d’une évolution très personnelle d’abord. Cet album me ressemble comme Brol pouvait me ressembler mais avec dix ans d’écart entre les deux. Cela explique ce changement dont vous parlez.
Mais une évolution sur les deux, trois dernières années ?
Je n’ai pas sorti de musique depuis 2022. Au final, c’est quand même quatre ans sans faire de musique mais avec quelques apparitions et moments forts. Cet album arrive à un moment où, évidemment, j’ai beaucoup réfléchi à la façon de faire, cherché techniquement comment je pourrais avoir tel son, vers qui me tourner pour créer tel ou tel son d’où les collaborations qui sont sur cet album. Mais c’est aussi le fruit de m’être écoutée, d’avoir fait la musique pour ce que je voulais qu’elle soit. J’avais envie que le curseur soit poussé au maximum qu’il s’agisse de dance ou de ballade.
Radical ?
Oui, effectivement, c’est peut-être plus radical.

Grant James Thomas
C’est la première fois que vous faites autant de titres en anglais ou en français et en anglais, et aussi qu’il se trouve autant de featurings.
Oui, mais ce sont des featurings plutôt liés à la production et cela explique les trois phases qui ont marqué cet album. La première, celle de la recherche très libre. J’étais très souvent à la maison, à Bruxelles, sans personne. J’ai passé des journées seule, avec mon chien, à me faire des tisanes, à écrire, composer et produire. Pendant cette phase-là, j’ai envoyé mes chansons à Tristan Salvati, qui est mon fidèle coproducteur depuis les débuts de Brol, mais on s’est décidé à ne pas entrer en studio tout de suite. Durant un an, il était un peu comme un coach ou un entraîneur. Pendant cette phase-là, j’ai écrit « Trop », « Dis-le », « Une seule vie », « Je compte », « New York City Blues ». Et aussi plein d’autres chansons qui n’ont pas vu le jour parce qu’elles n’ont pas survécu à l’épreuve du temps. La deuxième phase, c’est quand j’ai décidé d’impliquer Tristan et on est entré en studio à Bruxelles, à New York, dans le sud de la France et ailleurs. La troisième phase, c’est lorsque je me suis dit que j’avais l’album mais qu’il y avait des passages qui devaient être poussés mais que moi, j’étais limitée dans ce que je pouvais faire moi-même. Et c’est là que j’ai fait appel à Justice, à Soulwax, SebastiAn et d’autres. C’était donc une phase d’ouverture et c’est là, pour moi, le vrai changement. Cet album s’est fait différemment des autres parce que j’étais capable d’assumer tout jusqu’aux mixes sans devoir m’excuser. J’avais une réelle confiance.
D’ailleurs, le dernier morceau de l’album, vous l’avez mixé vous-même.
C’est quelque chose que je n’aurais pas osé faire avant. En même temps, j’ai aussi travaillé avec d’autres producteurs ce que je n’avais jamais fait non plus. C’est en ça que cet album est ultra complet pour moi. Parce qu’il explore jusqu’au bout. Et les voix ont été enregistrées, pas dans un studio avec les portes bien fermées, mais avec un micro qui percevait des petits bruits autour que je tenais à garder. Cela fait partie de la façon instinctive dont j’ai fait cet album.
D’où aussi le titre « Instinct ».
Un titre qui était aussi la boussole de cet album. Comme mon phare dans la nuit. En fait, si je me pose trop de questions, que je ne sais plus ce que je fais dans la vie, eh bien, je me réfère à mon instinct. Ce n’est pas toujours explicable, cela peut se cacher un peu derrière la peur mais je pense que c’est la première étape pour trouver les réponses.
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« Suivre son instinct », « On n’a qu’une seule vie », ce sont un peu vos mantras ?
Oui, des mantras. Après, je dis « On n’a peut-être qu’une seule vie », on en a peut-être d’autres mais celle que l’on vit, on ne la vivra qu’une seule fois. Ce sont des chansons qui parlent de vulnérabilité, de doute et qui sont comme des journaux intimes. Mais ce sont aussi des invitations à danser et à s’amuser. Moi, j’ai été voir des concerts qui m’ont servi d’exutoire. Il y a des instants de grâce quand je vais voir des artistes, je me sens tellement chanceuse d’être là. Je trouve que c’est une chance de pouvoir faire la fête, peu importe le contexte. La fête, la joie, la danse, le lâcher prise, la transe, c’est tellement une chance. Et c’était ça aussi « Instinct ».
Est-ce lorsque vous êtes allée à Glastonbury que vous avez pensé à ça ?
Cela a toujours été en moi. La fête, je la vis généralement dans la joie.

Kenza Le Bas
Vous avez séjourné longtemps à New York et un peu à Los Angeles. Aujourd’hui, vous sentez-vous plus New-yorkaise que Bruxelloise ?
Je ne me suis jamais sentie aussi Bruxelloise que depuis que je passe du temps à New-York. New-York a toujours été un lieu de rêve pour moi. Une partie de ma famille y vit et j’y ai créé des connexions assez tôt. Quand j’avais dix-huit ans, je suis partie deux mois toute seule avant de démarrer mes études. Et puis, j’ai réalisé le privilège que c’était de vivre en Belgique. Mais New-York est un lieu de création, de joie, plus que Los Angeles ou d’autres villes où j’étais pour faire des sessions de travail ou me nourrir musicalement. Mais sur ces quatre dernières années, c’est surtout à Bruxelles que j’étais. Et j’ai réalisé que ma belgitude me permettait une telle « décomplexion ». Pour en revenir avec ce que vous disiez à propos des paroles, quand j’écrivais, sur « Brol », « Tout le monde, il veut seulement la thune » ou « C’est des matins comme ça qui me font pleurer », je savais que ce n’était pas parfaitement français mais en étant belge, la langue française, on la manie tellement à notre façon, on ne la sacralise même pas. Parce que, pour le même prix, à Bruxelles, une partie des gens parle flamand. Du coup, si je fais une faute de français dans une chanson, je le fais consciemment parce que je trouve que c’est ça qui donne le ton. C’est un peu pareil que l’anglais. Si cela me vient naturellement, et bien, du coup, je l’écris comme ça.
Angèle, « Instinct », Sony Music, sortie le 16 octobre. En concert les 20 et 21 mars 2027 à l’ING Arena, à Bruxelles. L’intégralité de cette interview paraîtra dans notre numéro de décembre.
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