Sommaire
Glenn Martens prend les rênes de Maison Margiela. Après le départ de John Galliano, l’enfant terrible de la mode belge s’apprête à écrire un nouveau chapitre pour l’une des maisons les plus iconiques de Paris.
Des mois de rumeurs ont finalement été dissipés le 30 janvier 2025 lorsque le conglomérat italien OTB Group a confirmé que Glenn Martens prenait la tête de la création chez Maison Margiela.
Le président du groupe, Renzo Rosso – fondateur de la marque de denim Diesel, que Glenn Martens dirige depuis 2020 – avait alors partagé sur Instagram : « Bienvenue @glennmartens dans l’univers incroyable de @maisonmargiela, la maison de couture la plus avant-gardiste au monde. À toi désormais d’écrire le prochain chapitre – un honneur et une responsabilité, avec une équipe formidable à tes côtés. Fais-nous rêver. »
Glenn Martens conservera ses fonctions chez Diesel, cumulant désormais deux directions artistiques.
Voir cette publication sur Instagram
John Galliano, le créateur légendaire qui a marqué Maison Margiela pendant dix ans, avait secoué l’industrie en annonçant son départ en décembre dernier. Quelques mois plus tôt, en septembre, Martens quittait la direction de Y/Project – qu’il menait de front avec Diesel –, alimentant les spéculations depuis.
Le jeu des chaises musicales des directeurs artistiques est difficile à suivre, mais celui-ci suscite un véritable enthousiasme. Alors, qui est Glenn Martens et pourquoi son arrivée chez Margiela semble-t-elle si prometteuse ?
Le parcours de Glenn Martens
Âgé de 41 ans, le créateur est originaire de Bruges. Comme Martin Margiela, fondateur de la maison devenue culte, il est diplômé de la prestigieuse Académie royale des beaux-arts d’Anvers : Margiela en 1979, Martens en 2008. Tous deux ont ensuite mis le cap sur Paris pour collaborer avec Jean Paul Gaultier : Margiela en 1984, Martens en 2008.
Chez Gaultier, Martens a été nommé designer junior pour la pré-collection femme et la ligne masculine G2. En 2012, il a lancé sa propre marque éponyme, présentée à la Fashion Week de Paris, qu’il a tenue pendant trois saisons.
Il a également travaillé comme premier assistant de Yohan Serfaty, fondateur et directeur artistique de Y/Project. Après le décès de Serfaty en avril 2013, son associé Gilles Elalouf a convaincu Martens de reprendre les rênes de la maison.
En quelques saisons, Y/Project est passé de label pointu à marque culte, plébiscitée par les millennials et les célébrités. Son esthétique mêlant grunge, humour et audace a fait de ses défilés des moments immanquables de la Fashion Week parisienne.
C’est ce qui a attiré l’œil de Renzo Rosso, qui l’a nommé directeur artistique de Diesel en octobre 2020.
Martens a longtemps mené de front ses responsabilités chez Diesel et Y/Project avant de quitter ce dernier en septembre dernier. Début septembre, la marque a annoncé sa fermeture, faute de repreneur.
Ses moments mode les plus marquants
Chez Y/Project, Martens a réussi à en faire l’une des marques les plus « hype » du marché. Collaborations avec Fila et Ugg, looks portés par Charli XCX et Rihanna : il a su capter l’énergie de la Gen Z et élargir l’audience du label.
Chez Diesel, même constat : avant son arrivée, la marque semblait dépassée. Martens a insufflé une nouvelle énergie, créant des accessoires viraux comme le sac 1DR et réinventant l’offre femme. Ses défilés à Milan se démarquent par leur format audacieux – rave party en plein air avec entrées gratuites pour les étudiants ou invitations sous forme de plugs brandés – et captivent autant le public que les réseaux sociaux.
En 2022, il est devenu le deuxième créateur invité de Jean Paul Gaultier. Sa réinterprétation des célèbres trompe-l’œil « naked » a fait sensation et s’est prolongée par une collaboration prêt-à-porter pour Y/Project quelques mois plus tard. Sa vision a été depuis largement imitée dans la fast-fashion.
L’imprimé a même brillé sur Kylie Minogue au Met Gala 2024, dans une version Diesel incrustée de Swarovski.
À quoi peut-on s’attendre ?
Si le talent de Martens ne fait aucun doute, succéder à Galliano est un défi de taille : son dernier défilé couture restera dans l’histoire de la mode.
Mais l’audace et la vision singulière de Martens, alliées à une vraie capacité à créer des produits désirables et rentables, sont au cœur de l’ADN de Margiela. En plus de partager une formation et un parcours proche de celui de Martin Margiela, il incarne ce même goût pour l’expérimentation et l’esthétique déconstruite qui ont fait la réputation de la maison.
La première collection de Margiela en 1989 avait bouleversé les codes : manches arrachées, ourlets effilochés, matériaux inattendus comme les sacs en plastique. Le tout présenté dans une cour d’école désaffectée à la périphérie de Paris, avec les enfants du quartier invités en front row. Difficile d’imaginer un geste plus « Martens-compatible ».
Margiela, fidèle à son mystère, refusait les interviews, les photos et même les saluts de fin de défilé – un rituel repris par Galliano. Il voulait que l’attention reste sur ses créations, pas sur lui.
Si cette discrétion a pu séduire Galliano (Rosso avait pris le risque de l’embaucher en 2014 après son renvoi de Dior), il est peu probable que Martens reste dans l’ombre. Son public est jeune, connecté et avide de spectacle. Ce changement n’est pas nécessairement négatif : chaque nouveau directeur artistique marque le début d’une nouvelle ère. Reste à voir quelle empreinte Martens laissera sur Margiela.
Cet article a initialement été publié par Marie Claire UK.
Si le sujet vous intéresse, lisez aussi : Les 11 shows à garder à l’œil cette Fashion Week, Pourquoi Amelia Gray est sur tous les radars ? ou encore Duran Lantink est nommé directeur artistique de Jean Paul Gaultier