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Madrilène de naissance, Parisienne d’adoption, cette jeune créatrice puise dans ses racines espagnoles pour imaginer des pièces aussi ingénieuses qu’élégantes, pensées pour accompagner les femmes du bureau jusqu’à l’afterwork. Rencontre autour d’un café.
Elle est madrilène, parle avec les mains, et dégage cette aura solaire impossible à ignorer. Installée à Paris depuis ses 19 ans – arrivée avec une bourse et quelques mots de français –, Esperanza Terán Conde a construit en quelques années l’une des petites maisons les plus confidentielles et les plus désirables de la capitale. Sa marque s’appelle Terancondé, clin d’oeil à son nom de famille. Dans son atelier parisien du 9ᵉ arrondissement, elle donne vie à des pièces versatiles, ingénieuses et pleines de caractère, pensées avec la précision de celles qui savent instinctivement comment un vêtement doit tomber, bouger et accompagner un corps. De son parcours dans la mode à son regard sur le vêtement, nous avons échangé autour de ce qui façonne aujourd’hui sa signature.
De Madrid à Paris
Tout commence à Madrid, dans une famille qui comprend vite que la mode ne restera pas un hobby. À 18 ans, Esperanza intègre Mode Art International, une école française implantée à Madrid, et choisit les options stylisme et modélisme. Ses stages dessinent déjà une trajectoire : Chanel à Madrid, puis Alberta Ferretti, Moschino et Givenchy à Paris. C’est de là que tout bascule.
« Une des filles qui travaillait là-bas m’appelle un jour et me dit : on a besoin d’une styliste qui parle parfaitement espagnol, ici à Paris, pour un projet. J’avais 21 ans et j’ai dit : let’s go. Je ne savais pas ce qu’on allait faire, mais j’étais prête. »
À l’issue de la mission, le client lui demande d’envoyer une facture. Elle qui pensait simplement rendre service se retrouve freelance sans l’avoir vraiment décidé. Elle se lance alors comme styliste indépendante et, en parallèle, confectionne à la maison des robes sur mesure pour des événements, des amies, des clientes qui murmurent son nom à d’autres.
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Mars 2020, le confinement. Plus de clients, plus de missions, plus de contact. Elle quitte Paris pour Fontainebleau avec sa machine à coudre, quelques tissus et une paire de ciseaux. Loin du tumulte de la capitale, elle profite de ce temps suspendu pour suivre un cours d’économie circulaire de la mode, réfléchir, expérimenter. Et comprend qu’il y a quelque chose à faire, quelque chose qui lui ressemble vraiment.
Terancondé naît de ce repos forcé. Et surtout de l’envie d’apporter une réponse à une question précise : comment habiller une femme du matin au soir, sans qu’elle ait besoin de se changer ?
« L’idée, c’est de proposer des pièces confortables, très belles, chics et élégantes pour une femme qui passe d’une réunion à un apéro, un dîner… » résume la créatrice.
Des pièces pensées pour accompagner les femmes
Ce qui distingue Terancondé, c’est d’abord une conviction technique. Modéliste de formation, elle pense les vêtements de l’intérieur, ne laissant rien au hasard : la coupe, les volumes et le tombé sont minutieusement travaillés pour révéler la silhouette. Elle part d’un constat simple : une femme ne vit jamais une seule journée.
Consciente de cette dualité, Esperanza imagine des vêtements en mouvement, capables de s’adapter aux différents rôles qu’elles endossent. Ses pièces se transforment : une blouse, à l’image de son modèle signature Azulena (çi-dessous), se porte col fermé au bureau et devient épaule dénudée pour le soir ; une lavallière sur une chemise immaculée se métamorphose en ceinture, une veste se retourne pour révéler un nouvel imprimé…
Certains hauts jouent même avec la notion de dévoilé-caché : grâce à une bande de tissu amovible, le décolleté se dévoile ou se couvre selon l’envie. Des pièces pensées pour évoluer avec celles qui les portent, passant du cadre professionnel à l’allure du soir par un simple geste. Ingénieux et furieusement actuel.
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Sa référence absolue ? Cristóbal Balenciaga, évidemment. « C’est le maître de la mode. Il n’y en a pas d’autre. Quelqu’un d’une élégance absolue, très discret, qui a travaillé de manière très intellectuelle. La façon dont il mettait en valeur la femme et ses volumes, c’est exceptionnel. » Elle s’en inspire pour travailler les épaules, la nuque, les tombés. Comme le couturier espagnol, la jeune Madrilène estime que ce sont les vêtements qui doivent s’adaptent aux femmes, jamais l’inverse. « La coupe change la silhouette. Ce n’est pas la femme qui doit maigrir, c’est la pièce qui doit bien tomber sur elle. »
Terancondé est une marque à tirage limité. Les tissus viennent des dead stocks de grandes maisons ou du marché Saint-Pierre, institution dans l’univers du textile. « Quand une marque commence, on ne peut pas acheter 1 000 mètres de tissu. Donc j’ai travaillé l’exclusivité. Mes clientes savent qu’il existe peut-être vingt pièces pareilles. »
Installée dans son atelier de la rue Rodier, au cœur du 9ᵉ arrondissement parisien, la fabrication se fait pièce par pièce, avec l’aide de couturières indépendantes lors des périodes plus intenses. Certaines créations peuvent également être adaptées aux envies de chaque cliente, qu’il s’agisse de la taille, de la matière ou de certains détails, pour donner naissance à une pièce véritablement personnelle.
Une dualité entre héritage espagnol et allure parisienne
Une jupe inspirée des robes de flamenca, des manches ballon qui insufflent de l’ampleur à une chemise blanche classique, des volants qui redessinent les hanches, une veste aux épaulettes qui évoquent les toreros autant qu’un certain esprit napoléonien…
Il y a chez Terancondé quelque chose qui échappe aux catégories habituelles. Ni tout à fait parisienne dans sa sobriété, ni franchement espagnole dans son exubérance. « La Parisienne est très chic, mais subtile. La femme espagnole aime se sentir coquette, très féminine, elle va attirer l’œil, avec de la couleur, ou une forme plus extravagante. Moi, j’essaie de mélanger les deux. » Et il faut dire que le mélange est parfaitement réussi.
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