Une plongée dans les rêves d’enfance de Matthieu Blazy, peuplés de sirènes et autres personnages féeriques tout juste surgis de l’océan : c’est une des clés de lecture de ce flamboyant premier défilé Croisière signé du directeur artistique de Chanel, qui avait choisi comme décor le Casino Art déco de Biarritz, à deux pas de la Grande Plage.
“J’adore les sirènes !”, confesse-t-il sans peine pour donner le ton de ce show subtil, qui s’ouvre sur une petite robe noire. Celle de Gabrielle Chanel a 100 ans, et il la nomme “la première revenge dress de l’histoire” car elle a permis à la couturière de “prendre sa revanche sur son statut social” et de gagner une forme d’aristocratie, frayant avec princes et artistes. “Mais en plongeant dans les archives, j’ai réalisé que cette fameuse ‘petite robe noire’ qu’on a toujours présentée comme minimale, était en fait dotée d’un nœud dans le dos. Je suis devenu obsédé par les nœuds.”
Tout est dit du génie Blazy, qui fait s’affoler les chiffres de vente depuis son premier défilé en octobre dernier : une maîtrise respectueuse mais pas compassée des codes Chanel, et une capacité à y insuffler ses propres passions et fantaisies.
Il joue avec le fameux logo au double C, pointant que Gabrielle elle-même fut parmi les premières à le poser sur les vêtements, à en faire un artifice architectural. Il poursuit sa quête du mouvement absolument libre – aucune mannequin n’est entravée, les démarches sont fluides, les talons confortables, les matières innovantes.
Espiègleries et piments d’Espelette
Les collections Croisière sont par définition une célébration du grand air, de la mer, du plaisir du voyage. Il y ajoute cette espièglerie repérée depuis longtemps chez lui. Les détails ravissants se multiplient : poissons posés sur une robe, piment d’Espelette couleur locale, mini-ballerines de poupon sur le sac rose bubblegum de Kaya Wilkins, une mannequin enceinte de 6 mois, splendide. L’humour de Blazy, et sa grande intelligence, se dessinent aussi dans ces quelques silhouettes tissées façon papier journal. Écho à la phrase de Gabrielle Chanel : “J’aime lire les journaux; comme les hommes”, cite-t-il.
Mais encore, relecture Blazy, “une façon de rappeler qu’on est au bord de la mer et qu’on savoure un fish & chips tout juste emballé dans du papier journal”. Voilà pourquoi sa mode touche autant. Pourquoi on peut avoir envie de se l’approprier – et à défaut, de s’en inspirer. Il touche en multipliant la joliesse de gestes vrais : une mannequin marche pieds nus, chaussures à la main, après un bain de mer. Le défilé donne d’ailleurs l’impression que les mannequins vont s’offrir un plongeon au bout du podium, directement dans l’océan.
Juste à côté du casino, la boutique Chanel vient d’être rénovée. Non loin de là aussi, on repère la Villa Larralde, où Gabrielle Chanel a installé sa toute première maison de couture à l’été 1915, captant vite la bonne société internationale amatrice de ce lieu de villégiature. La maison vient d’acquérir cette villa et y ouvre une boutique éphémère. “Nous souhaitons préserver le site qui a vu Gabrielle Chanel évoluer, et contribuer au patrimoine architectural de la ville”, appuie Bruno Pavlovsky, président des activités mode de Chanel.
Au premier rang de cette toute première Croisière, les ambassadrices maison, Marion Cotillard, Anamaria Vartolomei ou Nicole Kidman. Et la mère de Matthieu Blazy. Lui-même confiait encore : “Nous allions au Pays basque tous les ans [quand j’étais enfant, ndlr], mon père est Pyrénéen, et c’était pour moi un grand moment de liberté.” Il a offert aujourd’hui un grand moment de mode, retransmis le soir même à la Gare du Midi à Biarritz pour 1 300 chanceux tirés au sort.
Cet article a initialement été publié par Marie Claire France.
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