Revisiter le passé pour mieux l’honorer, déconstruire les icônes pour les réinventer. Jonathan Anderson fait entrer Dior dans une nouvelle ère.

« Mes robes sont des chimères, mais des chimères apprivoisées qui sont passées du royaume des rêves jusqu’à celui des objets usuels destinés à être portés » écrivait Christian Dior dans ses mémoires.(1) Depuis sa fondation en 1947, la maison de l’avenue Montaigne incarne une vision sublimée de la féminité, à laquelle les successeurs de Christian Dior – d’Yves Saint Laurent à Maria Grazia Chiuri, en passant par John Galliano et Gianfranco Ferré – sont restés fidèles tout en la réinterprétant chacun à leur façon. Incarner le rêve, le rendre tangible et poétique à la fois, conjuguer héritage et modernité, telle est aujourd’hui la mission qui incombe au créateur nord-irlandais Jonathan Anderson, esprit créatif audacieux qui, en une décennie, a hissé la griffe espagnole Loewe au sommet de la
désirabilité et de l’influence dans le luxe contemporain.

Le designer de 41 ans considéré par LVMH comme l’un des plus talentueux de sa génération a été nommé en juin 2025 directeur artistique de l’ensemble des lignes Dior, comprenant les collections femme, homme, couture et accessoires. Soit dix collections par an. Un rôle vertigineux, et une première depuis Christian Dior lui-même. Autant dire que tous les regards étaient braqués sur lui lors de la Fashion Week parisienne.

Son premier exercice ? Après une entrée en matière masculine en juin dernier, Jonathan Anderson a présenté sa vision du prêt-à-porter féminin le 1er octobre 2025. Entre respect du patrimoine et désir de réinvention, le créateur a esquissé une nouvelle grammaire Dior, où la mémoire de la maison dialogue avec un regard résolument tourné vers l’avenir.

La boîte à souvenirs

Au premier rang, Anya Taylor-Joy, Natalie Portman et Jennifer Lawrence prennent place aux côtés des nouvelles muses de l’ère Anderson : les actrices Mickey Madison, Greta Lee et Ever Anderson. Composé de 74 silhouettes, le défilé s’est ouvert sur une vidéo, projetée sur une pyramide inversée recouverte d’écrans, dont la pointe semblait sortir d’une boîte à chaussures gris perle entrouverte.

Une scénographie pensée par le réalisateur italien Luca Guadagnino et son complice le décorateur Stefano Baisi, que Jonathan Anderson a accompagnés en signant les costumes de Challengers et Queer. À l’intérieur de cette boîte ? Des images d’archives Dior de tous ses prédécesseurs, les petites mains à l’ouvrage dans les ateliers, les mannequins en noir et blanc, des extraits de dé lés historiques… Autant de fragments convoqués comme des souvenirs que l’on exhume pour mieux les réactiver. Une manière, selon la note d’intention du créateur, de « mettre l’héritage dans une boîte, non pour l’effacer, mais pour mieux le conserver », et ainsi le projeter vers l’avenir, en revenant de temps en temps sur ces traces fondatrices.

L’allure Dior réinventée

En ouverture du show, une robe bustier immaculée surmontée de deux imposants nœuds, dont le tissu donne l’impression d’avoir été twisté à même le corps. Une silhouette sculpturale qui impose d’emblée la signature de Jonathan Anderson. Ici et là, la veste Bar, pièce mythique du New Look de Christian Dior, est revisitée dans des proportions nouvelles : raccourcie, agrémentée de découpes, rééquilibrée en volumes inédits. Elle se reformule sous nos yeux, comme si le créateur jouait à déconstruire l’icône pour mieux la réinventer pour notre époque.

Des mini-jupes en denim ponctuent la collection, contrastant avec des manteaux structurés aux épaules affirmées, des chemisiers à col lavallière exagérés et de longues capes vaporeuses. Tout au long de la collection, Jonathan Anderson joue avec les volumes. Des robes drapées aux dimensions amplifées, des culottes ballon gonflées à bloc, des robes esprit crinoline revisitées… Si les silhouettes flirtent avec l’extravagance, la palette reste sage : gris doux, blanc poudré, aigue-marine et noir profond cohabitent avec des touches de denim, de rose pastel et de kaki. Les nœuds, code éternel de Dior, surgissent partout. Ils explosent à l’arrière d’une naked dress en dentelle, s’immiscent dans les drapés, et s’invitent jusque sur les accessoires.

On les retrouve ainsi sur les sandales Dior Bow et sur le nouveau sac Dior Cigale. Un modèle inspiré par les lignes architecturales de la robe éponyme créée par Christian Dior en 1952. « Ma robe préférée dans toute l’histoire de la mode », confie Anderson. La boucle est bouclée.

(1) Christian Dior et moi, 1956.

 

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