S’il vous sort cette phrase, enfuyez-vous en courant

menteur marie claire

Tout avait bien commencé pourtant… Un match sur Tinder, un vrai, pas de ceux que l’on fait à 23 heures, un verre à la main, lors d’un moment creux d’une soirée entre potes, parce que votre BFF vient de présenter Monsieur-Son-Nouvel-Amoureux et qu’on a juste envie de se trancher les veines avec l’ouvre-bouteilles. Non, un match où l’on avait pris la peine de cliquer sur le profil et de regarder plus loin que la photo d’annonce. Il est poli, écrit sans faute, ne demande pas de photo dénudée au bout de trois phrases, ce qui lui vaut l’étiquette de « a du potentiel ». 

Et voilà venu ce moment de la conversation où l’on se présente et qu’on parle de ses qualités (mais avec modestie) et de ses défauts (enfin, ceux que votre ex-de-mauvaise-foi vous reprochaient et dont la véracité n’est du coup pas vraiment fondée). Et c’est là qu’il lance l’énormité qui va nous faire fuir plus vite que Gwyneth Paltrow devant un pot de Nutella… « Moi je suis franc ».

Parce que voilà, quand on compile les personnes qui ont déjà balancé cette phrase-là dans votre entourage et celui de vos amis, le palmarès n’est pas très glorieux. Il y a, pêle-mêle:

  • Le cancre de la classe, qui à 20 ans traînait encore en rhéto et qui demande pour s’asseoir à côté de vous lors de l’attribution des places. Non, ce n’est pas parce qu’il vous trouve sympathique ou s’est soudainement fait greffer un coeur en décidant d’arrêter de vous chambrer en permanence. C’est parce que c’est plus facile pour copier les bonnes réponses lors des interros.
  • La collègue de 30 ans lors de votre premier job, qui se rêve calife à la place du calife, mais sans devoir travailler, de préférence. A moins que passer sa vie au téléphone pour tartiner les gens de compliments et les insulter quand elle raccroche soit un job à part entière. Elle avait énoncé la franchise comme sa plus grande qualité « d’ailleurs ça me porte parfois préjudice » et vous vous étiez demandé si vous aviez lu le même Larousse.
  • Le boss qui lance sa start-up et vient vous débaucher à grand renforts de contrat mirobolant mais qui n’a jamais pu vous payer à temps et vole votre carnet d’adresses pour passer son temps à lancer un autre projet avant que le premier ne fasse faillite.
  • L’amoureux qui débarque sur son cheval blanc en promettant mariage et enfants, vous fait donner votre renom pour que vous emménagiez chez lui, là, maintenant, tout de suite, mais vous plantera avec vos caisses, parce qu’il a deux réunions à organiser pour le boulot et que ça le stresse trop. Non, vous n’aurez pas droit à aucune autre explication.

Tout cela pour dire qu’en psychologie, il y a une règle de base: si on possède une certaine qualité, les gens s’en rendent compte par eux-mêmes. Ceux qui ressentent le besoin de s’auto-définir le font généralement parce qu’il savent très bien qu’autrement, on ne leur attribuerait jamais cette qualité-là… De toute façon, qui peut prétendre, en toute honnêteté, savoir exactement qui il est et comment il réagirait dans n’importe quelle circonstance? Il y a bien trop de facteurs inconnus. Sans compter qu’on change avec les années et que rares sont les personnes qui placent une valeur (de franchise, de tolérance, de courage, peu importe) au dessus de tout au point de ne jamais faillir.

En somme, les « Je suis franc », ou gentil, ou honnête, ou attentionné ou autres « Je n’ai rien à cacher » valent la même chose qu’un « je suis perfectionniste » en entretien d’embauche: c’est là pour convaincre l’autre. Si il est vraiment franc, ne vous inquiétez pas, vous vous en rendrez vite compte sans qu’il ait besoin d’en faire une dissertation.

Par contre, s’il annonce « Je ne suis pas quelqu’un de bien », là, il vaut mieux le croire sur parole.

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