J’ai décidé de m’aimer

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Instagram et ses fitgirls, snapchat et ses filtres qui nous affinent la face, Facebook et son concours de selfies retouchés, on s’y perd un peu finalement, dans la course à l’image. On finit par s’habituer à des physiques irréels totalement lissés, perfectionnés, déshumanisés. Et finalement, le matin, devant le miroir, avec notre vrai nous aux cheveux moins coiffés, notre peau moins dématérialisée, nos yeux moins agrandis, notre visage moins affiné, on finit par se trouver moche. Alors que cette moche que l’on voit dans le miroir, c’est elle, la vraie nous.
La vraie nous que notre mari aime, que nos amies appellent en cas de pépin.

La vraie nous qui a porté des enfants ou qui n’y arrive pas et mène une lutte pour y parvenir.

La vraie nous qui ne veut pas d’enfant parce que c’est son choix.

La vraie nous qui a survécu à des maladies.

La vraie nous qui a traversé des épreuves, des parents qui divorcent, un divorce soi-même, la perte d’êtres chers, des peines de la vie finalement.

La vraie nous qui a combattu pour ses idées.

La vraie nous qui se lève chaque matin pour aller faire ce qu’elle a à faire du mieux qu’elle le peut.

La vraie nous qui soutient sa team, sa bande, son clan.

La vraie nous qu’on peut décrocher à tout heure pour une fête ou un restaurant.

La vraie nous qui en a dans la tête parce qu’elle a tout fait pour.

La vraie nous qui passe parfois des nuits à s’inquiéter pour l’avenir.

La vraie nous qui a des projets et la force de les porter.

La vraie nous qui doute pour un rien mais continue quand même.
Les gens qui nous aiment ne nous aiment de toute évidence pas pour cette image virtuelle diffusée à foison aujourd’hui. C’est nous qui oublions qui nous sommes en réalité. C’est nous qui oublions que rien ni personne ne nous oblige à ressembler à ces modèles virtuels imposés par une société de consommation qui a tout intérêt à nous voir mal dans notre peau.

Alors certes, l’appel des sirènes est tonitruant en ces temps étranges où, en un rendez-vous chez le chirurgien, on peut changer de peau, mais qu’est-ce qui mérite qu’on se l’entaille et qu’on la forge comme un vulgaire matériau? Le corps d’une femme peut créer des miracles. Doit-il passer sous un bistouri pour être aimable?  Quiconque aurait besoin de tous ces efforts pour nous aimer ne mérite tout simplement pas un amour en retour.

Refusons de faire tous ces efforts pour apprendre à s’aimer.  Aimons-nous sans cela. Envers et contre toutes les nouvelles valeurs que l’on nous impose. Oui mais comment fait-on?

  1. On arrête de suivre des fitgirls dont c’est le métier sur Instagram. Et les itgirls dont la profession principale est de mettre en valeur des vêtements hors de prix, avec 18 filtres et 15 retouches.
  2. On se fait shooter par un pro qui aime vraiment les êtres humains.
  3. On ne monte plus sur la balance.
  4. On fait le sport qu’on aime et qui nous amuse, même si c’est la bronzette.
  5. On dessine des moustaches sur toutes les bombes improbables.
  6. On tape « star before photoshop » dans google et on respire.
  7. Quand on est devant le miroir, on regarde ce qu’on aime chez soi. Pas justement le petit bourrelet dont tout le monde se fout.
  8. On s’aboie à se trouver trois qualités physiques.
  9. On commence là, tout de suite, par le point 9.

Chrystelle Charlier

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