Interview: 11 questions à Marie Courroy, fondatrice de Modetrotter

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Marie Claire a rencontré Marie Courroy, cette entrepreneuse de 38 ans qui a lancé Modetrotter, sa marque de vêtements vendue en ligne aux quatre coins du globe.

Elle avait fondé, 8 ans auparavant, un site célèbre de vente en ligne de créateurs de mode sous le même nom. Hors-norme par sa façon de travailler, inspirante par son parcours et pétillante par son discours sans langue de bois, on vous propose un voyage express dans l’univers coloré de cette parisienne au caractère bien trempé !

Parlez-nous de vos débuts dans la mode.

J’ai toujours été dans la mode, plus par hasard que par choix ! Enfant, je rêvais de marketing mais je ne savais pas ce que ça voulait mais rien que le mot… je trouvais ça terriblement cool. J’ai fait un contrat d’apprentissage durant une année chez Vanessa Bruno et j’ai ensuite travaillé pour de petits créateurs. Et puis chez Bash, où j’adorais les gens mais je n’aimais pas du tout le travail de commercial que je faisais, je savais que ce n’était pas mon truc. Comme je savais que je n’étais pas très bonne, c’était intéressant justement d’apprendre à vendre, pour le jour où j’aurais mon propre projet. Des idées à profusion, et un jour m’est venue celle de Modetrotteur, un site de vente en ligne multi marques. Comme je travaillais sur les salons pour Bash, je voyais beaucoup d’acheteuses de mode du monde entier. Les italiennes, les américains ou les anglaises, on les distinguait par leur look et je trouvais qu’elles achetaient des choses complètement différentes les unes des autres. Il y avait un style par pays. C’est moins le cas aujourd’hui à l’image des voyages: on mange la même chose, on loge dans les mêmes hôtels partout.

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Mon idée répondait à un constat. Les sites de créateurs comme des Bazar parisiens, showroom.com, mon dressing & co, ce n’était que le même style de marques. Je le savais car je vendais Bash à ces sites. Non seulement je voyais que ça marchait mais aussi que leurs bons de commandes passaient de 1.000 euros la première année à 8.000 l’année suivante pour aller jusqu’à des montants indécents. Cela marchait du tonnerre et à la fois je ne me reconnaissais pas du tout dans le genre de marques qui étaient représentées. Comme je ne trouvais pas mon bonheur sur internet, il y avait surement d’autres filles comme moi qui ne le trouvaient pas. J’ai donc décidé que j’allais monter un site avec des marques que j’aimais et quand on vit à Dijon, qu’on a pas la chance d’avoir une boutique un peu sympa, on serait contente de pouvoir trouver du Rosana, du Opening Ceremony ou du ACNE sur un multi marque en ligne.

Entre la vente de créateurs et être créateur soi-même, il y a un monde. Pourquoi ? 

A l’époque, ces marques-là n’avaient pas encore leur e-shop, elles étaient vendues dans très peu de points de ventes. Une embellie pour moi car les filles qui voulaient trouver ces marques allaient forcément acheter chez moi. Ce qui s’est avéré être de moins en moins vrai car après 4 ou 5 ans, ces marques avaient toutes leur e-shop et de 3 points de ventes, elles sont passées à 150 ! C’est la vie normale d’une marque. Il fallait que je me renouvelle, et en faisant les salons et je n’ai pas eu de coup de foudre. Je trouvais que tout se ressemblait, tout était un peu ennuyeux. Et j’ai commencé à m’ennuyer tout en n’assumant pas à 100% ce que je vendais. Par exemple, une cliente achetait une chemise d’une marque que je représentais et elle me la renvoyait 15 jours après car tous les boutons avaient sauté. A part être désolée, je n’y pouvais rien. A part le dire au créateur, je ne pouvais rien y faire. Aujourd’hui, je suis contente de m’occuper des trucs cool et des trucs moins cool. C’est le jeu, mais au moins je l’assume. Et quand ça nous arrive, je suis vraiment ennuyée, j’essaye vraiment de trouver des solutions. Au moins, c’est mon vrai problème. Avant ce n’était pas vraiment mon problème mais avec des retombées de comme si c’était mon problème ! Je trouvais ça un peu injuste.

Vous êtes désormais maître absolu de votre marque et de votre distribution. 

Comme nous dépendions de créateurs, nous fonctionnions comme une boutique qui reçoit tous les 6 mois toute la marchandise de la saison, au même moment. Nous nous retrouvions avec les mêmes problèmes que des boutiques. En boutique comme sur un site, une fois que la cliente était passée 10 fois, c’était fini pour la saison. Ca s’étiole jusqu’aux soldes. Ma marque, je veux qu’elle vive, qu’il y ait des nouveautés sans arrêt pour qu’on ait vraiment envie de revenir sur le site. On a lancé Modetrotteur, la marque, en faisant 4 collections par an, comme les saisons. En plus, au sein de tout ça on fait beaucoup de collaborations. Tout est prétexte pour faire des happenings de petites capsules. Nous faisons beaucoup de jeux concours, plein de choses pour que les filles aient envie de revenir souvent. C’est le jeu du virtuel. Quand on nous oublie, il faut qu’elles nous désirent !

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Pop-up à Bruxelles ce samedi 26 mai de 10h à 18h chez Quatuor: chaussée de Waterloo 1232, 1180 Bruxelles. Plus d’infos sur www.modetrotter.com

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Quelle est votre vision de la mode actuellement ?

Je n’ai pas l’impression que Modetrotter est une marque de mode car nous ne suivons pas les tendances. On ne regarde pas les défilés, on ne s’inspire pas des créateurs.

Je n’y connais rien en mode ! Si on me parle de tel créateur qui a bougé de maison, qu’on me demande mon avis : sincèrement j’en ai aucun. Je ne sais pas.

Moi je ne viens clairement pas de la couture, encore moins de la haute couture et je n’ai pas la prétention d’en faire. Je fais juste une mode que j’ai envie de porter, que mes copines ont envie de porter. Et je me dis, si ça plait à mes copines et à moi, c’est que ça peut plaire d’autres filles. Donc j’ai envie que ce soit des choses portables. Aussi, qui nous ressemblent : hyper coloré, joyeux et pas prétentieux. Je n’ai pas peur de mettre de la paillette en pleine journée. On essaye de décomplexer les filles, qu’elles s’habillent comme elles en ont envie. Nous ne faisons pas les salons pour trouver les tissus donc je ne vois même pas les tendances de tissus. On crée à l’envie. Comme je ne suis pas styliste, j’ai dû trouver ma façon de fonctionner, j’ai débuté de cette manière et aujourd’hui je suis contente d’avoir fait ça.

Modetrotter

Chaque collection s’inspire d’une ville…

Oui, et ce sont les tissus qui inspirent la future collection. Nous avons 4 collections par an, elles-mêmes divisées par mois de lancement (donc par 3). Ce mois-ci, nous sommes à Shoreditch. Et cet été, nous allons sur la Riviera, ce sera du plein été, du plein soleil. J’adore ça.

Porter du noir vous déprime…

Sur les autres aussi. Je trouve le noir très élégant, très chic. Je trouve ça très beau sur les autres, mais moi je mets du noir que quand je suis vraiment au bout du rouleau ou que je ne sais plus quoi mettre. Même si le noir met les blondes en valeur, que c’est très joli l’été sur une peau bronzée, je serai toujours plus attirée par la couleur. Etrangement, je pense que le noir ne va avec rien, à part du blanc, du noir, du bleu marine et du gris. Le rouge, par exemple, cela va avec du gris, du lait cru, du bleu marine, du rose, du bordeaux, de l’orange. Bon, et cela m’arrange aussi. Sur Internet, il est très difficile de faire ressortir du noir, on ne voit pas les textures. Nous avons un costume à grosses rayures noires qui ne se vend pas bien en ligne, mais qui plaît en boutique. Mais… soyons honnêtes, une belle veste noire, on va la chercher chez Zara à 39,90 €. Nous faisons de la couleur, des imprimés. Vous l’aurez compris je laisse le noir pour les autres.

Vous avez plusieurs fois collaboré avec Benjamin Biolay. 

A l’occasion de la sortie de son album Palermo Hollywood en 2016. Nous avons utilisé des paroles de ses chansons, très fortes sur des t-shits. Nous avons également collaboré l’an passé pour la sortie de son album Volver, avec le développement d’un imprimé autour de ses chansons. Nous avions aussi sur des chemises de pompistes des écussons en forme de coquillage (cf. Shell) avec écrit « singer oil » avec des petites gouttes d’huile qui tombaient. Benjamin Biolay a de l’humour et cela nous a plu de le transporter dans cet esprit rigolo, léger que les gens ne voient pas forcément. Nous avions fait des culottes pour que les fans puissent dormir avec Benjamin Biolay !

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Des collaborations à venir ?

Après Benjamin Biolay, nous avons gardé un pied dans la musique avec Hollysiz, prévue pour juin. Nous aurons également Jimmy Fairly, une jeune marque de solaires de 90 € à 129 € qui nous ressemble et qui va prochainement ouvrir de nombreuses boutiques.

Vous êtes une passionnée de musique. Quels musiciens tournent actuellement en boucle dans votre playlist ?

J’adore la musique car je trouve qu’elle a la faculté de transporter les gens mais je ne suis pas très à la mode. La preuve :

  • Take the long way home de Supertramp. Ca sent l’été à plein tube !
  • Boa Sorte de Vanessa Da Mata et Ben Harper.
  • Kiss you forever de Pool Side.
  • There for you de Damian Marley.
  • The love Cat de The Kure.
  • Trempoline de Papooz.
  • Et mon grand coup de cœur du moment: Wish I knew you de The Revivalist.

La Parisienne est encore toujours un mythe, tant en France qu’à l’étranger. L’incarnez-vous ? 

Je pense que je l’incarne dans sa désinvolture. Depuis toujours, je prête peu d’importance à ce que les gens pensent de ma façon de m’habiller. Cela doit se ressentir dans mes collections. La Parisienne est vraiment un mythe je pense et je ne la trouve personnellement pas mieux habillée que la newyorkaise. Le look jeans – chemise blanche – veste, je trouve ça tellement ennuyeux !

Ce style un peu Inès de la Fressange, pourtant très belle, est un style sans risque, facile, que tout le monde peut incarner sans difficulté.

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Vos bonnes adresses à Paris…

  • Fou de Patisserie, 45 rue Montorgueil : ils ont des madeleines de folie. C’est une patisserie miniature qui reprend les spécialités des grands chefs.
  • Craie, 4 rue de Damiette : un restaurent minuscule, plein de charme où parfois le cuisinier dit : « Aujourd’hui j’ai pas eu le temps, j’ai pas de dessert. »
  • La belle époque, 36 rue des Petits Champs : un restaurant classique, idéal pour le soir que tout le monde connaît mais qui reste une bonne adresse. La lumière y est belle et en ce moment, ils viennent de mettre une table de ping-pong dans le restaurant. C’est joyeux, c’est grand et il y a toujours plein de monde. Je déconseille durant la Fashion Week, c’est trop !
  • Aux Deux Amis, 45 Rue Oberkampf
  • La Meringaie, 21 rue de Lévis : un magasin que de meringues en gâteaux. D’une grande finesse, c’est délicieux.
  • Ela Stone, 79 rue des Saints-Pères : une créatrice de bijoux où il y a toujours des pièces superbes et originales.
  • Casino de Paris, 16 Rue de Clichy

Pop-up à Bruxelles ce samedi 26 mai de 10h à 18h chez Quatuor: chaussée de Waterloo 1232, 1180 Bruxelles. Plus d’infos sur www.modetrotter.com

 

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Tags: Benjamin Biolay, Isabel Marant, Made in Paris, Marie Claire, Marie Claire Belgique, Mode, Modetrotter.

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