Rencontre avec Alice Vaillant : “J’avais envie de devenir la chorégraphe de mes collections”

Ballerine pendant dix ans, Alice Vaillant troque les pointes pour les ciseaux et fonde sa maison éponyme en 2020. À quelques minutes de son show, rencontre.

Vous avez un parcours atypique puisque vous avez été danseuse à l’Opéra de Paris avant d’être créatrice de mode. Est-ce que cet univers influence vos créations ?

Oui, beaucoup. Quand je commence une collection, je pense toutes mes silhouettes à partir du mouvement. La façon dont on se sent dans le vêtement, dont on peut y bouger librement. Dans cette collection, par exemple, toutes les robes sont coupées dans le biais. Il y a vraiment beaucoup de travail de construction.

Le court métrage de Claude Lelouch “C’était un rendez-vous” vous a inspiré cette collection. Quelle était l’idée de départ ?

La collection s’appelle “Rendez-vous”. Elle est assez personnelle, parce que je me suis basée sur des écrits de mon arrière-grand père, qui était lituanien et a dû quitter son pays pour arriver à Paris. J’ai imaginé une femme qui porte son histoire tout en avançant vers le futur, et qui arrive dans un Paris assez énergique et brut. Dans mon imaginaire, c’est la danseuse slave Bronislava Nijinska.

La mode était-elle déjà dans un coin de votre tête quand vous étiez danseuse ?

Ça l’a toujours été. J’ai eu la chance dans mon enfance d’être assez tôt dans les ateliers. Ma grand-mère avait une petite compagnie de théâtre et un atelier dans son appartement où elle confectionnait les costumes. Toute petite, j’étais déjà plongée dans les tissus. Et puis, après, avec la danse, j’ai été amenée à découvrir les ateliers de l’Opéra de Paris.

Quel a été votre déclic ?

La danse est une discipline qui demande beaucoup de rigueur et de sacrifices. Je pense que vers 18 ans, j’en avais un peu fait le tour et j’avais vraiment envie de me libérer de cette rigueur et de devenir la chorégraphe de mes collections.

Aviez-vous des doutes en vous lançant ?

Je suis de caractère assez fonceuse. Il y avait sans doute aussi une forme d’insouciance, car je n’avais que 24 ans. Je ne pensais pas que ça allait se développer aussi rapidement. Il m’a fallu apprendre énormément de choses. C’est génial parce qu’aujourd’hui, je sais faire chaque métier qui compose ma marque. Être une designer indépendante, ce n’est pas évident, mais j’ai beaucoup de chance d’être soutenue par des femmes qui portent la marque, qui l’aiment et qui nous suivent depuis plusieurs saisons.

Icone citation

J’avais envie de devenir la chorégraphe de mes collections.

Qui est la femme Vaillant ?

Je pense qu’elle est super active. Elle fait beaucoup de choses dans la journée. Les pièces que je crée peuvent être portées aussi bien le jour que le soir. Je fais partie de ces personnes qui n’ont pas forcément le temps de repasser chez elles pour se changer avant de sortir. C’est ce côté effortless, cool, de la Parisienne que j’ai vraiment voulu retranscrire. Elle est aussi sensuelle, impertinente et intellectuelle.

Vos pièces sont très identifiables. Avez-vous toujours eu une vision précise de votre esthétique ?

J’ai commencé assez jeune, donc j’ai pu tester des choses, comprendre ce qui fonctionne, ce qui me plaît et ce que j’ai envie de faire durer. Quand on est créateur, ce qui est cool aussi, c’est de pouvoir essayer et se tromper. Et heureusement, j’ai cette liberté-là. Aujourd’hui, je fais perdurer certaines silhouettes de collection en collection. Je n’essaie pas de tout changer à chaque fois, parce que j’ai vraiment envie que ce soit une évolution de la femme Vaillant. Et en même temps, je n’ai pas les mêmes envies à 30 ans qu’avant.

La dentelle est d’ailleurs une signature récurrente de la marque.

Oui, la dentelle fait vraiment partie de l’identité de la marque. C’est aussi grâce à elle que j’ai pu être reconnue au début. Ce que j’aime, c’est que ce sont des pièces intemporelles du vestiaire féminin. Que ce soit nos grands-mères, nos tantes ou nos sœurs, on a toutes un petit haut en dentelle dans notre placard. J’aime cette idée de travailler une pièce qui reste intemporelle.

 

Si le sujet vous intéresse, lisez aussi : Interview avec Meryll Rogge, la créatrice belge au sommet, Rencontre avec Julie Kegels : “Je veux toucher les gens, susciter des émotions” ou encore  Rencontre avec Chrysoline de Gastines, fondatrice de Balzac Paris

Malvine Sevrin

Des podiums parisiens aux dernières nouveautés skincare qui enflamment TikTok, je décrypte les tendances pour Marie Claire Belgique. Passionnée de voyage, de mode et de beauté, je partage mes coups de coeur dénichés aux quatre coins du globe. En tant que rédactrice en chef digital, j'ai également à coeur de mettre en lumière les histoires inspirantes de femmes à travers notre site et sur nos réseaux sociaux.