Pourquoi les influenceuses ne parlent pas de leur vraie vie

par Juliette Hochberg
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©Getty Images

Influenceuse ? Rarement un métier à temps plein. Et pourtant, la plupart des influenceuses occultent leur vraie vie, de serveuse, de commerciale ou de communicante pour maintenir une image de star. Certaines racontent leur vraie vie.

De quoi parle-t-on entre influenceurs quand on se croise au même évènement ? De rien, de tout… sauf de sa vie professionnelle. « Quand les influenceuses sont encore étudiantes, elles en parlent librement. Mais après, je suis incapable de dire ce que font toutes les autres. Il y a quelques infirmières, d’autres qui travaillent dans la communication, mais elles ne disent pas où. C’est une partie cachée » assure Valérie Sabban également connue comme mademoisellevalerie_style , sur son compte Instagram suivi par 74 300 abonnés.

 

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L’influenceuse de 28 ans enseigne la stratégie digitale en licence mode à Marseille. Elle est, en parallèle, manager marketing digital pour une marque de cosmétiques personnalisés et une autre de bijoux connectés. Valérie Sabban est une des rares influenceuses à parler ouvertement de sa vie professionnelle à ses followers. Au contraire, elle est fière d’avoir trouvé des missions qui correspondent à ses compétences acquises sur Instagram, et d’avoir fait de son compte un tremplin, un outil pour avancer, plus qu’une finalité. « C’est mon book, mon CV, ma vitrine. Grâce à mon compte Instragam, j’ai décroché ces emplois et je gagne bien ma vie.»

Pour concilier son emploi du temps professionnel et les attentes de ses abonnés « qui veulent toujours du nouveau contenu » sans que cela soit chronophage et empiète sur son temps de travail, l’instagrammeuse au « 74k » s’est créée une organisation rigoureuse : « Le samedi je prépare mes contenus, le dimanche je prépare mes jeux-concours, et la semaine, je n’ai qu’à poster le contenu archivé. »

« C’est devenu tabou »

Si une telle organisation est possible, pourquoi « l’autre vie » est cachée par certains blogueurs ou instagrammeurs ? Selon mademoiselle Valérie, la notoriété virtuelle et les invitations à des évènements privés ont « starifié » les influenceuses à tel point que ces dernières se comportent désormais comme des célébrités. En tout cas, s’affichent ainsi. Et ne peuvent donc pas se montrer en star et en serveuse dans le même temps. La vie professionnelle au-delà des shooting et des placements de produits est alors occultée, puisque cette vie-là ne correspond pas à l’image de star 2.0 qu’elles ont bâti. « Avoir un métier à côté sous-entendrait, pour certaines, qu’elles ne sont pas assez « in » pour n’être qu’influenceuse. Ça ne le fait pas. Donc elles n’en parlent pas et ne le montrent pas, c’est devenu tabou. » Par « in », comprendre : « suivie », donc financée par des marques.

 

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Rentabilité compliquée

« Le monde du blogging est coupé de la réalité, et puis, c’est éphémère, le jour où tu n’est plus « in », que fais-tu ? » s’interroge Valérie Sabban. Romain Saillet, fondateur de l’agence Story Tailor observe les médias sociaux du point de vue des marques, et pense aussi que l’effet de mode est un paramètre à prendre en compte pour tous ceux qui songeraient à vivre de leur « influence ». « Se lever le matin et se dire « je veux être influenceur » n’a aucun sens. Tu vas dépenser beaucoup d’énergie à jouer un rôle, être « à la mode », mais une fois que la mode sera passée, comment pourras-tu évoluer ? »

Paradoxalement, alors que les influenceurs envisagent de plus en plus de professionnaliser leur activité virtuelle, cette dernière est de moins en moins lucrative. « Il y a de plus en plus d’influenceurs, donc de l’argent à répartir pour les marques. Ce n’est plus aussi rentable qu’avant » souligne Romain Saillet.

Au départ, Valérie Sabban affichait seulement un « côté star », montrait les sacs et accessoires qu’elle recevait en cadeaux. Mais ça ne lui attirait rien de bon : abonnés jaloux, messages d’insultes… Dès lors qu’elle a montré qu’elle travaillait, elle a tout de suite reçu des messages bienveillants et depuis, une communauté fidèle la suit au quotidien. Une communauté de femmes entre 24 et 35 ans selon ses audiences, des femmes qui peuvent s’identifier aussi à sa vie de jeune active.

C’est sensiblement la même tranche d’âge du côté des abonnés de Julie Sroka. Son compte Instagram «lapetillante_ju » qui comptabilise plus de 27 000 abonnés interpelle surtout les 25-34. La question revient en boucle à ses oreilles : « Tu n’aimerais pas vivre de ton Instagram ? » Mais Julie Sroka se plaît à son poste de responsable du développement beauté du site Beauté Test. Et pour la femme de 31 ans, professionnalisation signifierait rémunération et rémunération, pression.

« Si une marque investit 800 euros sur une de mes publications, il y a une certaine pression à faire une photo parfaite, avoir un nombre élevé de likes et de commentaires. Je resterais toute la journée devant mon écran, à attendre que le nombre grimpe, paniquée. » Pour elle, dès lors qu’influenceur devient un métier, il devient surtout un métier sans limite et sans horaires, puisque la communauté d’abonnés doit être animée à 24h/24.

Qui influencent les influenceuses ?

En réalité, les aspirations professionnelles des influenceuses dépendent de leurs influences à elles. À qui s’identifient-elles ? Les plus jeunes influenceuses, en âge et en nombre d’abonnés, admirent les « grandes stars » du domaine, aux millions d’abonnés, qui font, elles, parties du cercle très fermé des influenceuses dont le personal branding est rentable.

Mais dès lors que les influenceuses s’inspirent de modèles virtuels à double-casquette, elles n’envisagent plus d’en faire une profession. Julie Sroka préfère s’inspirer de Mathilde Lacombe, blogueuse et fondatrice Birchbox. Et plus que son nombre d’abonnés ou de likes sous ses photos, sa façon de trouver l’équilibre entre ses deux vies l’impressionne.

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Source: marieclaire.fr

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Tags: Influenceur, Influenceuse, Instagram, Travail.

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